10 nouveaux films à découvrir sur Netflix

La guéguerre qui oppose depuis plusieurs mois la France et Netflix, notamment autour du cas Okja, ne change rien à l’affaire : le géant de la SVOD est là pour durer, et met les bouchées doubles pour agrandir et consolider son catalogue. Ce n’est une surprise pour personne, ce sont les séries TV et les dessins animés que les abonnés de Netflix consomment en priorité sur le portail de streaming. Cela n’empêche pas le catalogue cinéma de s’étoffer régulièrement, avec désormais près de 2 000 films disponibles en un seul clic, en HD et en version multilingue. Parmi ces centaines de longs-métrages, il y a beaucoup de classiques récents, et énormément de titres inédits en salles chez nous, quand ils ne sont pas tout simplement inédits en Europe (si vous avez déjà entendu parler de l’un des films turcs mis en ligne par Netflix, faites-nous signe).

Après vous avoir livré une première salve de titres en début d’année, valant à notre avis le détour, voici une nouvelle sélection de films, sortis sans bruit ou avec fracas ces douze derniers mois sur Netflix. Des titres que nous voulons distinguer de la masse, en attendant la prochaine salve. Bonne lecture, et bon visionnage !


The Brass Teapot (2012, USA)

Excepté une sélection au Festival du film fantastique de Bruxelles, The Brass Teapot est resté invisible depuis sa sortie aux USA en 2012. Impossible pourtant de résister au concept, simple, mais imparable, de cette comédie féroce teintée de fantastique. The Brass Teapot, « la théière en cuivre », s’intéresse au cas de John et Alice, deux jeunes tourtereaux aussi mignons que fauchés. Alors, quand Alice découvre que la théière qu’elle a volé dans une brocante distribue comme par magie des billets verts dès qu’elle se fait mal, il y a comme un déclic. Toute douleur mérite salaire, et John et Alice n’ont aucun scrupule… Avec sa métaphore sur l’avidité qui corrompt l’humanité, The Brass Teapot aurait pu se contenter de verser dans la fable morale, entre deux gags hilarants (il faut voir les deux olibrius se fouetter avec joie en entendant sonner la « tirelire » magique). Le regard que porte la réalisatrice Ramaa Mosley sur son couple star (Michael Angarano et Juno Temple, qui dégagent une alchimie touchante) reste pourtant plein de compassion : elle ne peut s’empêcher de donner un air de feel good movie à cette comédie pas si maso qu’elle en a l’air.

À voir si… vous aimez l’amour vache et l’argent facile.


Swiss Army Man (2016, USA)

Catalogué comme « le film où Harry Potter lâche des pets », Swiss Army Man fait figure de véritable OVNI depuis sa présentation dans de multiples festivals indépendants. Il existe autant de détracteurs que d’adorateurs du film de Daniel Scheinert et Dan Kwan, et nous aurions plutôt tendance à camper entre ces deux positions. Tout ne fonctionne pas parfaitement dans cette fable improbable sur l’amitié et le droit à la différence, esthétiquement superbe (on pense à un avatar de Quentin Dupieux mis en images par un émule de Jeff Nichols), et portée à la fois par un acteur téméraire – le versatile Paul Dano – et un comédien qui s’abandonne littéralement dans un rôle impossible – Daniel Radcliffe, donc. Le second incarne un cadavre transformé en couteau suisse humain par le premier, ex-naufragé suicidaire persuadé qu’il a trouvé là son meilleur ami, même s’il est mort et évacue des pets suffisamment énormes pour qu’on fasse du jet-ski sur son dos. Le réalisme magique qui entoure cette histoire barrée, que certains pourront trouver de mauvais goût, débouche sur une sorte d’épiphanie émotionnelle, qui justifie tout le déballage gonzo qui précède. Swiss Army Man tire malgré tout un peu en longueur, mais une fois digéré l’humour scabreux sur lequel le film est vendu, son message optimiste vous laissera avec un drôle de sourire sur le visage.

