Brèves de l’Étrange : Detour, The Transfiguration, Sam Was Here

L’Étrange chronique, le retour ! Comme chaque jour, nos brèves écrites en direct ou presque du Forum des Images reviennent sur des longs-métrages surprenants et issus d’horizons variés. Aujourd’hui, nous revenons sur The Transfiguration, un film de vampire peu conventionnel, portrait d’un ado du Queens mal dans sa peau. Nous nous penchons également sur le grand retour de Christopher Smith au cinéma noir, voire néo-noir, avec Detour. Enfin, pour achever cette chronique, quoi de mieux qu’un cauchemar, de surcroît signé d’une équipe française, au cœur du désert américain : Sam was here. Born to Watch vous emmène à l’ Étrange Festival, maintenant !


Sam was here : désert solitaire

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Production sortie un peu de nulle part, Sam was here prouve, si besoin était, que la réunion d’artistes et de producteurs motivés en France peut, même avec un petit budget, déboucher sur des films de genre vraiment à part. Tourné en 12 jours dans le désert de Mojave, et on l’imagine pour une bouchée de pain, le premier long-métrage de Christophe Deroo nous plonge dans une ambiance rappelant fortement La quatrième dimension et autres anthologies fantastiques (comme le récent Southbound). Nous sommes en 1998, l’époque des pagers, le VRP Sam et sa chemise transpirante sont coincés dans une campagne désertique entre deux parcs à caravanes et motels déserts. En panne, Sam ne croise pas âme qui vive pour l’aider. Son seul compagnon ? Une émission de radio étrange, où les témoignages abondent pour suivre la traque d’un serial-killer. Dans le ciel, une étrange lumière rouge. Que se passe-t-il ? Dans quelle réalité Sam est-il coincé ?

Des réponses, Sam was here en apportera certaines, mais laisse assez intelligemment planer le mystère sur d’autres. S’il est assez facile de deviner – dès les cinq premières minutes en fait – où le réalisateur veut en venir, la réalisation fait preuve d’une réelle assurance pour créer une atmosphère d’angoisse, de bizarrerie et de malaise qui perdure même une fois que l’action s’emballe. Sam, incarné par un sosie bodybuildé d’Aaron Eckhart, rencontre ainsi quelques autochtones particulièrement énervés sur sa route, comme pris par une forme de démence. Absurdité, violence sèche et tournage à l’économie dans le désert : Sam was here partage indéniablement quelques atomes crochus avec le Rubber de Quentin Dupieux. Malgré un script un peu léger pour justifier une durée de long-métrage, ce premier long fait preuve d’assez de personnalité pour donner envie de suivre l’ami Deroo dans ses prochaines aventures.


Note Born To Watch
Troissurcinq

Sam was here
De Christophe Deroo
2016 / France – USA / 75 minutes
Avec Rusty Joiner, Sigrid Le Chapelle, Rhoda Pell
Sortie prochainement


The Transfiguration : ce petit a du mordant

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The Transfiguration semble faire référence à la Bible, quand, un court instant, Jésus a révélé sa nature divine à ses apôtres à l’aide d’un changement d’apparence extraordinaire. Le rapport lointain avec les Évangiles ici importe peu. Ce premier film de Michael O’Shea se classe plutôt dans la catégorie du drame social à tendance vampirique. En la matière, comme les dialogues le mentionnent souvent eux-mêmes, il se situe plutôt au niveau de Martin de George Romero, que de Twilight, pour éviter de se tromper sur la marchandise. Milo vit dans une cité du Queens, avec son grand frère Lewis. Solitaire et asocial, l’adolescent ne trouve de réconfort que dans les films de vampires, qui le fascinent jusqu’à la pulsion morbide. Sa nouvelle voisine Sophie bouscule ses habitudes et ses priorités.

Les yeux mi-clos et glaciaux d’Éric Ruffin suffisent à donner une idée du chaos de l’univers mental du jeune homme qu’il incarne. The Transfiguration choisit un rythme lent, silencieux, pour raconter la psychose, sur fond de violence dans les banlieues chaudes de New-York. Son récit, d’une noirceur étouffante, mais qui peut prêter à sourire par ses touches d’incongruité glaçante, berce dans la tragédie au moment de son climax simple, mais efficace. Le film, étonnant, manque toutefois de corps pour être suffisamment abouti. Le personnage du grand frère semble d’ailleurs très prometteur en ancien soldat visé sur son canapé, mais il manque cruellement de relief. Ambitieux, The Transfiguration tâtonne entre le réel et le surnaturel, mais en laissant toujours un sentiment d’inachevé. Ce coup d’essai, qui a créé une petite sensation à Cannes, puis à Deauville, révèle toutefois un réalisateur à suivre avec attention.


Note Born To Watch
Troissurcinq

The Transfiguration
De Michael O’Shea
États-Unis / 2016 / 97 minutes
Avec Éric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Moten
Sortie le 8 février 2017


Detour : choisis ton film noir !

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À force d’attendre des nouvelles de Christopher Smith, nous le pensions le retiré des affaires. Si son nom ne vous dit rien, c’est parce que le réalisateur britannique n’a pas rencontré le succès qu’il méritait avec les fameux Triangle et Black Death, sortis directement en vidéo en France. Révélé par les séries B horrifiques Creep et Severance, Smith a, après ces quatre réussites, embrayé sur une mini-série médiévale (Labyrinth) et un film de Noël prolo (Get Santa) qui ont fait peu de bruit. Le voilà de retour, et en beauté, avec ce Detour brillamment emballé, et battant pavillon anglais malgré un décor, un casting et des codes éminemment américains.

Dans Detour, qui n’est pas, malgré son titre, un remake du film noir d’Edgard G. Ulmer (Smith lui rend malgré tout hommage directement), le réalisateur aborde un genre inédit pour lui, et sous un angle rafraîchissant. C’est un néo-noir, du genre de ceux qui fleurissaient dans les années 90 dans l’écume du succès de Tarantino, mais Smith, à la fois scénariste et metteur en scène, démontre une véritable maîtrise, une maturité de ton qui évite à Detour de basculer dans la case « film de petit malin ». Le concept consiste à narrer l’histoire de Harper (notre chouchou Tye Sheridan), un étudiant aux prises avec son beau-père (Stephen Moyer, True Blood) et un couple de voyous (les très bons Emory Cohen, vu dans Brooklyn, et Bel Powley, révélation de Diary of a teenage girl), de deux manières différentes. À un moment clé, l’écran se divise en deux pour montrer les conséquences du choix de Harper. Huis-clos stressant dans un cas, road movie tendu dans l’autre : Detour alterne entre ces deux récits avec une aisance confondante, jouant sur le suspense, l’humour noir et les dialogues référencés pour entretenir l’illusion. Réminiscent des grands polars badass de John Dahl, avec un twist très bien inséré dans le troisième acte, Detour constitue l’aboutissement aux expérimentations narratives de Triangle. Épuré, ludique, jamais tape-à-l’œil malgré sa sophistication, ce polar réjouissant est le retour au premier plan que l’on attendait désespérément depuis sept ans pour Smith.


Note Born To Watch
Quatresurcinq

Detour
De Christopher Smith
2016 / Royaume-Uni – Afrique du Sud / 90 minutes
Avec Tye Sheridan, Bel Powley, Emory Cohen
Sortie prochainement

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