Blade of the Immortal : sabreur de l’extrême (PIFFF 2017)

Il paraît désormais loin, le temps où le nom de Takashi Miike était seulement connu des adeptes de cinéma asiatique alternatif, et des films de genre cintrés. Même pas encore âgé de 60 ans, le réalisateur japonais signe avec Blade of the Immortal ce qui est annoncé comme son 100e film. Et c’est vrai, si l’on en croit sa page Imdb ! Pas mal pour une carrière débutée en 1991, et qui comporte entre autres une Quatrequarantaine de métrages produits pour la télé et la vidéo (les fameux OAV), des épisodes de séries télé (comme Masters of Horror), une pelletée de films d’horreur complètement cultes (Audition, Ichi the killer, Lesson of the Evil pour n’en citer que trois), et beaucoup, beaucoup d’adaptations de mangas. C’est cette dernière catégorie, faisant la pluie et le beau temps au box-office nippon ces temps-ci, qui nous intéresse ici, puisque Blade of the Immortal se présente comme la version cinématographique de la célèbre BD L’Habitant de l’infini de Hiroaki Samura.

La vengeance lui va si bien

Blade of the Immortal : sabreur de l’extrême

Miike revient pour l’occasion à un genre qui lui réussit bien, le chambara, et nous transporte donc à l’ère des samouraïs, pour suivre le destin du plus létal d’entre eux, Manji (l’ex-pop star Takuya Kimura). Ayant échoué à protéger sa sœur d’un gang de bandits, il les décime un par un dans une séquence inaugurale en noir et blanc qui annonce, sans mauvais jeu de mots, la couleur – excessive – d’un film qui s’apparentera bientôt à un test d’endurance. C’est un véritable massacre dont Manji ne pouvait ressortir vivant, mais l’apparition d’une étrange vieille sorcière change tout : en ingérant des « vers de sang », le sabreur agonisant récupère de ses blessures, et devient de ce fait à la fois immortel et inconsolable. Des années plus tard, ce combattant solitaire et recousu de partout accepte de participer à la quête de vengeance de Rin, une jeune orpheline qui ressemble beaucoup à sa sœur (et pour cause, c’est la même actrice, Hana Sugisaki), et dont les parents ont été tués par une bande de samouraïs renégats, le Itto-Ryû…

« Un opéra barbare, presque épuisant mais non dénué d’humour et de grandeur. »Condenser en un peu plus de deux heures une saga qui s’est étendue sur trente tomes et vingt ans de parutions était mission impossible, et il ne faut pas s’étonner que Miike ait fait des choix drastiques pour porter l’univers de Samura à l’écran. Ce qui a survécu, ce sont entre autres, et logiquement, les caractéristiques du personnage de Manji, un damné de la Terre qui doit retrouver une raison de survivre pour compenser les innombrables tueries que le destin le force à perpétrer, semble-t-il, pour l’éternité. Cette dimension tragique permet de renouveler le personnage du sabreur vantard et macho, qui regrette toujours de se battre alors qu’il sait pertinemment qu’il aura le dessus sur ses adversaires. Scarifié, indestructible à un point tel qu’il ne cherche même pas à éviter d’être embroché (son inévitable résurrection est un atout en soi puisqu’elle surprend l’ennemi), Manji est un personnage simple à cerner, mais fascinant à suivre, et ce d’autant plus qu’il est loin d’être le protagoniste le plus étrange de Blade of the Immortal.

Tuer encore, toujours plus !

Blade of the Immortal : sabreur de l’extrême

Miike oblige, Rin et son protecteur sont confrontés au fil de l’histoire à un paquet d’antagonistes tous plus baroques et poseurs les uns que les autres. C’est une constante des adaptations de BD au Japon : les personnages doivent être retranscrits tel quel à l’écran, quitte à arborer des coiffures absurdes et anachroniques ou des costumes sexy aux couleurs pétantes (voir, dans la même genre, la trilogie Kenshin). Cela vaut pour ce colosse aux bras agiles, au visage brûlé et aux épaulettes ornées de têtes coupées (!), ou cet autre immortel que croise Manji, et qui a compris tout aussi bien que lui l’avantage de pouvoir combattre sans se préoccuper d’une main coupée ou d’une lame plantée dans le ventre. La palme de l’adversaire le plus classe revient pourtant sans conteste à Anotsu (Sôta Fukushi). Laconique, dégingandé, le boss androgyne du clan Itto-Ryû manie aussi bien le sabre que la hache à pointes (cherchez pas, il faut voir pour comprendre). Il offre un miroir mélancolique à la quête d’identité de Manji, en cherchant à atteindre une autre forme d’immortalité, du genre que l’on graverait en lettres sanglantes dans les livres d’histoire.

Leur affrontement, qui intervient suite à un revirement « politique » intéressant, sera le point culminant d’une aventure conçue comme un crescendo permanent dans la frénésie guerrière. Blade of the Immortal tranche, débite, et envoie certainement ad patres plus de figurants costumés que le genre a pu en compter depuis la saga Baby Cart. Vous voulez des affrontements à 1 contre 100, des combats à l’arme blanche où l’inventivité des chorégraphies (qui se limite à trouver le moyen le plus direct d’éventrer son prochain) le dispute à l’énergie frénétique d’une mise en scène plus opératique que d’habitude pour le père Miike ? Le cinéaste délivre alors le film de vos rêves, un film de sabre où l’intensité des batailles finit par faire basculer ce monde sauvage dans l’absurde cartoonesque. Un opéra barbare, à vrai dire presque épuisant car répétitif, mais non dénué d’humour et de grandeur, à l’image de son héros, à qui les Dieux de la fiction refuseraient systématiquement un repos mérité. Faster, Manji, kill kill !


Note Born To Watch

Quatre sur cinq
Blade of the Immortal (Mugen no jûnin)
De Takashi Miike
2016 / Japon / 140 minutes
Avec Takuya Kimura, Hana Sugisaki, Sota Fukushi
Sortie le 29 décembre 2017 sur Netflix

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