Close : protection rapprochée au féminin

par | 22 janvier 2019

Film d’action au scénario plus que scolaire, Close se distingue par la prestation rentre-dedans de Noomi Rapace, parfaite en bodyguard badass d’une blonde héritière.

Quand Regina King, récompensée d’un Golden Globe pour son rôle dans Si Beale Street pouvait parler, annonce qu’elle ferait en sorte d’obtenir la parité de l’emploi dans tous les futurs projets qu’elle produira, le tout-Hollywood applaudit à tout rompre. Signe que cet élan féministe est déjà une réalité outre-Atlantique, certains producteurs, comme la compagnie WestEnd, promeuvent déjà un changement de mode avec des projets comme Close. Un film d’action réalisé et co-écrit par la Britannique Vicky Jewson, qui tire une grande partie de son intérêt de son casting : un trio de femmes fortes chargé d’endosser des rôles sacrément familiers et peu originaux, mais réservés d’ordinaire aux hommes. Et pour mener la barre d’un film aussi, hem, viril, il n’existait pas d’actrice plus idéale dans notre imaginaire que la filiforme Noomi Rapace, tout juste sortie du succès de Seven Sisters.

Une première séquence chaotique nous fait découvrir dans Close le personnage incarné par Rapace, Sam Carlson, une garde du corps d’élite dont le professionnalisme lui permet de tirer ses clients des plus périlleuses situations, comme, admettons, une attaque au lance-roquettes. Passé un générique bizarrement bondien, Carlson fait la connaissance de sa nouvelle cliente, Zoe (Sophie Nélisse, La voleuse de livres), jeune et riche héritière perpétuellement boudeuse, qui a la fâcheuse habitude de coucher avec sa garde rapprochée. À peine Sam a-t-elle posé ses valises que les ennuis commencent. Zoe a hérité des actions de son milliardaire de père, président d’une grosse société minière. Une décision testamentaire que sa belle-mère Rima Hassine (Indira Varma, Game of Thrones), devenue PDG à son tour, digère mal. Arrivées au Maroc près du siège de l’entreprise, Sam et Zoe doivent faire face à une tentative de kidnapping musclée, qui les oblige à prendre la fuite…

Quand Noomi fait le show

En matière de scénario prévisible et de rebondissements paresseux, Close fait, il faut le dire, presque figure de nouveau mètre-étalon. Bien qu’inspiré par la vie de Jacquie Davis, qui a fait figure de pionnière dans le monde ultra-masculin de la protection rapprochée (elle a protégé JK Rowling et la famille royale, entre autres), le film de Vicky Jewson semble surtout puiser son inspiration dans un cinéma suranné. Un monde de série B où des Occidentaux précipités dans un pays maghrébin dont ils ne maîtrisent pas les codes ou la langue doivent se méfier de tout ceux qui exhibent une arme, une moustache ou une mine patibulaire, voire les trois à la fois. Close tente de conserver une forme d’ambiguïté autour du personnage de Rima, marâtre typique qui profiterait de ses charmes pour dépouiller son défunt mari. Mais le film gère ces complications complotistes avec trop peu de rigueur pour qu’on s’y intéresse vraiment.

"Close se révèle intéressant seulement quand Noomi Rapace figure à l’écran."

Car finalement, Close se révèle intéressant seulement quand Noomi Rapace figure à l’écran. Aussi intense dans son jeu qu’athlétique, toujours séduisante mais jamais séductrice, la Suédoise révélée par Millenium a investi à elle toute seule le genre de l’action au féminin. Crédible aussi bien en agent torturé par son passé qu’en tueuse efficace même les poings liés ou jetée dans l’eau, Rapace est libre, comme dans Seven Sisters ou le récent Conspiracy, de devenir le centre de l’attention, de la même manière que des Van Damme, des Dolph Lundgren ou même des Matt Damon le faisaient dans des rôles similaires. Ce renversement des genres confère à Close une dimension discrètement revendicatrice. Dommage que le film, lui, reste trop timide et dérivatif pour marquer les esprits.