American Hero : les mythes sont fatigués

Présenté en clôture du dernier festival de Gérardmer, American Hero rappelle beaucoup en surface le phénomène Chronicle. Comme le film de Josh Trank, il s’agit ici de repenser le mythe du super-héros, ou plutôt des super-pouvoirs, en les replaçant dans un cadre plus réaliste. Et qui dit envie de réalisme, dit caméra portée et style documentaire. American Hero n’est pas un found footage, en l’occurrence, mais une sorte de faux reportage qui suivrait la vie de Melvin (Stephen Dorff), habitant de La Nouvelle-Orléans, qui cache derrière son allure de loser sympathique une personnalité pas comme les autres. Melvin, qui brûle tellement la vie par les deux bouts que son ex-femme lui interdit de voir son jeune fils, est en effet un ancien soldat amateur de grande littérature, un délinquant repenti qui vit encore chez sa mère… et un phénomène biologique, détenteur d’un pouvoir de télékinésie qui en fait une sorte de version white trash de Magneto !

Héros, mais pas trop

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En d’autres termes, Melvin est donc super-héros malgré lui. Ses facultés extraordinaires et inexpliquées pourraient donner des envies de conquête à n’importe qui, mais pas à ce rebelle sans cause, qui tue le temps en tchatchant avec son fidèle ami Lucille (Eddie Griffin), revenu de la guerre en fauteuil roulant. Et puis un jour, pourtant, après une énième biture qui provoque une crise cardiaque, Melvin voit les choses plus clairement : plutôt que de se servir de son don pour commettre des petits larcins, il va amener un peu de justice dans ce monde. En gros, Melvin va essayer d’être un peu plus ouvert sur la société qui l’entoure, et devenir en quelque sorte un héros américain… mais pas trop quand même.

« L’action se déroule dans une Louisiane des bas-quartiers, traumatisée par Katrina, gangrenée par le trafic et menacée de délabrement général. »

Il y a dans cette chronique dérivative signée par le Britannique Nick Love (The Sweeney) quelque chose d’inévitablement attachant. À mi-chemin entre le film indé à petit budget – moins d’un million de dollars, donc ne nous attendez pas à ce que le héros soulève un stade – et la série B fantastique, American Hero ne repose pas tant sur ses modestes effets spéciaux, que sur les personnalités du microcosme prolo qu’il décrit. Le film n’aurait certes pas la même fraîcheur sans sa composante « mutante » : le parcours rédempteur de Melvin est cousu de fil blanc, le réalisateur appuie dès que possible sur son côté fêtard décomplexé, avec des montages répétitifs de soirées arrosées… Melvin a tout du surdoué rétif à son destin, apathique surtout parce que ça l’arrange, et qui doit métaphoriquement œuvrer pour le bien et celui de son fils pour être bien dans sa peau. Derrière la chronique de l’écorché vif pointe donc une morale tout ce qu’il y a de plus américain.

Chien fou et sage à roulettes

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Là où le film gagne des points, c’est dans l’alchimie qui se crée entre le charismatique Stephen Dorff, forcément crédible dans un rôle pas si éloigné du Somewhere de Sofia Coppola, et le comique Eddie Griffin (Opération Funky). La dynamique chien fou / vieux sage en fauteuil, aussi cliché qu’elle soit, est le cœur d’un film qui se sert en grande partie de cet artifice des « super-pouvoirs » hors du commun pour décrire des gens justement très communs, mais soudés par les circonstances. Ce n’est pas un hasard si l’action se déroule dans une Louisiane des bas-quartiers, traumatisée par Katrina, gangrenée par le trafic et menacée de délabrement général (la scène où Melvin détruit tranquillement une maison inhabitée, tel un ouragan indifférent, n’est sûrement pas là pour rien). Ou si les héros sont des ex-soldats ayant perdu foi dans leur pouvoir de changer les choses après être revenus du front.

Le propos est modeste, parfois maladroit, dans le fond comme dans la forme – le gimmick du documentaire est oublié la moitié du temps, et ressemble plus à une excuse pour éviter le recours à la voix off. Mais même s’il fonctionne moyennement bien, American Hero a du cœur et de l’espoir à revendre, comme lorsqu’il nous fait comprendre qu’il y a plus héroïque que d’envoyer des voitures valdinguer : parvenir à reprendre sa vie en main.


Note Born To Watch
Troissurcinq

American Hero
De Nick Love
2015 / USA / 86 minutes
Avec Stephen Dorff, Eddie Griffin, Andrea Cohen
Sortie le 8 juin 2016

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