D’Insidious à The Visit : le meilleur et le pire du studio Blumhouse

Si vous avez eu l’occasion, en 2015, de découvrir un film d’épouvante, d’horreur, d’angoisse en salles, il y a de fortes chances que celui-ci soit une production Blumhouse. Vous pouvez soupirer ou vous taper la tête contre un mur devant l’évidence, mais les faits sont là : la mini-major pilotée depuis ses débuts par l’ancien exécutif Jason Blum est devenue, en partie grâce à son partenariat avec Universal (qui assure la distribution salles de ses films et paie pour leur promotion), le quasi-unique pourvoyeur actuel de films fantastiques sur grand écran.

D’Insidious à The Visit : le meilleur et le pire du studio Blumhouse

Sur chaque affiche de cinéma vantant les mérites du petit dernier de Blumhouse, la même accroche, depuis 8 ans : « Par les producteurs de Paranormal Activity et Insidious ». Un slogan synonyme de réussite pour Jason Blum, qui doit sa réussite à son modèle économique : ses films coûtent entre 2 et 5 millions de dollars, les acteurs sont payés via un retour sur recettes, et surtout le matraquage promotionnel est conçu pour rentabiliser le film dès le premier week-end. As du marketing avant d’être un amoureux du 7e art, Blum a récolté les fruits de l’intense campagne promotionnelle de Paranormal Activity, succès imprévisible et colossal pour un film n’ayant pratiquement rien coûté, même en terme de post-production. La belle arnaque d’Oren Peli a lancé Blumhouse en orbite, et le studio continue de produire, plus vite que son ombre. Rien qu’en 2016, 16 films portant le logo de maison hantée sont sorties au cinéma ou en direct-to-video en France. Blumhouse se la joue Cannon, en réussissant parfois quelques « coups » en dehors de son domaine de prédilection, comme Whiplash l’an passé, et en multipliant les partenariats médiatiques avec des auteurs pas exactement débutants, comme Barry Levinson, Rob Zombie, Eli Roth, M. Night Shyamalan, et prochainement Ti West (The Innkeepers) ou Greg McLean (Wolf Creek 2).

« Blumhouse se la joue Cannon, en réussissant parfois quelques « coups » en dehors de son domaine de prédilection, comme Whiplash. »

L’hégémonie de Blumhouse fait malgré tout grincer des dents dans un contexte de disparition pure et simple des films d’horreur du paysage des salles obscures. En tirant par principe les budgets vers le bas, en se reposant dès qu’il peut sur des formules gagnantes ou des franchises établies pour prospérer (le sixième Paranormal Activity sort aux USA en octobre, et promet d’être un plus gros succès… que Crimson Peak), Jason Blum est plus ou moins accusé d’abrutir un public déjà peu exigeant lorsqu’il vient chercher sa dose de frissons au cinéma. Alors, pas de salut à chercher pour Blumhouse ? Le bilan est en fait plus contrasté que cela. Malgré les séquelles à rallonge et les micro-budgets farcis de jump scares moisis, de belles surprises sont parfois cachées dans la maison Blumhouse. Faisons le bilan !


Les Tops

Oculus / The Mirror

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Avec ses prémisses rappelant les pires rejetons de la J-Horror (après la perruque maudite, ou le téléphone qui tue, voici le miroir maléfique, qu’un frère et sa sœur tentent de détruire), Oculus, retitré The Mirror lors de sa sortie française en vidéo, n’a a priori pas les épaules pour se distinguer de la masse. Mais tout comme le miroir en question, le film de Mike Flanagan (Absentia, et bientôt Before I Wake) cache bien son jeu, et s’avère bien plus riche qu’il n’y paraît. Jouant habilement sur l’alternance entre deux périodes temporelles – l’enfance traumatique et le présent de ses deux héros -, l’opposition entre deux personnages aux croyances opposées, Oculus parvient à mi-parcours à brouiller complètement les repères pour orchestrer un passionnant et vertigineux jeu de trompe l’œil horrifique. Souvenirs, hallucinations, ou effrayante réalité : les registres s’entrechoquent dans l’espace clos d’une maison devenant peu à peu un piège sensoriel, que des maîtres du genre comme Kiyoshi Kurosawa auraient apprécié. Triste qu’un film aussi accompli, percutant et soigné ait été cantonné à la vidéo, quand d’autres productions BH comme The Lazarus Effect (voir plus bas) parvenaient inexplicablement en salles…


