Braqueurs : délit d’influences

À une époque déjà bien lointaine, le cinéma français était friand de cambrioleurs à la grande gueule, de malfrats désabusés et de courses-poursuites tonitruantes (confiées généralement aux bons soins du Dr. Julienne). Derrière le cinéma populaire porté par Belmondo, ça pétaradait sec dans les salles, et on ne se posait pas la question de savoir si la Gendarmerie ne faisait pas rêver le public. Pas de complexe, pas de chichis. Tout comme, dans un registre plus comique, Antigang, Braqueurs, le quatrième film de Julien Leclercq, participe de cette résurgence bienvenue du polar à la française sans prise de tête. Le réalisateur de L’Assaut et Gibraltar, dont les films sont souvent moins passionnants à l’écran que sur papier, est revenu à un programme basique, ramassé en une heure et demi d’embrouilles et de règlements de compte, et centré sur une promesse simple : des braqueurs contre des dealers.

« Ce qui gêne le plus au visionnage, c’est cette impression tenace que le film est un remake inavoué et inavouable du Heat de Michael Mann. »

Sami Bouajila, mâchoire serrée et regard décidé, joue ici un chef de gang nommé Yanis. Un pro du hold-up, accro à l’adrénaline que procurent ses opérations de braqueur de fourgon blindé. Avec Eric (Guillaume Gouix, plus convaincant ici que dans Les Anarchistes), Franck (David Saracino) et son meilleur ami Nasser (Youssef Hajdi), il réalise des casses sans victimes, ni bavure… tout du moins jusqu’à ce que son petit frère, pressé de faire ses preuves ne les mette dans la panade en faisant affaire avec un dealer de banlieue, Salif (le rappeur Kaaris). Ce gang-là, bien moins diplomate, a flairé l’appât du gain et ordonne à Yanis de convoyer leur drogue grâce à une opération risquée. Un casse qui va forcément laisser des traces…

Hold-ups et grosses pétoires

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La première chose qui frappe dans Braqueurs (outre le son très travaillé de l’arsenal quasi militaire transporté par Yanis et ses potes), c’est sa déférence absolue aux codes du genre qu’il aborde. Leclercq n’a manifestement pas le complexe du petit metteur en scène français qui se verrait plus malin que son sujet. Dès son titre, qui le place dans la lignée d’une foule de séries B américaines, Braqueurs annonce la couleur, bleu métallique, d’un film d’action qui choisira toujours la voie la plus directe pour décrire ses personnages et leurs actions. Passées quelques scènes d’exposition qui replacent chacun des héros dans leur contexte familial, l’intrigue file tout droit vers ce jeu du chat et de la souris entre deux gangs aux codes différents, mais aux méthodes tout aussi directes. Les protagonistes de Braqueurs sont avant tout des stéréotypes, des figures familières qui permettent de ne pas trop s’embarrasser de dialogues, et de laisser parler la poudre dès que possible.

À ce petit jeu, Julien Leclercq a déjà démontré avec L’Assaut qu’il savait manipuler l’imagerie militaro-tactique et construire des scènes d’action propres et lisibles. Il tire le meilleur de décors urbains et crédibles, et orchestre au moins une scène d’action, une poursuite à pied entre les blocs HLM de Sevran, qui impressionne durablement dans le cadre souvent si timide du cinéma français. Le fait que le casting rassemblé par le cinéaste, sans toucher non plus au génie, soit sans fausse note, rajoute encore à l’impression d’efficacité et de savoir-faire qui se dégage de Braqueurs.

L’écrasant modèle mannien

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Il faut au moins ça pour pardonner dans le même temps l’absence presque totale de prise de risque du film en termes d’intrigue, de rebondissement et de thématiques. Le cliché du professionnel du hold-up sur le point de raccrocher après un coup juteux, mais qu’un événement inattendu précipite vers sa perte, est plus qu’usé au cinéma, comme une paire de savates qu’on aurait trop longtemps portée. Mais passons. Ce qui gêne le plus au visionnage, c’est cette impression tenace que le film est un remake inavoué et inavouable du Heat de Michael Mann. Une référence écrasante, d’ailleurs citée par le cinéaste, mais qui tient ici purement et simplement du pillage. Chaque personnage peut être relié à son équivalent américain, de Bouajila en proto-De Niro calme et décidé à Guillaume Gouix en avatar de Val Kilmer amoureux transi de sa femme qu’il met involontairement en danger. La scène de restaurant où le chef des braqueurs confesse qu’il adore son métier, aussi mortel soit-il ? Check. La fusillade en pleine rue, où les passants peuvent être à tout moment victimes d’une balle perdue ? Check. Sans parler de la poursuite finale, qui se clôt pour l’un des personnages de la même manière que pour Tom Sizemore. Check.

S’il n’y avait pas ce choix fait par Leclercq et son co-scénariste Simon Moutairou de se priver du point de vue de la police, Mann aurait pu réclamer un pourcentage sur les entrées de Braqueurs. En taillant dans le gras de son intrigue pour la resserrer jusqu’à l’os, le réalisateur parvient certes à livrer un film qui respecte ses promesses, et donne des billes aux autres auteurs prêts à renouer avec ce genre porteur et ô combien cinématographique. Mais l’absence totale de surprise du scénario, l’imitation voyante de modèles dont il serait temps de s’affranchir, condamnent à long terme le film à s’évaporer de nos mémoires, tout comme ses héros cagoulés aimeraient le faire.


Note Born To Watch
Troissurcinq

Braqueurs
De Julien Leclercq
2016 / France / 82 minutes
Avec Sami Bouajila, Guillaume Gouix, Kaaris
Sortie le 4 mai 2016

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