À voir si… vous aimez les films fous et incorrects, les performances d’acteurs hors-normes.


Under the shadow (2016, Royaume-Uni)

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut découvrir, qui plus est sur Netflix, un film fantastique iranien. Under the shadow bat certes pavillon britannique (et qatari), mais cela ne l’empêche pas de reconstituer de manière particulièrement évocatrice, avec peu de décors et de personnages, la vie à Beyrouth pendant les années 80, alors que la guerre Iran/Irak fait rage. Pour son premier long-métrage, Babak Anvari imagine une histoire de fantômes dans la lignée de Mama et The Babadook : une mère de famille recluse dans un appartement avec sa petite fille, un « djinn » malfaisant qui multiplie les apparitions entre deux alertes aux bombardements et nuits dans le sous-sol… L’image de la femme forte et indépendante, isolé et impuissante face au surnaturel et à la menace qui pèse sur son enfant, commence à sentir le réchauffé. Mais « l’exotisme » du cadre, et surtout la maîtrise du récit exposée dans Under the shadow suffisent à en faire une vraie curiosité, d’autant qu’Anvari ne cherche jamais à pulvériser le record de jump scares ou d’hémoglobine. L’angoisse est ici feutrée, les blessures et fantômes du passé s’avérant aussi insaisissables et dangereux que les affrontements militaires qui ravagent peu à peu le décor…

À voir si… vous aimez les histoires de fantômes qui sortent des sentiers battus.


I dont feel at home in this world anymore (2017, USA)

Netflix a beau ne pas (encore) triompher aux Oscars comme son concurrent Amazon, l’une de ses productions maison a malgré tout fait sensation cette année, en remportant le Grand Prix du Festival de Sundance. Première réalisation de l’acteur Macon Blair (le vengeur hirsute de Blue Ruin, c’était lui), I dont feel at home in this world anymore a effectivement de quoi marquer les esprits. Mélange surprenant, et à vrai dire assez irrésistible entre l’esthétique et l’acuité sociale du film indé US, et les figures familières du néo-noir façon frères Coen, le film nous embarque dans une drôle d’odyssée aux côtés de Ruth (Melanie Lynskey, que l’on avait découvert dans Créatures Célestes !), infirmière déphasée et taciturne, qui ne digère pas d’avoir été cambriolée. Elle veut retrouver les malfaiteurs, et reçoit l’aide d’un voisin encore plus inadapté socialement, métalleux fan de nunchaku joué dans un merveilleux contre-emploi par Elijah Wood. I dont feel at home in this world anymore peut donner l’impression d’être deux films à la fois : une comédie dramatique qui a des choses à dire sur l’apathie de nos concitoyens, et un polar peuplé de personnages absurdes et parsemé de violence sèche, à la Fargo. Cette association, si elle reste périlleuse, a le mérite de l’imprévisibilité, et est négociée avec une bonne dose de flair par un réalisateur débutant ayant manifestement reçu de bons conseils de la part de son ami Jeremy Saulnier (réalisateur de Blue Ruin et Green Room).

À voir si… vous aimez votre film noir arrosé d’une bonne dose de commentaires sociaux et de personnages « coeniens ».


Barry (2016, USA)

