Chaque édition du Bifff possède au moins une œuvre choc, un uppercut qui frappe sans prévenir en dépassant sa simple dimension de film d’horreur un peu gore pour toucher à des thèmes graves. Incidemment, ce type de surprise arrive toujours de nulle part, et dans le cas de Found, l’expression n’est pas usurpée. Le film est l’œuvre d’un cinéaste inconnu chez nous, Scott Schirmer, qui n’avait signé que des courts-métrages. Rien qui puisse augurer d’un long aussi maîtrisé. Le pitch est d’une efficacité désarmante : Marty, 12 ans, est un fan solitaire de films d’horreur pour qui la vie commence dangereusement à flirter avec la fiction quand il découvre une tête coupée dans le sac de son grand frère, Steve, et réalise que celui-ci est un serial-killer. Sujet aux moqueries de ses camarades, isolé par sa passion pour les BD et les séries Z gore, Marty ne peut s’empêcher d’admirer son frérot tout en redoutant son « autre personnalité ». Found se transforme en un récit initiatique tordu et pervers, au fur et à mesure que l’influence de Steve déteint sur un Marty soudain ouvert au pouvoir cathartique de la violence. Seulement, Steve lui n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure…

Une famille formidable

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[quote_left] »Incidemment, ce type de surprise arrive toujours de nulle part, et dans le cas de Found, l’expression n’est pas usurpée. »[/quote_left]Tourné pour moins de 10 000 dollars dans les paysages champêtres et banlieusards de l’Indiana, Found impressionne dès son générique animé, dans lequel les super-héros de BD créés par Marty prennent vie le temps d’une sanglante nuit. Le film sent à plein nez le système D, l’esprit do-it-yourself, les imperfections techniques (notamment au niveau de la prise de son pour quelques séquences dialoguées) et le rendu froid de l’image vidéo étant transcendées par une sublime direction photo, éthérée et évocatrice, qui renvoie parfois au Stand by me de Rob Reiner, ou A bout de course de Sidney Lumet. Cet emballage serait superflu s’il n’illustrait pas un scénario d’une profondeur et d’une sensibilité insoupçonnée. Située à une époque intemporelle, où les vidéo-clubs renferment encore des rangées de VHS gore et exotiques, Found est autant une déclaration d’amour au genre qu’une analyse douloureuse des effets induits par cet amour. Marty comme Steve sont nourris au film d’horreur, dans lesquels l’un trouve de « l’inspiration » (la K7 secrète de Steve, « Headless », est un torture-porn écœurant que Marty finit par prendre pour une illustration des méfaits de son frère) et l’autre une échappatoire. Ce lien qui les unit aveugle Marty sur la folie de Steve, qui finira, forcément, par se relâcher sur leurs parents, aussi bienveillants qu’absents, dans un dernier acte où le malaise et l’atmosphère de menace qui pesaient sur le métrage éclatent de manière extrême.

Attention, donc, il est clair que Found n’est pas à mettre devant tous les yeux, car s’il induit clairement une distance esthétique entre réalisme et série Z (dans la séquence « Headless », notamment, où le grain de la VHS disparaît brusquement), et établit en une phrase la morale paradoxale de son film (« Ma vie est en train de devenir un film d’horreur »), Scott Schirmer ne lésine pas sur les passages gore, utilisés ici avant tout comme un outil discursif. Le film possède une certaine dose d’humour très noir, souvent introduit par la voix off de Marty, observateur émotionnellement de moins en moins détaché d’une histoire personnelle (les relations avec son père, qui était sans doute fan avant eux de vieux films de monstre ou avec son meilleur ami, qui ne supporte pas son côté passif) qui vire inexorablement au drame le plus brutal.

 

Deux frères, deux révélations

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Schirmer peut se reposer, pour un exercice qui traite tout de même de thèmes aussi sensibles que le sadisme, l’inceste, le racisme ou la fascination pour la mort, le tout à travers les yeux d’un enfant, sur deux acteurs fabuleux. Gavin Brown et Ethan Philbeck, tous deux dans leur premier rôle au cinéma, sont impressionnants de justesse et de charisme, Philbeck, formé au théâtre, étant encore plus mis à contribution dans un rôle exigeant qui mêle les registres de la folie pure et de l’amour fraternel, parfois dans le même plan. Ce sont leurs regards, leur parcours émotionnel compliqué et contradictoire, que capte à la perfection un cinéaste en herbe qui réussit à parler de l’enfance sans prendre de gants, mais sans se montrer complaisant non plus. On n’est pas prêt en tout cas d’oublier leur dernière « explication », ainsi que cet ultime plan, chute ironique, choquante remettant en perspective toute l’atmosphère visuelle de fausse innocence qui baignait le film. Une sacrée performance, qui ne devrait espérons-le pas être cantonnée aux séances de minuit des festivals spécialisés. Found, malgré ses aspects extrêmes, mérite vraiment d’être découvert.

Note BTW 


4

Found

Un film de Scott Schirmer / 2012 / USA / 103 minutes

Avec Gavin Brown, Ethan Philbeck, Phyllis Munro