3 Days to Kill : la garantie Europacorp

Mais qu’est donc allé faire Kevin Costner dans la galère EuropaCorp ? Telle est la question que l’on est en droit de se poser après la vision de 3 Days To Kill, nouvel avatar de la série des action-movies produits à la pelle par Luc Besson, respectant à la lettre ce qui fait dorénavant la trade mark de la compagnie Europacorp : un « savant » équilibre de gunfights et de baston, une intrigue minimaliste et un comédien charismatique à la trogne reconnaissable par le grand public. 3 Days To Kill démontre douloureusement qu’après Liam Neeson et John Travolta, ce système semble avoir atteint ces limites.

« La dose des poncifs est rapidement atteinte. »Cette standardisation imposée par Besson pour ces « produits » qu’il supervise de très près, associée à la volonté manifeste de presser le citron au maximum avec cette idée manifeste de lancer à chaque fois une franchise (comme Taken ou Le Transporteur, qui va bientôt être…rebooté), il était sûr que la dernière réalisation de McG n’atteigne pas les sommets de ses Charlie’s Angels ou même de Terminator: Renaissance. Mais de là à découvrir un simili-film d’action bien pâle qui aurait dû finir dans les rayons du direct-to-DVD, la désillusion n’est que plus grande.

Clichés made in France

3 Days to Kill : la garantie Europacorp

Kevin Costner incarne donc, l’œil fatigué, l’agent secret Ethan Renner, qui veut se faire pardonner son absence auprès de sa fille adolescente. Manque de pot, il doit en même temps déjouer une nouvelle menace terroriste à Paris, et mener ces deux « combats » de front… Si l’idée de sortir Liam Neeson du cercle vertueux d’éternel mentor auquel il semblait condamné depuis Star Wars Episode I, et d’en faire au passage un casseur de bras à la Steven Seagal, s’était révélée payante et jouissive, la perspective de voir Kevin Costner défourailler avec véhémence du terroriste arabe ou trafiquant serbe apparaît plus hasardeuse, même si la star avait aligné quelques films d’action bien sentis par le passé, avec Les incorruptibles, Waterworld, voire Destination : Graceland. Redevenu bankable pour Hollywood après plusieurs années de vache maigre (merci Hatfields & McCoys et Man of Steel), celui qui fut une méga-star durant la moitié des années 90 et la meilleure promotion pour la multiplication des prénoms américains dans la paysage français (sic), avait bien le droit de faire sa campagne française, mais il aurait aussi mieux fait d’avoir un droit de regard sur le scénario.

Car ici tout les « meilleurs » concepts de Luc Besson sont recyclé avec encore plus de prodigalité qu’à l’accoutumée : flics beuglards et je-m’en-foutistes, noirs squatteurs, mais sympas, séance de torture avec gag pour détendre l’atmosphère, conflit des générations avec adolescente en manque de repère, femme manipulatrice avec des tendances au bondage… Nous continuons ? La dose des poncifs est rapidement atteinte. Mais il est à noter deux changements manifestes dans la Bible Bessonienne : les automobiles qui se crashent toujours allègrement dans les rues parisiennes ne sont plus des Audi et des BMW, mais des Peugeot (c’est Arnaud Montebourg qui doit être content !) et les femmes ne sont plus des salopes intégrales, quoique la confiance placée en elles prête encore à caution. Nous progressons, nous progressons…

Paris est… endormi !

3 Days to Kill : la garantie Europacorp

En dehors de ce fatras inconstant dans lequel on a bien du mal à trouver une ligne conductrice, si ce n’est un très gros emprunt au classique du film-noir D.O.A. (Mort à l’arrivée) des années 40, et qui fait la part belle à un Paris de carte postale (la Butte Montmartre y est d’ailleurs shootée sous tous les angles), nous étions en droit d’attendre de 3 Days To Kill un minimum de moments de bravoure. Hélas, en dehors d’une introduction bien tendue et percutante, qui pose les quelques enjeux et une scène de poursuite automobile plutôt bien torchée, tout est définitivement tiré vers le bas, avec une photographie terne au relief digne d’un téléfilm France 3, une bonne dose de démagogie assénée à tout va et un rythme anémique qui finit par désamorcer toute tentative de relance de l’action.

Nous nous s’ennuions donc bien ferme, tout comme Kevin Costner qui semble prendre tout cela avec une forme de flegme qui laisse à penser que le comédien, qui en a vu d’autres, attend sagement que le temps passe. Que ce soit dans ses passes d’armes très soap-opera avec sa gamine de 16 ans en pleine crise d’adolescence ou ces rencontres professionnelles avec une Amber Heard qui semble jouer dans un autre film, l’immortel héros de Danse avec les Loups fait son boulot et réussit à tirer son épingle du jeu le temps de quelques plans. Mais qu’est-ce qu’il serait bon de le revoir dans un premier rôle à la hauteur de son talent, plutôt que dans ce succédané de From Paris with Love, autre sombre Bessonnerie à ranger au rayon des accidents industriels.

Une franchise tuée dans l’oeuf

3 Days to Kill : la garantie Europacorp

Seul maigre compensation à 3 Days To Kill, la prestation de Tómas Lemarquis (Insensibles, Le Transperceneige) en efficace méchant de service laisse à penser que le comédien a plus de ressource que ne l’imaginent certains producteurs aux vues bien courtes, et la sensation que Kevin Costner sort de cette aventure bancale sans y laisser trop de plumes, ce qui ne semble pas le cas de McG (déjà peu inspiré avec son précédent Target!), tellement le métrage porte la marque technique d’EuropaCorp. Vu les mauvais résultats au box-office, les ambitions d’une suite sont d’ores et déjà à exclure.

Mais gare, cher spectateur ! Prépare-toi à être à nouveau assailli par EuropaCorp avec rien que dans les mois à venir : Taken 3, Brick Mansions (remake de Banlieue 13 avec feu Paul Walker) et Lucy du maître Besson lui-même, qui contredit les maintes déclarations de retraite qu’il a souvent lancées. Mais ça, c’était avant qu’il ait lancé sa Cité du Cinéma : c’est qu’il a une grande entreprise à faire tourner, notre mogul national !


Note Born To Watch

Unsurcinq
3 Days to Kill
De McG
USA-France / 2014 / 117 minutes
Avec Kevin Costner, Amber Heard, Connie Nielsen
Sortie le 19 mars 2014

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