C’est une tradition américaine aussi vieille que le cinéma lui-même : tous les présidents des USA du XXe siècle ont été à un moment ou un autre immortalisé par sur grand écran. Preuve de la fascination qu’exerce le désormais bien regretté Barack Obama, l’ancien président aura eu droit à deux films sur lui pendant ses mandats : le dispensable First Date, sur sa rencontre avec Michelle, et cet excellent Barry réalisé par Vikram Gandhi. Film d’époque offrant une sublime et vibrante évocation du New York désœuvré des années 80, film d’émancipation tout en mesure et en subtilités, contant les jeunes années étudiantes de Barack (le très juste Devon Terrell), à cheval entre plusieurs cultures, Barry est bien sûr, en filigrane, également un film politique, puisque des bribes des convictions futures du gouverneur de l’Illinois se dessinent dans les dialogues. Le film ne cherche pas à suivre les règles conventionnelles du biopic, et s’attache à dépeindre un vrai personnage dans son quotidien, rythmé par les cours, le sport, les amours de jeunesse et les digressions littéraires. Un jeune homme brillant qui n’est pas sans contradictions et incertitudes, mais qui commence tout juste à se construire idéologiquement. Une très bonne surprise.

À voir si… vous aimez les biopics politiques, mais pas trop.


Eega (2012, Inde)

Avant de s’engager dans la monumentale production de Baahubali (alias le Gladiator hindi), le réalisateur SS Rajamouli avait déjà retourné le cerveau des spectateurs indiens avec Eega, dont le concept suffit à vous faire décrocher un large sourire. Dans ce film d’aventures fantastique, le héros est un amoureux malheureux, tué par son rival qui n’est autre qu’un parrain mafieux. Contre toute attente, il se réincarne dans la foulée… en mouche ! Un simple insecte, certes, mais ivre de vengeance, et bien décidé à reconquérir sa belle et à pourrir la vie de son bourreau ! Ça va, vous avez envie de voir ça, maintenant ? Une fois terminée la demi-heure réglementaire de comédie un peu nunuche qui précède le plat de résistance, Eega devient un film fantasmatique, gorgé d’images de synthèse complètement autres, montrant notre super-mouche esquiver les balles et transformer des aiguilles en arme mortelle. Le tout assorti d’un thème héroïque en son honneur et d’une danse de la victoire qui vaut son pesant de papattes ! N’essayez même pas de résister à cette tornade d’inventivité et de folie : tous avec la mouche !

À voir si… vous aimez quand les insectes gagnent à la fin !


Opération Avalanche (2016, Canada – USA)

S’amuser avec les théories du complot qui entoure l’alunissage d’Apollo 11 en 1969 n’est pas une nouveauté. Dès les années 70, Capricorn One imaginait les mésaventures d’astronautes poursuivis par le gouvernement après une fausse mission martienne. Plus récemment, le désopilant Moonwalkers reprenait à son compte l’idée d’images de la mission lunaire tournées à Londres par Stanley Kubrick. Le scénariste, comédien et cinéaste Matthew Johnson, après un très remarqué The Dirties, s’est emparé à son tour du concept pour les besoins d’Opération Avalanche, un found footage qui retrace l’aventure rocambolesque d’un duo de bras cassés réalisant pour la CIA de fausses images d’Apollo 11. Bien entendu, l’excitation des deux geeks avant l’heure à l’idée de réaliser ce trucage historique, laisse vite la place à la paranoïa : il est évident que le moins de gens possibles puissent connaître la vérité ! Pas renversant d’originalité et de maîtrise (l’interprétation notamment est inégale), Opération Avalanche demeure un exercice de style intrigant, qui en utilisant un format pas loin d’être totalement usé, délivre un discours pas si bêta sur le « besoin de croire » obsédant de la société américaine.

À voir si… vous aimez les complots trop beaux pour être vrais.


7 años (2016, Espagne)

