Captain America : serialement bon

Quatrième personnage de la Marvel à rejoindre les Avengers, Captain America réussit un vrai serial à l’ancienne. Pour l’amateur non éclairé de comic book, le personnage de Captain America représente un dilemme insondable : puissamment iconique, parce que voulu comme tel, le surhomme Steve Rogers est aussi le symbole conscient et conservateur de l’Amérique toute-puissante, telle qu’elle se voyait pendant et au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale. Métaphore de l’esprit va-t-en-guerre des Yankees au moment où la bataille se concentrait d’un simple et unique objectif (« Kill Hitler ! »), Captain America était une autre de ces créations made in Stan Lee, à la fois vulnérable (Steve Rogers est au départ un gringalet timide et gauche, un peu comme Peter Parker) et doté d’une puissance hors du commun, rarement menacée par des ennemis tenaces mais guère futés.

Le problème, pour les Européens, venait tout de même de ce costume aussi rococo qu’impardonnable : imaginons un instant un super-héros français habillé en bleu blanc rouge avec une cocarde et le visage de Marianne sur son bouclier… Non ? Quoiqu’il en soit, ce super-patriote avait, au contraire des Iron-Man, Thor ou Hulk, un sérieux écueil culturel à franchir, à tel point que la mention de Captain America a été enlevée dans certains pays (reste juste le sous-titre, The First Avenger).

 

Indiana, vous avez dit Indiana ?

CAPTAIN AMERICA: THE FIRST AVENGER

Joe Johnston, réalisateur de Rocketeer, Wolfman, ou encore Jurassic Park 3, ainsi que ses scénaristes, ont donc eu cette très bonne idée de faire du film un serial rétro, se déroulant à 95 % à l’époque de la naissance du super-soldat de l’US Army. L’ombre d’Indiana Jones, entre autres, plane du coup fortement sur cette aventure où se télescopent méchants nazis, savants fous, secrets de templiers et machines volantes sorties de la littérature steampunk, telles cette aile volante crachant des bombes à hélice. Une référence maligne (1), qui met en sourdine le côté outrageusement cocardier du personnage, au profit d’une étude de personnages pas vraiment révolutionnaire, mais intelligente. Johnston s’attarde plus volontiers sur Rogers (Chris Evans) au départ transformé en maigrichon par la grâce d’effets spéciaux benjamin-buttonesques. Sans cynisme, et par la grâce d’un montage musical tourbillonnant, il nous montre le Cap’, non pas pour ce qu’il représente, mais pour ce qu’il est, à la fois dans la fiction ET dans la réalité : une mascotte, tout juste bonne à faire acheter des bons de guerre et motiver les troupes grâce à un costume qui trouve du coup toute sa raison d’être.

Ce tour de passe-passe permet au réalisateur, en pleine possession de ses moyens (contrairement à son expérience cauchemardesque sur Wolfman), de se concentrer sur l’affrontement épique et très surréaliste entre l’armée Hydra, menée par un Red Skull (Hugo Weaving, cabotin à souhait), et la division secrète emmenée par Rogers. Plus trépidant par l’enchaînement de ses séquences que ses scènes d’actions assez rapidement expédiées, le film brille cependant de mille feux, grâce d’abord aux décors fabuleux de Rick Heinrichs (je plains ceux qui n’en ont pas profité à cause de la 3D) rehaussés d’effets spéciaux assez riches sans être tape-à-l’œil (coucou, Thor), mais aussi à l’amour que Johnston porte visiblement à ses acteurs, tous mis en valeur même s’ils ont peu de temps d’image.

 

Né pour le bouclier

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Chris Evans, un temps hésitant à endosser le masque du Cap’, porte littéralement le film sur ses épaules, avec un mélange de bagout et de maladresse qu’on ne soupçonnait pas de sa part. Il décroche là, contre toute attente, le rôle d’une vie. La relativement inconnue Hayley Atwell se fait elle aussi une place au soleil en jouant la redoutable tireuse Peggy Carter : son personnage ancre Captain America dans une certaine tradition romantique, puisque l’on sait que le film va se terminer sur la tragédie à l’origine de la présence de Rogers parmi les Avengers (eh oui, SPOILER il termine congelé 70 ans dans la glace). Autour du couple, les vétérans (Weaving, Tommy Lee Jones, Stanley Tucci) font le job et s’amusent visiblement à jouer des figures manichéennes de BD, tandis que Dominic Cooper nous donne à voir un Howard Stark aussi imbu de lui-même et séducteur que son fameux fils.

En se la jouant à l’ancienne, à contre-courant des montages hystériques qui alternent gros plans de deux secondes et master shots aussi hasardeux que tremblants (hello, Michael), Johnston gagne des points de sympathie supplémentaires. Captain America est toujours lisible, clair. Les effets sonores se servent pas ici de palliatifs bourrins au manque de vision du metteur en scène. Mine de rien, ça n’est pas si fréquent.

 

En guise d’apéritif

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Bien sûr, tout n’est pas parfait dans cette dernière production Marvel avant le maelstrom de mai 2012 : la classique histoire en trois actes, le côté fonctionnel des dialogues, truffés de punchlines tellement usées qu’on ne pensait plus les entendre en 2011 (du genre « Vous ne voulez vraiment pas mourir, hein ! » ou « Si vous n’avez pas peur, pourquoi fuyez-vous ? »), nous rappellent constamment qu’il s’agit d’un film d’exposition avec ses passages obligés et ses raccourcis narratifs de la taille d’un train. L’introduction, bien que rondement menée, est par exemple tellement longue que lorsqu’il s’agit enfin de rentrer dans la vif du sujet, la fin du métrage approche déjà et le combat titanesque annoncé s’avère d’une facilité déconcertante (vous en connaissez beaucoup, des méchants qui punaisent sur une carte les emplacements de leurs bases secrètes au vu de tous ?).

Le cadre historique précis du film lui apporte toutefois un vrai supplément d’âme et une ampleur romanesque jamais ridicule, surtout comparés aux simples « apéritifs » que sont, en définitive, Thor ou le premier Iron Man. En organisant ce clash visuel entre l’esprit, les codes Marvel, et l’esthétique rétro-futuriste des meilleurs serial, Johnston réussit un petit coup de maître : un retour aux origines, de la figure super-héroïque (« non pas un soldat parfait, mais simplement quelqu’un de bien », nous rappelle-t-on), sans distanciation ni cynisme. Et qui nous demande, l’air de rien, d’abandonner aussi nos réflexes de spectateur blasé pour apprécier toute l’évasion et le plaisir enfantin qu’il nous procure.

(1)  On pense aussi très fortement, mais reste à voir si la référence est consciente, au Capitaine Sky de Kerry Conran, pour le coup hommage volontaire et revendiqué à la littérature pulp et aux comics SF des fifties.

 

Note BTW


Quatre sur cinqCaptain America : the first avenger

De Joe Johnston / 2011 / USA / 124 minutes

Avec Chris Evans, Hayley Hatwell, Tommy Lee Jones

Sortie le 17 août 2011

1Articles commentés

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  1. La Boîte à Séries Le 27 septembre 2011
    Malgré quelques dialogues ultra-téléphonés en effet (mais quelques blagues balancés par Tommy Lee qui fonctionnent aussi), c'est le meilleur film de super héros que j'ai vu récemment. Thor et Iron Man 2 manquent vraiment d'un supplément d'âme...

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