Insidious

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Parce que son nom est apparu partout, parce que le film aussi a inspiré une franchise plutôt bancale (Insidious 2 en particulier est parfaitement redondant), Insidious a perdu un peu de son pouvoir d’attraction. Pourtant, même si l’on peut concéder qu’une seconde vision provoque moins de sensations et d’étonnement, le film qui a définitivement fait connaître le nom de James Wan au monde entier (avant qu’il ne se transforme en yes man de luxe pour les besoins de Furious 7) demeure une relecture ultra-efficace des classiques du film de maison hantée. Fan déclaré de Poltergeist, Wan actualise ses codes à l’aide de quelques twists bien sentis (ici, la famille a enfin l’idée de quitter la maison qu’elle croit hantée), démontre un savoir-faire assez solide pour livrer un film visuellement très ambitieux avec un budget limité. Insidious est de fait devenu l’étendard des productions Blumhouse, démontrant qu’avec peu de moyens et un peu plus de talent (voire de roublardise, diront les plus sceptiques), il est possible de faire des miracles. De fait, il n’y a qu’à comparer ce tour de montagnes russes inventif avec le remake officiel et lyophilisé de Poltergeist pour comprendre où se situent les qualités du film de Wan.


The Town that dreaded sundown

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Toujours inédit en France, sans doute parce qu’il présente chez nous encore moins d’intérêt commercial qu’outre-Atlantique, The Town that dreaded sundown est une tentative de slasher méta bien moins facile à appréhender que la saga Scream et tous ses imitateurs. Le film d’Alfonso Gomez-Rejon (American Horror Story) se présente en effet comme un remake du film d’horreur du même nom, sorti en 1976 (lui aussi inédit en France), et inspiré d’une réelle affaire de meurtres en série ayant été commis dans les années 40 à Texakarna, Texas. Le « twist » commun à la réalité et la fiction est que le tueur n’a jamais été attrapé. D’où l’idée très efficace de ce remake, de prendre en compte l’existence du premier film ET des faits réels dans son scénario, qui voit un imitateur reproduire les meurtres de l’original, dans une ville légitimement traumatisée par son passé. Une jeune femme, Jami, échappe au massacre et tente de découvrir l’identité du tueur, notamment en interrogeant… le fils du véritable réalisateur de 1976. Vous avez du mal à suivre ? À l’écran, c’est limpide, et ce numéro de jonglage entre différents niveaux de citations, associé au fait qu’il s’agit, niveau photo, de l’un des plus beaux films d’angoisse de récente mémoire avec It Follows, fait de The Town… une petite réussite à déterrer d’urgence.


Sinister

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Sorti dans la foulée d’Insidious et ayant lui aussi rencontré un succès assez convaincant pour justifier une nouvelle franchise, Sinister offre à Ethan Hawke, déjà à l’affiche du bien réac American Nightmare, un rôle complexe et riche d’écrivain sur le retour, ayant la mauvaise idée d’emménager dans une maison au passé trouble. La belle idée du film, réalisé par un Scott Derrickson ayant la particularité d’être à la fois fan de fantastique (c’est le prochain réalisateur de Doctor Strange) et chrétien dévot, est de ne pas présenter ce héros comme un personnage irréprochable. À force de titiller un passé morbide pour écrire son roman, le romancier de Sinister provoque le retour d’une malédiction dont les traces sont conservées… sur des films super 8, d’une glauquerie sans nom. Au-delà de la mythologie de bazar, surexploitée dans la séquelle, Sinister se distingue par sa patiente progression narrative, ponctuée par des scènes-choc, son inhabituel décor horizontal, froid, à l’opposée des films de maison hantée traditionnels, et un refus manifeste du happy end. Oubliez les polémiques liées aux incidents ayant émaillé les projections du film : il y a une vraie bonne bande d’épouvante là-dessous.


