Beaune 2016, jour 2 : le maître est arrivé

Deuxième journée en Bourgogne, au pays des grands vins, que nous n’avons d’ailleurs pas eu le temps de goûter ! Entre les files d’attente pleines de suspense (rentrera ? Rentrera pas ?) et les pauses déjeuner qui filent comme l’éclair, il nous reste tout juste assez de temps pour enquiller les projections avec attention. Plus encore qu’hier, le nombre d’invités fait que le tapis rouge du festival de Beaune est souvent bien rempli. Outre les différents jurys qui enchaînent comme nous les découvertes, la journée du vendredi a vu défiler Jonas Cuaron, le fils d’Alfonso venu présenter avec son producteur l’efficace Desierto, Fabienne Berthaud, réalisatrice tout aussi amoureuse des espaces désertiques avec son Sky fréquenté par Diane Kruger, ou encore l’équipe de Braqueurs, honorable tentative de film français à la Heat dont nous vous parlons plus bas, avec le thriller LGBT Man on High Heels et la série B Cop Car, un mélange amusant entre Fargo et Stand by Me.

Mais s’il ne devait rester qu’un moment de ces dernières 24 heures, voire du festival (on n’en est pas encore là !), ça serait l’arrivée à Beaune d’un maître qu’on ne présente plus – en tout cas sur Born to Watch -, à savoir Brian de Palma. Le réalisateur septuagénaire a reçu un hommage mérité dans la grande salle du festival. Détendu, souriant, l’enfant terrible du Nouvel Hollywood a profité de son passage sur scène pour rappeler à quel point il aimait le principe et l’ambiance des festivals, et ce depuis le tout début de sa carrière. « Quand j’ai découvert, lors de mon premier festival à Berlin, que l’on pouvait voir tous ces films, découvrir tous ces réalisateurs dans un même endroit, je suis tombé amoureux des festivals », a-t-il rappelé. Depuis, De Palma est connu comme étant un spectateur assidu, de Toronto… à Cognac (qu’il fréquentait régulièrement, ce qui explique sans doute sa curiosité à venir découvrir son successeur). Après ce moment, si fort que même l’équipe de Braqueurs qui lui succédait avait du mal à trouver des mots, le meilleur reste à venir : De Palma donnera une Masterclass samedi. Rendez-vous est pris !


Man on High Heels

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La rétrospective que le Forum des Images lui a consacré en 2015 a permis de faire mieux connaître en France le nom de Jang Jin. Le réalisateur sud-coréen, très populaire dans son pays, n’a pas réussi à imposer de la même manière son nom à l’étranger, malgré la distribution, tardive, de quelques-uns de ses films, comme Guns & Talks ou Righteous Ties. La spécificité du versatile cinéaste, c’est son approche à la fois pop et théâtrale, et son mélange des genres pointu. C’est ce qui fait que ce metteur en scène de théâtre réputé a pu travailler à la fois le film de gangsters, le mélodrame et la comédie avec un égal bonheur. La richesse de son Man on high heels est qu’il amalgame toutes ces approches en même temps, tout en renouvelant le carcan du film commercial dans lequel il s’inscrit malgré tout. Car à première vue, Man on high heels nous est familier : un flic, seul, expéditif et indestructible, des mafieux ricanants et impuissants, une violence tétanisante… Le cliché du thriller à la coréenne, en somme. Sauf que Yoon, notre inspecteur Harry local, cache un secret : il rêve depuis son adolescence de devenir une femme. Loin d’être un argument à la Pédale douce, cette immersion dans l’intimité d’un transsexuel en devenir (rendez-vous dans les cliniques clandestines, premières sorties nocturnes en jupe, flash-back sur des premières expériences douloureuses…) est totalement assumée, et organiquement intégrée à une intrigue, du coup moins classique, de guerre à mort entre deux frères parrains du crime, qui admirent sans équivoque la « coolitude » (et la virilité) de leur pire ennemi. Même s’il pêche par excès de longueur, le film de Jang Jin est à la fois un film d’action secouant, une réjouissante satire du machisme à la coréenne, un plaidoyer mélancolique pour la différence, tout en préservant de vrais moments de drôlerie. Un exercice d’équilibriste culotté, qui aura les honneurs d’une sortie salles en juillet prochain.


