Buybust : raid brutal à Manille

par | 14 novembre 2018

The Raid dans un bidonville : voilà comment résumer Buybust, qui traite le problème de la guerre anti-drogue aux Philippines sous l’angle d’un film d’action bourrin et immersif.

Plus encore que les prouesses martiales de Tony Jaa, les combats violents à en perdre haleine de The Raid et sa suite ont manifestement traumatisé les artisans du cinéma d’action asiatique. Alors que Netflix vient d’accueillir en exclusivité l’intense The Night comes for us avec la star Iko Uwais, la plateforme récidive dans le genre du film de tape qui fait mal avec la sortie-surprise de Buybust, le nouveau film d’Erik Matti (On the job), découvert en septembre à l’Étrange Festival. Une série B immersive au possible, mais pas sans défauts, qui tente de replacer les Philippines sur le devant de la scène dans un genre qui fait de plus en plus de petits énervés.

La chasse aux flics est déclarée

Quand dans The Raid, une unité de policiers d’élite investissait l’immeuble d’un baron de la drogue impitoyable, dans Buybust (littéralement « achat-arrestation »), c’est une escouade d’agents d’élite de Manille qui pénètre de nuit dans un bidonville de Manille gangrené par la violence des gangs de dealers de drogue. On est pas loin du rip off en mode vertical, à ceci près que le héros sacrificiel est cette fois une héroïne, Nina Manigan (ce nom !), une dure à cuire de poche interprétée par Anne Curtis, vedette locale plutôt habituée aux comédies à l’eau de rose et aux plateaux d’émission télé. L’actrice s’est métamorphosée pour ce rôle d’agent tenace et intègre, plongé avec son escouade dans une mission à haut risque pour débusquer un chef de gang très dangereux surnommé Biggie Chen.

"Les lacunes techniques du long-métrage restent nombreuses : du mixage son complètement aux fraises, aux incrustations numériques hasardeuses, en passant par un casting, au mieux fonctionnel, au pire très cabotin."

Bien entendu, après une longue mise en place faite de surveillance à distance et d’infiltration silencieuse, la mission dérape, la brigade est découverte par les malfrats… et l’enfer se déchaîne alors sur eux. Le bidonville, véritable prison à ciel ouvert constellée de plaques de tôle, d’abris de fortune et d’allées étroites, se transforme en labyrinthe mortel, tandis que Nina et ses collègues tentent d’échapper à la fois aux trafiquants et aux habitants, excédés et transformés en foule furieuse. Pour ne rien gâcher au massacre, Manille est torpillée cette nuit-là par un orage sans fin, et une taupe travaille à l’intérieur de la police pour saboter les chances de survie de l’escouade…

De l’énergie (et des lacunes) à revendre

Malgré tout le métier d’Erik Matti, qui enchaîne les tournages depuis bientôt quinze ans, et l’importance d’une production qui acquiert une dimension particulière dans un pays traumatisé par la violente guerre anti-drogues menée par son président Rodrigo Dueterte, Buybust se caractérise avant toute chose par son côté bancal. L’ambition est là, assumée dans l’ampleur d’un décor qui contre toute attente, n’est pas un vrai bidonville, mais un plateau créé de toutes pièces, et dans les couleurs froides et enveloppantes d’une photographie souvent splendide, capturant avec réalisme le rythme nocturne et le délabrement esthétique des nuits de Manille. Mais les lacunes techniques du long-métrage restent nombreuses, du mixage son complètement aux fraises (on entend souvent plus la pluie que l’impact des coups, entre autres bizarreries) aux incrustations numériques hasardeuses, en passant par un casting – y compris chez les cascadeurs, pas très énergiques – au mieux fonctionnel, au pire très cabotin. Buybust est malgré sa complexité et sa relative longueur, un film totalement linéaire et manichéen au possible : les héros y meurent en héros, les crapules et ripoux sont exécutés sans pitié.

De ce pot-pourri de fusillades dantesques, de combats à mains nues et à la machette, de cache-cache désespéré et de body count invraisemblable, on ne retiendra pas forcément les tentatives de Matti d’épater la galerie (un plan-séquence façon L’honneur du dragon qui s’avère plus ridicule qu’impressionnant, une confrontation finale esthétisante qui tourne à la pantalonnade), mais les idées barges et l’atmosphère de totale sauvagerie qui émane de cet univers où toute raison a été abandonnée. À ce petit jeu (de massacre), le personnage le plus captivant reste le Rico, policier qui dénote autant par son physique de géant (normal, c’est le champion de MMA Brandon Vera qui l’incarne) que par sa surréaliste résistance aux blessures et sa faculté d’utiliser des motos comme projectiles. Pour lui, et pour ce décor marmoréen aux lignes de fuite perpétuellement bouchées par un assaillant déchaîné, Buybust vaut au final le détour.