Burying the Ex : Joe Dante fait le mort

L’appauvrissement progressif du cinéma fantastique américain dans les années 2000 a laissé sur le carreau nombre de figures révérées du genre. Wes Craven avait déserté l’horreur dans la dernière partie de sa carrière, John Carpenter s’est mis aux abonnés absents, Landis s’en est éloigné… Joe Dante, lui, a tout simplement été mis sur le banc. Chantre d’un cinéma joyeusement anarchiste et chaleureux, dialoguant constamment avec le passé pour le réinterpréter au présent (une manœuvre qu’il illustrait très littéralement dans Les Looney Tunes passent à l’action), Joe Dante n’a pas pu continuer à faire entendre sa voix comme il l’entendait. Son style était peut-être trop anachronique pour certains, mais la sortie en catimini de l’attachant The Hole 3D, sa seule réalisation notable des quinze dernières années, nous a rappelé à quel point son cinéma nous manquait. C’est parce que Dante est abonné aux festivals spécialisés, où il est souvent invité et confronté à des myriades de questions sur ses increvables Gremlins, qu’il n’est pas étonnant d’y avoir croisé Burying the Ex, son dernier film en date, resté en plan pendant plusieurs années avant d’être distribué sans bruit.

Après son épisode remarqué de Masters of Horror, « Vote ou crève ! » (une idée jouissive pauvrement exploitée à l’écran), le réalisateur de Panic sur Florida Beach se confronte une nouvelle fois à la figure du mort-vivant, mais par le biais cette fois de la comédie romantique un peu dingo, voire du vaudeville à trois décors.

Le plus dur, c’est la rupture

Burying the Ex : Joe Dante fait le mort

Serveur un peu gauche et handicapé socialement dans Odd Thomas, Anton Yelchin joue ici Max, un vendeur un peu gauche et handicapé socialement, fan de films d’horreur qui apprend à vivre au quotidien avec sa petite amie Evelyn (Ashley Greene, Twilight). Celle-ci, blogueuse vegan atteinte d’une névrose du contrôle, se révèle petit à petit trop castratrice pour Max. Comment rompre avec cette gentille fille qui l’aime sans modération ? Le garçon est bien embêté, mais le destin va se charger de prendre les choses en main. Evelyn est renversée par un bus et meurt dans la foulée, laissant Max triste, mais aussi et surtout célibataire. L’idéal pour construire une belle relation avec Olivia (Alexandra Daddario, True Detective), une serveuse aussi geek que lui et qui pourrait bien être son âme sœur. Oui, mais non : à cause d’une statuette au pouvoir surnaturel, Evelyn revient bientôt d’entre les morts, sous la forme d’une morte-vivante parfaitement fonctionnelle (enfin, ça dépend), qui entend bien vivre son amour avec Max… pour l’éternité !

« L’impression générale est que personne ne croit ici dans le génie, ou même la pertinence, du projet. »

Si cette intrigue semble familière, c’est normal : les retards dans la sortie de Burying the Ex font que le film arrive après le similaire Life After Beth, qui reposait à quelques détails près exactement sur les mêmes prémisses. Pourtant, le film de Joe Dante, basé sur un scénario original d’Alan Trezza, est arrivé en premier sur le papier. Non pas que cela ait une influence sur la qualité finale des scripts : dans les deux cas, le traitement ne révolutionne en rien le genre auquel les films s’attaquent, à savoir la zom-com (pour « comédie romantique zombie », dont le pinacle reste Shaun of the Dead). Le fait qu’Evelyn soit une morte-vivante encombrante, avec tout ce que cela comporte de dialogues à double sens (le titre lui-même est un jeu de mots autour de l’expression « enterrer la hache de guerre » / « enterrer son ex ») et de gags répulsifs (elle crache de la bile, et a une libido en meilleur état que son corps), n’a rien de nouveau. Et, sorti de quelques amusants paradoxes (notre blogueuse déterrée passe par exemple du régime tofu à l’appétit cannibale) Burying the Ex ne tente pas grand-chose pour faire rebondir l’intrigue après la résurrection en question : vivante ou morte-vivante, ce falot de Max ne sait pas comment se débarrasser de son ex. Faire d’Evelyn une victime incomprise, par exemple, aurait permis de faire naître un véritable tiraillement (sic) chez notre héros, embarqué dans une idylle tapissée de clins d’œil avec Olivia – qui l’emmène voir un vieux film d’horreur en plein air dans un cimetière, comme par hasard. Mais non : le scénario choisit l’angle de la « full bitch », sans se poser trop de questions, et catapulte même un personnage secondaire type (le demi-frère vicelard et obsédé de Max) au premier rang, comme s’il fallait dynamiser ce ménage à trois un peu mou du plexus !

Des performances en demi-teinte

Burying the Ex : Joe Dante fait le mort

La simplicité du pitch de Burying the Ex, qui tient tout entier dans une affiche, s’avère donc aussi son ennemi : à l’heure où le zombie est abordé sous tous les angles post-modernes possibles, à la télé comme au cinéma, Joe Dante livre un film mollasson et complètement désuet, qui ne repose que sur ses afféteries perso (des extraits de vieux films fantastiques partout, un caméo de Dick Miller, un héros trop gentil pour son propre bien) pour exister. Le casting, principale raison de vivre d’un scénario claquemuré entre trois intérieurs tristounes et un décor de cimetière anonyme (ah si : il y a une scène dans une boîte de nuit, où Evelyn vomit de l’absinthe !), reste la principale raison de s’accrocher pendant 90 minutes. Yelchin ne se force pas cette fois pour rendre son personnage sympathique : sa nonchalance naturelle passe cette fois pour de la pure lâcheté affective, d’autant plus qu’il attire les attentions d’un beau duo d’actrices. Greene sort logiquement du lot pour les besoins du rôle, face à une Alexandra Daddario alors inconnue, et aussi mimi qu’effacée.

Les acteurs, comme Dante, s’acquittent ici de leur boulot avec métier (et un mini-budget), mais l’impression générale est que personne ne croit ici dans le génie, ou même la pertinence, du projet. Burying the Ex a parfois des allures de pilote de série TV lambda, dans son manque de personnalité et dans ses péripéties téléphonées. La télévision est, il faut hélas le souligner, la principale occupation professionnelle ces derniers temps de Joe Dante. Peut-être le jovial cinéaste, qui fêtera bientôt ses 70 ans, pourra-t-il rebondir pour de bon avec son prochain tournage, le thriller fantastique Labirintus ?


Note Born To Watch
Deuxsurcinq
Burying the Ex
De Joe Dante
2014 / USA / 86 minutes
Avec Anton Yelchin, Alexandra Daddario, Ashley Greene
Sortie le 10 février 2016 en DVD (Factoris)

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