Historiquement la première production originale Netflix venue d’Espagne, 7 años est un modeste, mais solide petit film à suspense, qui se passe de coups de feu ou de violence pour instaurer une véritable tension. Huis-clos théâtralisant, le film de Roger Gual enferme durant une nuit les quatre associés d’une PME hi-tech à succès. Leur avocat les a prévenus que le fisc local avait des preuves de leur fraude fiscale. Quelqu’un va devoir payer la note, et plutôt que de participer à parts égales, ils doivent décider qui portera le chapeau et partira 7 ans en prison. Un jeu de chaises musicales peu aimable s’engage alors entre ces quatre personnages (trois hommes, une femme), qui ont tous de bonnes raisons d’enfoncer leurs « amis » pour les envoyer à l’ombre l’esprit tranquille. 7 años ne quittera jamais l’intérieur dépouillé et fonctionnel de leurs bureaux, à part pour faire intervenir un médiateur, dépêché en urgence pour trouver une solution à leur problème. Pur film d’acteurs et de dialoguiste, 7 años se suit comme une sorte de jeu de rôle grandeur nature, un avatar de Glengarry où l’amoralité, les bas instincts et les mensonges révélés au grand jour se taillent la part du lion. Seul regret, le film se termine sur une note un peu trop facile et timide, comme si les scénaristes n’avaient pas voulu assumer jusqu’au bout leur concept.

À voir si… vous aimez les huis-clos où les morceaux de bravoure reposent sur les dialogues.


Before I wake – Ne t’endors pas (2015, USA)

Même si son apport au genre n’est pas encore aussi déterminant, Mike Flanagan est sans doute ce qui est arrivé de mieux dans le monde du cinéma fantastique américain depuis James Wan. Le cinéaste né à Salem (ça ne s’invente pas) s’est spécialisé dans le film de genre, livrant six films en six ans – le prochain sera une adaptation du roman de Stephen King Jessie. Seul Ouija 2 : les origines, préquelle recommandable d’un vrai nanar, est parvenu dans nos salles, mais ce sont The Mirror et le très malin Pas un bruit qui ont surtout marqué les esprits. Victime de la faillite de son distributeur Relativity Media, Before I Wake, tourné en 2013, est resté dans les limbes jusqu’à son achat par Netflix. Et cette arlésienne vaut le détour : on y suit l’inquiétante rencontre entre un enfant (le petit prodige Jacob « Room » Tremblay) dont les rêves comme les cauchemars se matérialisent dans la réalité, et des parents adoptifs fragilisés après la mort de leur fils (Kate Bosworth et un Thomas Jane miscasté). Malgré les jump scares, l’ambiance angoissante et le savoir-faire évident de Mike Flanagan, Before I Wake est moins un film d’horreur qu’un drame fantastique touchant, original et délicat, sur le deuil et le pouvoir de l’imagination. Le résultat évoque le cinéma de Del Toro et Bayona, même si la sensibilité, in fine, n’est pas la même.

À voir si… vous aimez voir les frontières entre rêve et réalité s’abolir.


Spectral (2016, USA)

Il fut un temps question que Spectral, grosse production Universal, soit vendu comme un blockbuster estival, basé une fois n’est pas coutume sur un scénario original de George Nolfi. Pour des raisons inconnues, le studio a préféré revendre les droits exclusifs du film de Nic Mathieu, clippeur faisant ses débuts à Hollywood, à la plate-forme Netflix. Dans la masse des inédits, Spectral dénote donc sévèrement : ce « Black Hawk Down surnaturel » est conçu pour en mettre plein la vue, avec ses décors, armures et armes futuristes désignés par Weta Workshop, et ses spectres électriques décimant des centaines de soldats quelque part au milieu de la Moldavie. Le film s’appuie sur un casting solide (James Badge Dale, Emily Mortimer, Bruce Greenwood), mais à l’évidence peu vendeur, qui doit compenser la faiblesse d’un script mécanique, assurant le minimum syndical en terme de caractérisation. Ce qui accrochera avant le regard et l’esprit, c’est donc la débauche d’effets visuels, qui va crescendo, et évoque tellement dans sa dernière ligne droite le monde de l’anime ou les jeux de Hideo Kojima qu’on a l’impression de découvrir une longue cinématique de jeu vidéo malheureusement non-interactive. À voir avec un seau de popcorn, donc.

À voir si… vous aimez la science-fiction à gros budget, pleine de douilles et de fureur.

 

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