31 : massacre à l’ancienne

L’existence de 31, le nouveau film du réalisateur/métalleux/touche-à-tout déjanté Rob Zombie, tient autant à la persévérance de ce dernier qu’à son envie de s’affranchir du carcan des studios (trop frileux selon lui pour financer un film d’horreur rentre-dedans) et à l’amour indéfectible que lui vouent ses fans, qui le soutiennent corps et âme dans chacun de ses projets. Ce sont ces derniers qui ont financé en partie le film via deux campagnes de crowdfunding.

Zombie réalise des films « à l’ancienne » sans se soucier des modes, et ce n’est pas avec 31 que la donne va changer. Le réalisateur a convoqué ici tous les éléments habituels de son univers forgé au fil de ses cinq précédents longs-métrages : ambiance craspec au possible, BO mélangeant sons torturés et classiques du rock (Dream On d’Aerosmith faisant ici écho à Free Bird de Lynyrd Skynyrd dans The Devil’s Rejects) et surtout, surtout, galerie de personnages tous plus improbables les uns que les autres, entre rednecks amorphes complètement paumés, et psychopathes azimutés en quête  de carnages sanguinolents. Et des clowns, évidemment. Tous ou presque incarnés par des quinquas fidèles de Zombie, des gueules bien reconnaissables, très éloignées des standards actuels des castings de films d’horreur américains.

Le petit cirque de Zombie

31 : massacre à l’ancienne

Le casting, justement, est, comme presque toujours chez Zombie, à la fois le point fort et le gros point faible du film : le cinéaste aime bien voir ses acteurs en roue libre, ce qui est cohérent avec le côté « too much, tout le temps » de son cinéma, mais montre aussi assez rapidement ses limites. On ne peut pas dire que le rôle du nain nazi marquera longtemps les esprits, pas plus que celui de l’ersatz de Harley Quinn ou des frangins tronçonneurs (par contre, il faut reconnaître que, présenté comme ça, on voit que Zombie aime ses personnages et a dû prendre un malin plaisir à les penser). Sheri Moon Zombie, vraie/fausse actrice que l’on voit une fois tous les trois-quatre ans dans les films de son mari (qui n’est autre que… enfin vous avez compris, quoi) s’en sort un peu comme d’habitude : elle est là sans vraiment être là, logiquement mise en valeur, mais pas complètement concernée par le truc, et pas franchement mauvaise non plus.

À l’opposé du spectre, il y a Richard Brake, qui interprète Doom-Head, sorte de Joker illuminé (enfin, encore plus illuminé, quoi) qui éclabousse (au sens figuré comme au sens propre) l’écran de sa démence et de sa classe grâce à une séquence de pré-générique hallucinante, où il débite un monologue face caméra qui plonge immédiatement le spectateur, ainsi que sa première victime, dans l’ambiance en annonçant clairement la couleur (« I came to get down and dirty. Oh yeah. »). Cette seule séquence le propulse directement au panthéon des plus grands psychopathes du cinéma d’horreur, aux côtés de Leatherface et Michael Myers. Si si.

Un vilain imposant

31 : massacre à l’ancienne

Malheureusement, le reste du film ne avérera jamais vraiment à la hauteur de cette séquence d’introduction, la faute notamment à l’absence à l’écran pendant les 2/3 du film de ce Doom-Head. Dès son retour, le long-métrage devient tout de suite de bien meilleure tenue, comme si Zombie n’avait imaginé le film que via son vilain iconique, tout le reste n’étant que prétexte à faire monter la tension en attendant l’affrontement final. Entre le vrai début du film aux allures de road movie (une autre constante de Zombie) et la looongue exposition du pourquoi du comment, on commence à s’ennuyer un peu lorsque arrive ce que tout fan de film d’horreur attend depuis le début : l’enchaînement de meurtres / tortures / dépeçages à la volée.

Comme dans la plupart des films de Zombie, la réalisation est, disons-le poliment, quelque peu bordélique… Il passe allègrement de plans ultra-travaillés à la Kubrick (qui rappellent le précédent long-métrage du réalisateur, Lords of Salem, en moins emphatique quand même) à des séquences qui semblent bricolées de toutes pièces et posées là sans qu’on comprenne bien pourquoi (et là, c’est plus vers La Maison des 1000 morts, le premier film de Rob Zombie que le propos lorgne). Il en découle un grand écart sur le plan visuel qui débouche sur une œuvre un peu hybride, ne sachant jamais vraiment sur quel pied danser. Nous sentons bien que la raison principale de cette dichotomie est surtout le manque de moyen parfois flagrant avec lequel a dû composer l’équipe : il y a en tout et pour tout 3-4 « vrais » décors, recyclés avec différents jeux de lumière pour donner un peu de variété. Zombie a dû user d’artifices pour éviter un aspect trop cheap à son film, mais au bout d’une heure de fumées et de shakycam parkinsonienne, au point de donner un peu mal au crâne. Impression encore accentuée lors des quelques scènes d’action, pendant lesquelles le spectateur devra faire preuve d’un grand sens de l’imagination pour savoir ce qui se passe à l’écran…

Ludique et imparfait

31 : massacre à l’ancienne

Mais une fois que l’on a fait fi de tout cela, nous nous surprenons encore à suivre avec visiter ce monde azimuté et à attendre patiemment le prochaine mise à mort en pariant soi-même sur la forme qu’elle prendra : tronçonneuse ? Marteau enfoncé dans le crâne? Et est-ce qu’il y aura un peu de torture avant ? Bref, on se prend sadiquement au jeu, et le grand défouloir orchestré par Zombie devient jouissif, jusqu’à l’affrontement final que l’on voit venir à des kilomètres, entre les deux protagonistes les plus iconiques du film (enfin, surtout pour l’un d’entre eux, vous l’aurez compris !). Dommage d’ailleurs que la fin soit un peu expédiée : là encore, le manque de budget a certainement pesé dans la balance…

Au final, Rob Zombie livre donc un long-métrage imparfait, bancal, mais non dénué de qualités, qui alterne les moments de creux avec des séquences véritablement jouissives démontrant son amour du genre. Jamais mémorable, mais jamais vraiment mauvais non plus, 31 démontre en tout cas sa sincérité, et rien que pour cela, il faut saluer le travail de Rob Zombie, en attendant son prochain méfait. Reste à espérer qu’il sera financièrement plus ambitieux.

Ah, il manque peut-être une chose dans cette critique : de quoi parle 31, au fait ? Hé bien de gens qui se font kidnapper et tuer un par un. Voilà.


Note Born To Watch
Troissurcinq
31
De Rob Zombie
2016 / USA / 103 minutes
Avec Sheri Moon, Malcolm McDowell, Elizabeth Daily
Sortie le 4 janvier 2017 en Blu-Ray et DVD

Pas encore de commentaire.

Vous avez la parole.