The Visit

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Il est peut-être moins pertinent de s’appesantir sur The Visit, actuellement en salles, et qui à la surprise générale, semble réellement être synonyme de renaissance artistique pour son réalisateur et scénariste M. Night Shyamalan (également associé cette année à la chouette série SF Wayward Pines). Rappelons seulement que, dans un réflexe salutaire, l’auteur de Sixième Sens a abandonné (ou presque) le temps d’un film son style de mise en scène aux cadres rigides et maniaquement composés, pour épouser à sa manière le genre casse-gueule (et casse-c*****) du found footage – une idée qui rappelons-le ne lui a pas été soufflée par Jason Blum, le film ayant été proposé à la société une fois tourné seulement. Habité par ses obsessions habituelles (l’enfance en péril, le côté sombre du conte, la notion de karma et d’équilibre entre la lumière et les ténèbres), traversé par un humour noir drôlatique, The Visit est contre toute attente une cure de jouvence, modeste, mais efficace, qui redonne à croire en l’avenir d’un cinéaste autrefois conspué.


Les Flops

Les Paranormal Activity

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C’est l’acte de naissance du mastodonte Blumhouse. En transformant un film quasi-amateur, tourné et monté par l’inconnu Oren Peli dans sa propre maison avec un couple de « comédiens » majoritairement filmés en train de dormir, en carton planétaire, Jason Blum et la Paramount ont tiré le gros lot. Deuxième plus gros bénéfice de l’Histoire pour un film indépendant après Le projet Blair Witch, Paranormal Activity n’est, rappelons-le une bonne fois pour toutes, qu’une vaste arnaque aux effets éculés, et conçus pour impressionner seulement les plus paresseux des spectateurs non familiers avec le genre. Le film, et ses innombrables suites (la prochaine sera en 3D… un found footage en 3D, donc, bonne chance avec ça !), usent et abusent d’astuces de montages faciles, pauvres en logique, qui ont pour but de vous faire sursauter, certes, mais pas de vous impliquer dans une histoire. Paranormal Activity, c’est en quelque sorte le triomphe de l’épouvante à bas prix en mode YouTube, le genre de cinéma sans point de vue qui se résume à des larsens constants et des figurants se jetant sur la caméra pour vous réveiller. Son succès répété, en salles qui plus est, a d’autant plus de raisons d’énerver qu’il a engendré une foule d’imitateurs, tout aussi peu rigoureux en matière de réalisation, de scénario ou d’interprétation, que leur modèle.


The Lazarus Effect

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Titre inaugural, au cinéma du moins, de la prolifique année 2015 de Blumhouse, The Lazarus Effect, malgré sa facture technique correcte (le générique de début, en particulier, est plutôt très beau), a quelque chose d’une aberration commerciale. Tout comme Ouija (que nous n’avons pas eu la malchance de voir), le faible niveau d’originalité, de nouveauté ou d’intérêt du film de David Gelb n’a que peu à voir avec le soutien promotionnel qui lui a été accordé. Pillage consciencieux de L’Expérience interdite, mais aussi d’Event Horizon, sans les visions infernales ou psychotroniques de l’au-delà, Lazarus Effect déroule un scénario paresseux dont les rebondissements sont visibles à des kilomètres. Le film se donne un air angoissant avant de tout simplement se transformer en slasher à peu de frais, ayant pour seul intérêt le visage anguleux et globuleux d’Olivia Wilde, à qui il est uniquement demandé d’être inexpressive et raide comme la mort.


Mockingbird

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En parlant de found footage… Blumhouse est loin d’être à l’abri de la tentation de l’argent facile. Quoi de mieux pour inonder le marché de la vidéo que de réutiliser des recettes qui ont fait leurs preuves, en l’occurrence dans Saw et Paranormal Activity ? L’exemple type, c’est Mockingbird, réalisé par Bryan Bertino (The Strangers), qui retourne au sous-genre du home invasion avec cette histoire de VHS (sic) déposée chez un couple durant les années 90. Sur la bande, un clown sinistre qui « veut jouer à un jeu » (tiens donc) et va donc terroriser tout le quartier au cours d’un film complètement surréaliste et creux, tourné à la première personne en permanence vu que chaque personnage, dans sa maison, est équipé d’une caméra. Et devinez quoi ? Il est impossible de les éteindre, ce que tout spectateur rêverait pourtant de faire devant cette atrocité filmique se terminant qui plus est de manière totalement arbitraire. Pas étonnant que le film ait atterri en DTV deux ans après son tournage…


