Ça : « Il » revient nous hanter

Les fans de Stephen King doivent être aux anges cette année : outre l’adaptation à gros budget du monument La Tour Sombre, qui se dévoile elle aussi petit à petit, celle, destinée a priori à Netflix, de Jessie par le grand espoir du fantastique Mike Flanagan, et le passage en format série TV de The Mist, Warner Bros distribuera cet automne ce qui est annoncé comme la première partie de Ça. Un film d’horreur en gestation depuis presque une décennie, qui cristallise autour de lui des attentes fiévreuses et craintives. Et celle-ci vient de monter un cran avec la mise en ligne, enfin, d’une première bande-annonce témoignant de l’ambition du projet : conforme aux canons du genre en vigueur en apparence, mais parcourue par un sentiment de terreur enfantine familier pour des millions de lecteurs.

Un roman charnière

Ça : « Il » revient nous hanterLe roman culte du maître du Maine est un pavé de 1200 pages qui a constitué pour toute une génération une date clé dans leur accès à la littérature horrifique. Publié au mi-temps des années 80, Ça, avec son récit à cheval sur plusieurs époques, sa profusion de personnages, de créatures indicibles, de séquences ultra-violentes et de digressions sexuelles et chamaniques, marque d’une certaine manière l’aboutissement d’une période ô combien faste pour Stephen King. L’enfance maltraitée et sublimée, la persistance d’un mal ancien figurant symboliquement les inégalités sociales de l’Amérique, un goût immodéré pour les scènes choc, l’exploitation fétichiste du patrimoine culturel moderne… Toutes ces composantes, récurrentes dans son œuvre, se mélangent à la perfection dans ce pavé exubérant et magistral, qui continue de hanter les souvenirs de ses lecteurs, qui avaient pour beaucoup le même âge que ses jeunes héros au moment où ils se sont aventurés dans la terrible histoire du « Club des Ratés ».

Tout le monde n’est toutefois pas familier de l’univers littéraire de King. Si le projet du film Ça a si longtemps été dans l’air du temps, c’est parce que l’œuvre est rentrée dans l’inconscient collectif dès 1990, et une première adaptation télévisuelle du livre : Il est revenu. Téléfilm en deux parties signé Tommy Lee Wallace (Halloween 3), cette version aux finances limitées, logiquement timorée vu qu’elle était diffusée en prime time, avait toutefois marqué tous les esprits grâce à l’acteur Tim Curry, inoubliablement flippant dans le rôle du clown Grippe-Sou (l’une des incarnations physiques de l’entité appelée « Ça »), et un casting d’enfants réussi. En trois heures, le téléfilm tentait de faire la synthèse impossible d’un récit foisonnant, et cette richesse a aussi été un écueil dans la rédaction du scénario de Ça. Cary Fukunaga, réalisateur de True Detective et Beasts of no Nation, a été attaché pendant des années au projet, et conserve encore le statut de co-scénariste du film. Pourquoi le talentueux metteur en scène a-t-il quitté le bateau après tous ces efforts ? Sans doute parce qu’il n’obtenait pas gain de cause sur certaines scènes, et sur la direction artistique qu’il souhaitait adopter.

Terreur à Derry

Ça : « Il » revient nous hanter

« La bande-annonce enchaîne les images marquantes – en tout cas pour les lecteurs. » Le film, tout comme sa « suite » (qui serait actuellement en production, même si rien n’est officialisé, pas même le casting), est finalement réalisé par Andrés Muschietti, réalisateur remarqué de Mama découvert par Guillermo del Toro. Fan déclaré du matériau, le metteur en scène a joué la carte de la transparence, en faisant le récit quotidien sur Instagram de son tournage au Canada (hé non, Ça n’a pas été tourné dans le Maine). Outre le fait que l’action ait été déplacée des années 50 aux années 80 – ce qui fait que la séquelle se déroulera de nos jours, tout comme « la suite » du roman existait dans les années 80 -, la différence la plus notable, c’est le choix de diviser l’histoire en deux longs-métrages distincts. Le premier sera consacré aux sept héros du « Club des Ratés » durant leur enfance, lors de leur premier combat avec Ça. Bill, Richie, Beverly et tous les autres sont confrontés tour à tour à cette entité millénaire malfaisante, qui plonge la ville fictive de Derry dans la terreur en s’attaquant à ses enfants. Ils décident de s’unir contre elle, malgré le fait qu’ils se sentent individuellement faibles, maltraités, incompris ou inconsolables (Bill, leur « chef », a perdu son petit frère, dévoré par Grippe-Sou).

Le récit ne fera ainsi plus l’aller-retour entre cette période et les personnages à l’âge adulte, alors qu’ils ont quitté la ville et perdu la mémoire de ces événements. On peut regretter ce choix un peu binaire, mais choisir un angle est mieux que de ne pas en choisir du tout…

Alerte au clown !

Ça : « Il » revient nous hanter

L’attention des fans s’est portée depuis le départ sur le degré de fidélité du film au roman (il y aura sûrement des trahisons, des manques, et « des surprises », a promis Muschietti), mais aussi sur le look de son croquemitaine vedette, Grippe-Sou. Un clown qui sera on le sait maintenant très différent de celui incarné par Tim Curry : plus proche d’un Pierrot malsain, et à vrai dire taillé pour effrayer les coulrophobes ! Figure de proue de la promotion, il personnifie dans le trailer la menace qui pèse sur Derry, à commencer par ses égouts. La bande-annonce, qui enchaîne les images marquantes – en tout cas pour les lecteurs (le lavabo de Beverly, la bande de Henry Bowers, la maison de Neibolt Street, la bibliothèque de Derry traversée par un ballon rouge, et bien sûr, le bateau en papier du petit Georgie), permet de découvrir le casting réuni par Muschietti. Outre Bill Skarsgård (Hemlock Grove) dans le rôle de Grippe-Sou, on reconnaîtra surtout Jaeden Lieberher (Midnight Special) et dans la peau de Richie Tozier, Finn Wolfhard, héros de Stranger Things : une série qui, ironiquement, clignait souvent de l’œil à l’œuvre du King, et dont les producteurs de Ça avouent désormais s’inspirer.

Malgré cette référence esthétique grand public, le film ne sera pas aussi contraint que son prédécesseur télévisuel : le budget n’est pas le même, et surtout, Ça sera bel et bien classé R. L’entité du livre n’est pas exactement attendrissante, et les sévices et visions cauchemardesques qu’elle inflige à tous les personnages n’auraient aucun impact si la production avait dû se contenter de suggérer les choses. Si vous voulez vraiment tout savoir sur ce calvaire intemporel enduré par les résidents de Derry, n’attendez pas le 20 septembre, date de sortie française annoncée. Plongez-vous dès maintenant dans les pages de ce mastodonte de l’horreur US, et préparez-vous, inévitablement à « flotter vous aussi en bas »…

Bande-annonce

Pas encore de commentaire.

Vous avez la parole.