Le BGG : le bon gros réalisateur

La filmographie de Steven Speilberg semble répondre à une constante générosité, une envie sans faille pour cet enfant qui a grandi avec des productions Disney, de prôner l’ouverture d’esprit et la tolérance envers tous. Il n’est pas nécessaire pour cela de dégouliner de bons sentiments (malgré ce qu’en pensent ses détracteurs), mais il faut jouer, inlassablement, sur le registre de l’émerveillement. Toujours aussi virtuose dans sa mise en scène et son storytelling, tonton Spielberg signe avec Le Bon Gros Géant une adaptation d’un célèbre conte que l’on ne qualifiera pas d’excellente, mais tout du moins très bonne.

Derrière ce BGG, projet qui restait sur son radar depuis de longues années, il y a trois personnages. Roald Dahl, tout d’abord, auteur Gallois fameux et dont ce conte, qui date de 1984, est devenu un classique de la littérature jeunesse, au même titre que son autre œuvre également adaptée, Charlie et la chocolaterie. Le maître du cinéma reprend fidèlement ce texte qui correspond à la perfection à ses obsessions ses envies de création. Il ne faut pas oublier non plus sa coscénariste, la regrettée Melissa Mathison, qui avait travaillé avec Spielberg sur E. T. et qui, avant son décès, a mené à bien cette adaptation, rendue possible par les moyens techniques d’aujourd’hui. Elle laisse une œuvre posthume à l’adresse de la jeune génération, mais qui parle toujours aux adultes qui ont grandi avec son travail (le film lui est pour info logiquement dédié).

Sophie au pays des Géants

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Le BGG (pour les intimes), malgré les apparences, est en accord avec les obsessions récentes de Speilberg : Le secret de la Licorne, pour la performance capture, Cheval de Guerre pour l’universalité du propos et Le Pont des Espions, qui reprenait aussi, sous la forme d’un récit historique, l’idée de se tourner vers les autres en surmontant les différences. La jeune orpheline Sophie (Ruby Barnhill, une pépite de casting) se fait enlever par une créature de cinq mètres de haut que ses pairs surnomment le Bon Gros Géant (l’excellent Mark Rylance, Oscarisé pour le Pont des Espions et bientôt dans Ready Player One, le prochain Spielberg). Ce dernier l’emmène plus ou moins de force au Pays des Géants, situé au nord du nord de l’Angleterre. Dans son « Pays des Merveilles », elle découvre la maison de son gigantesque ami et son extraordinaire métier : il collecte les rêves.

Mais la petite orpheline, avide de lectures et de découvertes, découvre aussi que le BGG doit cohabiter avec d’autres géants, bien plus gros et beaucoup moins sympathiques. Buveur de Sang, Avaleur de Chair Fraîche et leurs redoutables compagnons ont pour habitude de dévorer les enfants et de martyriser BGG, végétarien de son état et seul dépositaire de la culture ancestrale de leur peuple. Horrifiée, Sophie décide d’empêcher ces monstres de nuire de nouveau en ayant recours… à la Reine d’Angleterre elle-même.

Fascinant, mais inégal

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La première partie du film s’avère excellente. Le réalisateur nous fait découvrir cet univers fantastique, coloré et biscornu. Les ruelles sombres d’une petite cité britannique semblent tout à coup s’illuminer sur le passage du géant. L’irruption du fantastique dans un paysage familier n’est pas sans rappeler la saga Harry Potter. Même si cette idée est empruntée et déjà vue, son traitement parfaitement maîtrisé conserve son charme (les subterfuges du BGG pour rester invisible aux yeux des humains comptent parmi les meilleurs plans du film). La démarche du géant, à la fois maigre et athlétique, qui ressemble à un grand-père gymnaste, son sourire et ses yeux profonds contrastent efficacement avec la minuscule et binoclarde Sophie. Il est facile d’imaginer à quel point Mark Rylance a dû travailler cette gestuelle pour créer un personnage unique, étrangement sympathique et bienveillant. Les deux protagonistes évoluent ensemble dans cet univers numérique et, malgré leur opposition de taille, se complètent parfaitement et parviennent à faire passer l’émotion. Le film reprend aussi les jeux de mots que Roald Dahl a placés dans la bouche du géant, comme des « hommes de terre » pour désigner les humains, par exemple. Véritable régal linguistique, ils sont autant de raisons pour se passer de la version doublée en français, avec Dany Boon prêtant sa voix au BGG.

« Melissa Mathison laisse une œuvre posthume à l’adresse de la jeune génération, mais qui parle toujours aux adultes qui ont grandi avec son travail. »

La résolution de l’intrigue, finalement accessoire, déçoit quelque peu. Les personnages secondaires apparaissent sur le tard, avec une certaine froideur. La rencontre avec la Reine rime avec une lourdeur comique de plus en plus prononcée, jusqu’au potache, ce qui ne manquera pas de séduire les plus jeunes, mais perdra le public adolescent et adulte en route. Si l’origine de l’humour du film se situe probablement dans le texte de Roald Dahl, certains dialogues mal amenés et gags cartoonesques à base de pets rendent le film bancal, nous rappelant au souvenir d’un autre film mal-aimé pour enfants signé Spielberg : Hook.

Pour sa première collaboration avec la bande à Mickey, qui ne pouvait être plus appropriée, Spielberg signe un « retour aux sources » poétique et émouvant, techniquement très abouti dans l’ensemble. Mais il aurait peut-être dû s’approprier encore davantage le matériel d’origine, voire le détourner, pour garder une continuité plus précise de son histoire, et transcender son côté linéaire et bon enfant. Au final, Le Bon Gros Géant restera comme un film mineur mais non dénué d’intérêts, venu ponctuer une carrière colossale.


Note Born To Watch
Quatresurcinq

Le BGG – Le Bon Gros Géant (The BFG)
De Steven Spielberg
2016 / USA / 117 minutes
Avec Mark Rylance, Ruby Barnhill, Rebecca Hall
Sortie le 20 juillet 2016

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