American Nightmare

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Dans la veine très fréquentée des home invasion, ces films où une poignée de personnages, généralement une famille, se retrouve cloîtrée dans sa maison soudain devenue la proie d’agresseurs extérieurs, American Nightmare, alias The Purge, s’est démarqué au moins commercialement dès sa sortie. James DeMonaco, le réalisateur et scénariste de la chose, a au moins eu une idée, irréaliste, mais brillante thématiquement : imaginer un futur ultra-sécuritaire où le meurtre, pendant une nuit, deviendrait légal. Une « purge », donc, qui diviserait les villes en deux, avec, dehors, des citoyens ivres de violence et libres de faire parler l’Immortan Joe qui sommeille en eux. Et de l’autre, des familles apeurées, cloîtrées si elles en ont les moyens derrière des rideaux de sécurité hi-tech. C’est un pitch simple, de celui avec lequel on fait des grandes séries B… mais pas comme The Purge. Centré sur la famille tête-à-claques d’Ethan Hawke et Lena Headey, le film est plus ridicule qu’effrayant, avec sa morale conservatrice et son suspense basé sur les décisions les plus stupides imaginables que puissent prendre des individus paniqués. Le film est frustrant parce qu’il utilise son idée comme un simple prétexte au lieu de l’exploiter pleinement… Un défaut de taille, qui sera en partie entendu à l’occasion de l’inévitable séquelle, American Nightmare 2, introduisant le personnage badass de Frank Grillo – qui deviendra d’ailleurs le héros du troisième opus en 2016.


Lords of Salem

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Un peu de polémique pour finir, si vous le voulez bien : oui, Lords of Salem se distingue de la masse des productions Blumhouse par le soin extrême apporté à sa direction artistique. Rob Zombie n’est pas un manchot, et l’expérience que lui ont apporté ses quatre précédents films permettent à ce film résolument rétro de paraître beaucoup plus riche et ambitieux qu’il ne devrait, vu son budget très limité. Lords of Salem possède une atmosphère malsaine, sanglante, à couper au couteau, et travaille ses influences seventies de la même manière que Ti West pouvait le faire dans House of the devil. Mais le résultat est honnêtement très bancal, et tient parfois plus du clip de black métal que d’un cinéma construit et cohérent. Sheri Moon Zombie est loin d’être une grande comédienne, ce qui pose problème durant les nombreuses et interminables séquences de dialogue dans sa station radio. Le cinéaste ne peut pas non plus s’empêcher d’alourdir son récit avec une sous-intrigue revenant sur l’origine des sabbats démoniaques de Salem, alors qu’il pourrait justement se passer d’explications logiques. Lords of Salem aurait dû être une expérience à nulle autre pareille, c’est au final un brouillon désordonné et un peu trop imbu de sa personne.


Note pour la suite : dans les mois et l’année à venir, via notamment sa nouvelle branche digitale dédiée à la VOD, vous recroiserez le nom de Blumhouse au nom d’un sacré paquet de films : Un voisin trop parfait, Visions, The Gift, Creep, le remake de Martyrs, le toujours repoussé Aera 51 du tâcheron Oren Peli (pas un hasard a priori si ce film-là dort sur une étagère), Viral, 6 Miranda Drive, ainsi que les inévitables Ouija 2 et American Nightmare 3. Si vous goûtez peu le style de la maison, dites-vous que le studio est malgré tout là pour durer. À ce rythme, il y aura matière à faire un autre bilan d’ici quelques années seulement…

Et vous quels sont les films made in Blumhouse que vous adorez ou détestez le plus ? Faites-le nous savoir dans la rubrique commentaires.


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2Articles commentés

Rejoindre la discussion.
  1. JT° Le 20 octobre 2015
    Vas-y, mettre Lords of Salem dans les flops, t'abuses un peu, quand même !
  2. Nico Author Le 23 octobre 2015
    Le flop est un poil faussé du fait que nous n'avons pas eu le plaisir, ou le courage, de découvrir des titres aussi mal reçus que Ouija, Gallows ou Unfriended (sur ce dernier, les avis sont en fait plus partagés). Mais malgré ça, Lords of Salem demeure une déception. Ça n'est pas le pire film du monde, tout de même, mais c'est assez loin d'être un bon film, y compris par rapport au reste de la filmographie inégale de Zombie.

Vous avez la parole.