Brèves de l’Étrange : Tokyo Vampire Hotel et Mayhem

Retour à la 23e édition de l’Étrange Festival avec une nouvelle livraison de chroniques particulièrement sanglantes cette fois-ci. Le festival parisien a beau affectionner les bandes étranges, il est de notoriété publique que les organisateurs aiment aussi les réalisateurs qui ne reculent pas devant une bonne rasade de gore ! Direction le Japon dans un premier temps, avec le Sono Sion obligatoire annuel, puis orgie vermillon yankee, grâce au bien moyen Mayhem. Bonne lecture !


Tokyo Vampire Hotel : les rivières de sang de Sono Sion

Pensé au départ comme une minisérie d’une dizaine d’épisodes pour la Toei, Tokyo Vampire Hotel témoigne avant tout de l’hyperactivité, devenue finalement problématique, du fantasque Sono Sion. Accepter une commande télévisuelle, fusse-t-elle alléchante, quand on enquille déjà par ailleurs quatre à cinq tournages de cinéma par an, est-ce bien raisonnable ? Le réalisateur japonais, s’il est accompagné de deux autres collègues sur la série, n’a toutefois pas rechigné à la tâche, et a trouvé le temps de produire un montage cinéma du show, composé d’un amalgame des premiers épisodes assorti d’un prologue et d’un dernier acte inédit. Un beau bordel narratif, quand on y pense, qui explique le caractère chaotique et déséquilibré du résultat final.

Tokyo Vampire Hotel imagine un univers absurde où une lutte ancestrale oppose deux familles de vampires, les Draculas et les Corvins, à la fois en Roumanie (l’occasion pour l’équipe de tourner dans des lieux historiques impressionnants, telle cette grande mine de sel) et au Japon. Les deux pays communiquent via une sorte de caverne magique, mais ça n’est pas l’élément le plus branque de ce pandémonium à la gloire de son imprévisible réalisateur. Sono Sion impose sa marque dès les premiers instants, lors d’un carnage rigolard ultra-violent dans un restaurant, où est introduite une ennuyeuse héroïne « élue », enjeu d’un combat sans merci qui va s’étaler sur deux longues heures. Farci de rebondissements puérils (une « fuck party » bien pudibonde), de débordements gore (l’hôtel vampirique, avec son escalier à la Scarface, cache des murs en forme de purgatoire éternel !), de combats interminables et de méchants braillards, façon Tokyo Tribe ou Why don’t you play in hell en moins maîtrisé, Tokyo Vampire Hotel peut impressionner à certains moments. La direction artistique est pleine de surprises, la BO est comme toujours très originale… Mais il confirme une récente et dangereuse tendance à la surchauffe de la part de Sono Sion.


Note Born To Watch
Troissurcinq
Tokyo Vampire Hotel
De Sono Sion
2017 / Japon – Roumanie / 146 minutes
Avec Ami Fukuda, Akihiro Kitamura, Megumi Kagurazaka
Sortie prochainement


Mayhem : burn out général

Joe Lynch, réalisateur de Détour mortel 2, du malheureusement raté Knights of Badassdom et de l’excellent Everly, poursuit sa carrière dans la réalisation de films rapides et gore à souhait avec ce Mayhem ayant fait l’ouverture du festival. Derek (Steven Yeun, The Walking Dead) joue ici un avocat qui travaille pour une firme aux ressources humaines impitoyables : il est piégé un matin par un collègue, qui le fait licencier à tort. La journée étant définitivement noire, un mystérieux virus se propage dans sa boîte, qui est bientôt mise en quarantaine par les autorités. Cette maladie transforme ses collègues en zombies totalement désinhibés, et Derek se retrouve piégé avec quelques survivants dans des bureaux devenus totalement invivables !

Joe Lynch nous avait habitué à des productions plus créatives et contrairement à ce qu’on pourrait croire au vu de ce pitch fou-fou (pas éloigné dans l’esprit du The Belko Experiment scénarisé par James Gunn), moins plan-plan. Pur défouloir sur le monde de la finance, pensé et joué comme un jeu vidéo évoluant progressivement dans la folie, Mayhem sert une parabole anticapitaliste convenue du cynisme d’entreprise, arrosée de scènes d’action malheureusement sans saveur. Agréable à consommer sur l’instant si l’on aime le genre, ce produit de série ne laissera aucune trace.


Note Born To Watch
Deuxsurcinq
Mayhem
De Joe Lynch
2017 / USA / 86 minutes
Avec Steven Yeun, Samara Weaving, Kerry Fo
Sortie prochainement

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