Note Born To Watch
Quatresurcinq

Man on High Heels
De Jang Jin
2016 / Corée du Sud / 125 minutes
Avec Seung-won Cha, Jeong-se Oh, Esom, Kil-kang Ahn
Sortie le 13 juillet 2016


Braqueurs

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Après Antigang, le cinéma d’action français semble en pleine renaissance, si tant est qu’il fût un jour en perte de vitesse. Julien Leclercq (Chrysalis) poursuit ce mouvement avec Braqueurs, un triller très tendu qui nous rappelle que la banlieue française (en l’occurrence Sevran) ne souffre pas que de l’Islam radical, mais d’autres formes de violences, liée au grand banditisme et au trafic de drogue. Le modèle écrasant du film, Heat, inspire visiblement son thème principal, celui du voleur avec un code d’honneur contraint à devenir un assassin pour survivre et assurer la survie de ses proches. Braqueurs suit le parcours d’un gang de cambrioleurs mené par Yanis (Sami Bouajila), composé notamment d’un homme de main, Nasser (Youssef Hajdi) et d’un compagnon de cellule déchiré entre l’appât du gain et l’amour qu’il porte à sa famille, Guillaume Gouix (nettement au-dessus de la mêlée). Après un braquage médiatisé, le groupe se trouve la cible de trafiquants de drogues sans scrupules déterminés à utiliser leur talent pour le larcin à leurs propres fins. Somme toute très classique, Braqueurs ne laisse pointer aucune réelle originalité. Mais Julien Leclercq parvient avec efficacité à instaurer une grande tension dans son intrigue et privilégie l’action qui, par son ensemble cohérent et parfaitement construit, forge un bon divertissement.


Note Born To Watch
Troissurcinq

Braqueurs
De Julien Leclercq
2016 / France / 81 minutes
Avec Sami Bouajila, Guillaume Gouix, Youssef Hajdi
Sortie le 4 mai 2016


Cop Car

Beaune 2016, jour 2 : le maître est arrivé

L’histoire de Cop Car ressemble à un épisode de la série Fargo ou à une nouvelle de Stephen King : elle dresse un portrait absurde, simple et percutant de l’Amérique profonde, même si un tantinet caricaturale. Deux enfants partis faire l’école buissonnière tombent par hasard sur une voiture de police. Ils s’offrent alors une petite virée, gyrophare allumé, dans un territoire déserté. Le shérif (Kevin Bacon et sa moustache, cabotin, bien entendu) finit par réaliser la disparition de sa voiture et commence à traquer les petits voleurs. Sauf que le policier n’est pas un gentil… Jon Watts (Clown, et bientôt le nouveau Spider-Man) emballe avec style cette production attachante, produite par Bacon lui-même. L’idée d’un film mettant en scène une virée en culottes courtes fait irrémédiablement penser et à raison à Stand by me. Le récit se divise en deux parties. La première mettant en scène les 400 coups des deux apprentis policiers à bord de leur nouveau jouet. Le second transforme soudain l’action en thriller, prévisible certes, mais aux ressorts humoristiques et épiques particulièrement délectables. Ce mini-budget profite d’intentions innovantes et sincères. Même le scénario, pourtant d’une extrême maigreur, suffit pour apprécier la balade offerte par Cop Car.


Note Born To Watch
Quatresurcinq

Cop Car
De John Watts
2016 / USA / 89 minutes
Avec Kevin Bacon, James Freedson-Jackson, Hays Wellford
Sortie le 20 avril 2016 en DVD


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