Brèves de l’Étrange : The Lure, War On Everyone, Jeeg Robot

L’Étrange Festival bat son plein actuellement au Forum des Images. Pour vous faire patienter en attendant des critique plus complètes, nous vous proposons un nouveau retour sur nos dernières découvertes. Vous avez jusqu’à dimanche pour nous rejoindre et vous régaler des bizarreries dont seul ce rendez-vous annuel a le secret. Aujourd’hui, nos zooms concernent des énigmatiques sirènes (si, si), un buddy-movie bien au-dessus des lois avec l’une des stars de True Blood et un inattendu récit de super-héros… à l’italienne !


The Lure : sous les néons, les nageoires !

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Avant de pouvoir résumer The Lure comme un conte gothique et vampirique disco-gore sur deux sirènes enrôlées dans le monde de la nuit (voilà qui est déjà long), il faut noter que ce film signé Agnieszka Smoczynska est la première comédie musicale à venir de Pologne. Le mythe fascinant des sirènes, créatures aquatiques dont le chant divin masque les noires intentions, a, par une heureuse coïncidence, inspiré au même moment plusieurs cinéastes, dont Stephen Chow avec le bien-nommé The Mermaid – et le remake annoncé de Splash. Ici, Smoczynska, pour son premier long-métrage, semble retourner aux racines littéraires du mythe, comme le souligne le très beau générique d’ouverture animé. Mais les références aux contes d’Andersen ne constituent qu’un des aspects d’une œuvre insaisissable, aux parti-pris narratifs hésitants.

Des profondeurs d’une rivière surgit le chant mélancolique et hypnotisant de deux sœurs à longue queue, Golden et Silver. Elles ne tardent pas à charmer un trio de musiciens se produisant dans un night-club libidineux. Sans que cela choque grand-monde, les deux créatures dévoilent bientôt leurs charmes et leur brin de voix angélique sur scène. Silver tombe amoureuse du bassiste Mietek, tandis que Golden, qui considère ce passage sur la terre ferme comme une récréation, a du mal à retenir ses pulsions carnivores… Ce squelette d’histoire est suivi durant la première demi-heure de The Lure. Saturé de scènes musicales censées dérouler ou commenter l’intrigue, le film sacrifie vite au pouvoir languissant de ces intermèdes chantés, au détriment de la narration. L’onirisme et l’absurde prennent le dessus dès les premières minutes passées dans cette boîte de nuit moins glauque que kitsch. Du pop à la disco en passant par le punk, le melting-pot d’ambiances et d’excentricités fonctionne parfaitement, soutenu par le cachet visuel splendide du film, au générique duquel figurent plusieurs collaborateurs d’Agnieszka Holland. Mais The Lure tourne assez rapidement à vide, introduisant des personnages superficiels et abscons dans l’équation, avant de précipiter une conclusion sans panache. Singulier, le film l’est sans l’ombre d’un doute, mais il ne parvient que rarement à dépasser son statut d’intrigante curiosité.


Note Born To Watch
Troissurcinq

The Lure (Sirenengesang)
D’Agnieszka Smoczynska
2015 / Pologne / 92 minutes
Avec Marta Mazurek, Michalina Olszanska, Kinga Preis
Sortie prochainement


War On Everyone : des flics si méchants ?

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Après Calvary et L’Irlandais, le britanno-irlandais John Michael McDonagh s’attaque au buddy-movie du genre incorrect. Bob (Michael Peña) et Terry (Alexander Skarsgård) sont les deux policiers les plus corrompus de tout l’État d’Alabama. Drogue, violence, racisme, langage châtié et racket occupent leur quotidien au point qu’ils ne tarderont pas à rendre leur badge aux dires de leur supérieur. Le jour où une affaire les atteint personnellement, ils décident d’utiliser leurs méthodes douteuses pour œuvrer, enfin, au service du bien.

Après un passage au Festival de Deauville, War On Everyone vient faire du charme au public parisien de l’Étrange Festival. Construit comme un buddy-movie bourrin avec une fine équipe composée d’un Laurel, bel ingénu musculeux et séducteur et d’un Hardy, père de famille odieux et précieux, philosophant sur Simone de Beauvoir à ses heures perdues (un hommage à True Detective s’est niché dans le film, saurez-vous le retrouver ?). L’originalité principale du film repose sur l’absence totale de scrupules de ses deux protagonistes, aussi amoraux que violents. Seulement voilà, comme a tenté de le faire Suicide Squad cet été, le scénario retombe rapidement sur des pieds cousus de fils blancs. Si le début du film s’avère des plus réjouissants, l’intrigue déçoit rapidement nos attentes en introduisant  un méchant central inodore (et britannique, comme c’est originale). D’ailleurs, son homme de main lui volerait bien la vedette : Caleb Landry Jones (Antiviral) incarne un personnage loufoque et décadent à l’image de ses précédents rôles, mais il le fait particulièrement bien. Pas toujours drôle, souvent lourdingue, et pas si méchant, War on Everyone a le mérite d’être un bon film d’action, qui se suit sans prise de tête, mais qui s’oubliera vite.


Note Born To Watch
Troissurcinq

Au-dessus des lois (War on everyone)
De John Michael McDonagh
2016 / Angleterre / 108 minutes
Avec Michael Peña, Alexander Skarsgård
Sortie prévue en 2017


Jeeg Robot : super-héros sauce carbonara

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Mêlant film de super-héros et film de mafia à la Gomorra, Jeeg Robot est signé Gabriele Mainetti (Le Point Rouge). Italien jusqu’au bout des ongles (déjà une originalité en soi), le film explore de fond en comble les bas-fonds de Rome. Enzo (Claudio Santamaria, découvert chez nous dans Romanzo Criminale) est un petit voyou asocial qui en tentant de fuir la police tombe dans le Tibre. Sous l’eau, il entre en contact avec une substance radioactive qui lui confère des pouvoirs étonnants. Comme il guérit à une vitesse phénoménale, il décide de mettre à profit son nouveau don à des fins criminelles. Mais sa rencontre avec Alessia (Ilenia Pastorelli), une jeune femme perchée à la merci de la mafia Camorra, dirigé par un tueur fou et efféminé (Luca Marinelli, La Grande Bellezza) va convaincre d’aider plutôt les personnes en difficultés.

Plus fins qu’il ne le laisse penser à la fin du film, Jeeg Robot rend hommage à sa manière aux dessins animés japonais – d’où vient le nom de notre justicier – et se plaît à décrire le destin de deux personnages marginaux qui s’unissent pour survivre. Histoire d’amour touchante et drôle, quoiqu’un tantinet agaçante, l’intrigue se heurte à un « ventre mou » d’autant plus dommageable qu’il débouche par la suite sur un dernier acte plein de surprises pour le spectateur. Au final plutôt positif, Jeeg Robot se place dans le haut du panier des films de super-héros underground qu’il mélange avec une délicieuse sauce César. Heureuse annonce, cette découverte rafraîchissante va être distribuée en France, et sortira dans quelques mois sur nos écrans.


Note Born To Watch
Troissurcinq

Jeeg Robot (Lo chiamavano Jeeg Robot)
De Gabriele Mainetti
2016 / Italie / 118 minutes
Avec Claudio Santamaria, Luca Marinelli, Stefano Ambrogi
Sortie en janvier 2017

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