Dans le noir : ténébreuses frayeurs

Il y a parfois des histoires de réussite au cinéma qui doivent en faire rêver plus d’un. L’exemple d’Oren Peli, devenu un phénomène après le carton de Paranormal Activity, tourné dans sa maison pour presque rien, est un cas d’école. Le cas du suédois David F. Sandberg pourrait bien aussi devenir célèbre. Grâce à l’un de ses courts-métrages tournés en 2013 avec sa femme Lotta Lotsen, Lights Out, dont l’efficacité glaçante était décuplée par son format resserré, le réalisateur s’est contre toute attente fait une place… à Hollywood. New Line est en effet tombé amoureux du concept de ce petit film, à savoir un monstre qui apparaît uniquement dans le noir – oubliant au passage que l’idée était déjà au centre d’un film de 2003, Nuits de terreur (Darkness Falls). Le spécialiste des scripts de remakes malheureux Eric Heisserer (The Thing, Freddy – Les griffes de la nuit et aussi Hours) s’est chargé de donner corps à la version cinéma, avec Sandberg aux manettes et l’inévitable James Wan à la production. Que vaut finalement ce Dans le noir affichant des promesses de frissons carabinés ?

Éteins la lumière, regarde mon côté sombre…

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Comme pour justifier son statut de produit d’exploitation, Dans le noir met moins de deux minutes à nous mettre dans le bain pour une première séquence d’épouvante, dans un entrepôt où sévit la créature aperçue dans le court-métrage. Détail amusant, Lotta Lotsen reprend à cette occasion son rôle, dans ce qui s’apparente alors à un mini-remake pour ceux qui n’auraient pas encore vu le court. Bien entendu, il est désormais impossible de se contenter d’une idée forte et d’un jump scare pour tenir la longueur. Dans le noir nous fait donc rencontrer la famille recomposée de Rebecca (Teresa Palmer, mélange d’Amber Heard et Kristen Stewart, vue dans Warm Bodies), qui doit protéger son petit demi-frère Martin (Gabriel Bateman) des accès de folie de leur mère Sophie (Maria Bello, en roue libre), avec l’aide de son petit copain Bret (un transparent Alexander DiPersia). Rebecca comprend vite – et par vite, on entend au bout de vingt minutes – que la fameuse créature est liée au passé de sa mère, et qu’elle compte faire de leur envie un enfer. Enfin, sauf s’ils parviennent à rester dans la lumière…

Pas besoin d’en révéler plus sur le scénario de Dans le noir, au mieux strictement fonctionnel, au pire perclus de facilités (la façon dont Rebecca trouve les documents expliquant l’existence de la créature sent le gros coup de paresse). L’indigence des dialogues dans les scènes n’impliquant pas la créature suffit pour comprendre que l’objectif est de remplir les blancs entre chaque scène de frissons, et de fournir un squelette narratif pour justifier leur présence. Seule originalité à l’horizon, le lien très touchant entre Rebecca et un Martin étonnamment précoce et proactif, qui se crée à partir des traumatismes qu’ils partagent. Bien entendu, créer un univers à partir de deux minutes de film n’était dès le départ pas une chose aisée. Expliquer l’inexpliqué, rationaliser une pure idée graphique (le fameux « jour / nuit » de l’interrupteur) pour la décliner sur presque une heure et demi, représentait un défi. Mais il y avait sans doute mieux à faire que de piller Mama ou Insidious pour y parvenir !

L’usine à frissons

LIGHTS OUT

Qu’importe, diront les spectateurs les plus « bonne pâte » qui oseront s’aventurer dans les salles (l’expérience récente de Conjuring 2 n’aide pas à être optimiste). Nous venons voir un film intitulé Dans le noir pour se faire peur, en toute logique, et ici il est clair que l’influence du cinéma de Wan se fait sentir. Une partie de l’équipe technique du film a travaillé sur les Conjuring et ça se sent : malgré la sympathie que l’on peut avoir pour Sandberg, Dans le noir est un produit avant tout propulsé par un travail de montage, de production design et – surtout – de mixage son bien rôdé. Quoique variées et parfois très malignes, les apparitions du monstre joue toutes sur les mêmes ficelles de l’étirement de l’attente, du vacarme du jump scare et de la force de l’imagerie démoniaque. Au moins, les héros font l’effort de varier leurs sources de lumière (lampes rechargeables, bougies, smartphones… et mêmes clés de voiture !) pour éclipser ce côté répétitif.

« Créer un univers à partir de deux minutes de film n’était dès le départ pas une chose aisée. »

Comme avec Annabelle, le sentiment demeure parfois d’avoir affaire à une série B de seconde zone, routinière jusqu’à l’écoeurement. Dans le noir conserve sur le fil un capital sympathie proportionnel à ses modestes ambitions, en emballant d’une part son affaire en moins de 80 minutes (générique compris), et en gardant un rythme alerte qui fait passer la pilule de sa timidité en matière d’horreur graphique – niveau bodycount on est loin des slashers surnaturels des années 90. Le plus triste dans tout cela reste l’annonce d’une suite, inutile au vu du dénouement, et le fait que Sandberg devra la réaliser… après avoir terminé Annabelle 2. Courage, David !


Note Born To Watch
Troissurcinq

Dans le noir (Lights Out)
De David F. Sandberg
2016 / USA / 80 minutes
Avec Teresa Palmer, Maria Bello, Gabriel Bateman
Sortie le 24 août 2016

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