Vous vous souvenez de Skyline ? Ce petit film de science-fiction réalisé en 2010 par les frères Strause, superviseurs d’effets spéciaux très demandés par Hollywood, avait fait parler de lui, non pour ses qualités artistiques (de l’interprétation au scénario en passant par le rythme asthmatique de la chose, il n’y avait pas grand-chose à sauver) mais pour la qualité sommes toutes impressionnante… des SFX, réalisés en interne pour une bouchée de pain. La plus grande surprise quand on découvre Beyond Skyline, c’est donc que le film, suite déclarée d’une série B tombée fort logiquement dans l’oubli, existe tout court. Les frères Strause ont laissé la place à Liam O’Donnell, co-scénariste du premier opus (on lui dit pas bravo) qui fait ainsi ses débuts dans la réalisation, et le budget a été contre toute attente multiplié par 4, les effets numériques innombrables ici étant toujours l’œuvre de la compagnie des frangins, Hydraulx.

Le casting a intégralement changé, tout comme le concept du film : il s’agit toujours d’une histoire d’envahisseurs caoutchouteux « récoltant » des milliers d’humains dans leurs gros vaisseaux bleus, mais l’action se déplace ici à toute vitesse de Los Angeles… au Laos (même si le film a en fait été tourné à Vancouver et en Indonésie), introduisant dans l’équation science-fictionnelle une rasade de bastons façon The Raid et du catch caoutchouteux. Et oui, c’est aussi branque à l’écran que ça l’est à l’écrit.

Un beau fatras fantastique

Parce qu’il s’est payé la présence en tête d’affiche du badass Frank Grillo (Captain America : le soldat de l’hiver, Kingdom, Wheelman sur Netflix), Beyond Skyline ressemble dans ses dix premières minutes à un opus alternatif d’American Nightmare : papa Mark escorte hors du commissariat de Los Angeles son fils un peu trop agile de ses poings, pour le ramener en métro, comme le gros loser alcoolique qu’on le soupçonne d’être. Le wagon est arrêté à cause d’une secousse en surface, et pendant un temps, on se dit que Beyond Skyline va se consacrer au groupe d’individus coincé avec la petite famille dans ces souterrains, à l’abri d’envahisseurs du genre hypnotiques et voleurs de cerveaux (littéralement : il les chopent comme dans un distributeur de Pez). Mais non : au bout d’une bobine, la cité californienne est en partie rasée, le groupe est décimé ou kidnappé au bord du vaisseau-mère des aliens, de grosses crevettes luminescentes adeptes d’architectures gluantes et qui ont trop vu Matrix. Par la suite, Mark, son fiston, une conductrice de métro et un vétéran du Vietnam aveugle (sic) joué par Huggy les bons tuyaux (re-sic !) vont faire accoucher un bébé alien, jouer aux acrobates du Cirque du soleil au milieu d’une ruche verticale, tomber sur le casting de The Raid et préparer la riposte cachés dans les souterrains des temples Prambanan, merveilles archéologiques de Java remplies de dealers de cocaïne. Oh, et il y aura aussi des combats de méchas géants pour couronner le tout.

[quote_right] »C’est comme si un rip-off d’Independance Day se transformait sans raison en épisode surdimensionné de Power Rangers. »[/quote_right]Vous voulez du bis, du vrai, du quasiment gênant ? Beyond Skyline en propose à foison, bien soutenu par un budget bien trop confortable pour ce genre de délire régressif. En d’autre temps, ce méli-mélo de genres complètement contre-nature aurait fait les beaux jours de Nanarland (la première apparition d’Iko Uwais, en pleine démo de pencak silat, donne cette rare impression d’avoir découverte une VHS pirate où se seraient superposés les enregistrements de films n’ayant rien à voir entre eux). Mais les CGI, plutôt soignés, l’abondance d’action et la délocalisation partielle du tournage en Asie permettent de faire oublier en partie l’imbécilité profonde du script, et le côté monstrueusement cheap, si on s’arrête dessus deux secondes, d’un film faisant se taper dessus des aliens de trois mètres et des humains maigrichons au milieu de la jungle. C’est comme si un rip-off d’Independance Day ou de Battle Los Angeles (blockbuster sur lequel les frères Strause travaillaient à l’époque de Skyline) se transformait sans raison en épisode surdimensionné de Power Rangers avec une dose tout aussi incongrue de gore ajoutée pour faire bonne mesure. Heureusement, le bêtisier du générique de fin prouve que les géniteurs de ce Beyond Skyline ont, secrètement, tout aussi peu envie que nous de prendre ce fatras fantastique au sérieux.