Dix films de fantômes à découvrir

par | 22 août 2013

Vous avez frissonné devant Conjuring ? Vous en voulez encore ? Voici dix « ghost stories », inédites en salles, à découvrir lumières éteintes et les nerfs bien préparés…

La sortie de Conjuring – les dossier Warren vient rappeler à quel point la figure du fantôme au cinéma, omniprésente au même titre que le vampire ou les morts-vivants, conserve un pouvoir d’attraction universel, parce que découlant du mystère insondable qu’est la vie après la mort. Dans le film de James Wan comme dans la plupart des classiques qui l’ont précédé comme La maison du diableLa sentinelle des mauditsRing ou Sixième Sens, les fantômes (ou esprits frappeurs, comme vous le sentez) sont associés au passé et aux traumas non résolus. Malgré toutes leurs qualités, la plupart des films du genre, comme ceux dont nous allons parler, en reviennent toujours aux mêmes bases : le dit fantôme est en quête de justice, de vengeance ou simplement perdu dans une sorte de dimension parallèle, coincé entre le monde des vivants et celui de l’au-delà. Ou alors, c’est le mal incarné, et dans ces cas-là, c’est bien connu, on appelle un exorciste. Toutes ces variations, souvent liées à la religion, sont plus marquées selon les cultures, l’Asie en général et le Japon en particulier ayant un rapport au monde des esprits très différent de l’Occident.

Le public semble en tout cas plébisciter le retour au premier plan de ces ghost stories à l’ancienne, chargées en émotions et en frissons savamment calculés. Une grosse arnaque comme Paranormal Activity a permis à toute une franchise paresseusement conçue (le prochain épisode a été repoussé… faute de scénario valable !) de pulluler, tandis que des bandes plus soignées et efficientes comme La dame en noirMama ou Sinister, ont tour à tour remporté de jolis succès. Et encore, c’était avant les 200 millions de recettes de Conjuring, qui risquent d’être à l’origine d’un véritable déferlement d’ectoplasmes dans les années à venir – voire même dans les semaines toutes proches, comme le prouve la sortie prochaine de Haunter et d’Insidious chapitre 2.

Le film de James Wan n’est toutefois pas la seule série B chargée de vous flanquer une trouille bleue à découvrir en ce moment. Born to Watch a sélectionné pour vous dix longs-métrages, tous inédits en salles et pour la plupart disponibles en France, aptes à vous donner la pétoche ou tout du moins à remplir une soirée spéciale « esprit es-tu là ? », avec ouijas et draps blancs de rigueur. Suivez le guide, baissez la lumière, et surtout, ne regardez pas derrière vous…

The Innkeepers

Quatrième long-métrage réalisé par Ti West, l’un des jeunes espoirs du cinéma de genre américain à qui l’on doit notamment le très nostalgique House of the DevilThe Innkeepers diffère quelque peu des films de maison hantée habituels. D’une part parce qu’il se déroule dans un hôtel (okay, la nuance est fine) sur le point de fermer ses portes, le Yankee Pedlar Inn, d’autre part parce que son couple de héros, deux gardiens interprétés avec beaucoup de charme par Sara Paxton et Pat Healy, connaît parfaitement la réputation de nid à fantômes de l’endroit, et tue justement le temps en tentant de prouver leur présence.

The Innkeepers louvoie ainsi entre film d’atmosphère prenant le temps de poser ses très attachants personnages (dont une actrice sur le retour jouée par Kelly « Top Gun » McGillis), et machine à frissons, s’emballant dans un dernier chapitre d’autant plus efficace que West a pris grand soin de nous y préparer par petites touches, instaurant un faux rythme qui pourra en désarçonner certains. Une véritable réussite, dont vous pouvez retrouver notre critique complète ici.

The Pact

Derrière chaque fantôme se cache un mystère à résoudre. Cet adage n’a jamais été mieux illustré ces dernières années qu’avec The Pact. Version longue d’un court-métrage réalisée par le même Nicolas McCarthy, The Pact s’apparente à un film indépendant à petit budget : l’image est soignée, les dialogues ne versent pas inutilement pas l’explicatif, et surtout, le film ne cède à aucun moment (à part le plan final peut-être) aux facilités du genre qui plombent une bonne partie de la production américaine. S’il s’autorise quelques séquences de transition en extérieur, McCarthy confine une bonne part du métrage dans une inquiétante et pourtant banale maison de banlieue à San Pedro, où revient à contre-cœur Annie (la mimi Carey Lotz) pour rejoindre sa sœur Nicole, alors que leur mère indigne vient de décéder. Seul problème, Nicole a disparu, et une présence hante les lieux. Est-ce leur mère ? Ou cette femme, présente sur des photos abîmées (et Google Maps !), qui semble vouloir révéler un secret caché dans les murs même de la maison…

Reprenant certains motifs visuels, comme une porte s’ouvrant sur des ténèbres insondables, chez Kioshi Kurosawa, multipliant les séquences de rêves dérangeantes et des travellings portés dynamiques évoquant ShiningThe Pact réussit à la fois à effrayer (le dénouement est un gros moment de tension qui se passe de dialogues) et à intriguer grâce à son fameux mystère, qui ne se dévoile qu’à la dernière bobine. L’excellence du scénario et de la mise en scène, qui transcende souvent les limites de son maigre budget, fait qu’on excuse sans peine l’abondance de personnages sous-développés, comme cette intrigante médium squelettique et son protecteur, ou inutiles, comme ce flic fatigué incarné par Casper Van Dien. Un nouvel incontournable du genre, qui aura malheureusement droit en 2014 à une séquelle s’apparentant à un remake inavoué, dans la lignée de joyaux du DTV de bas étage comme L’effet papillon 2.

La Maison des ombres

Privé de sortie en salles malgré plusieurs prix récoltés à Gérardmer, La maison des ombres pâtit peut-être de sa ressemblance frappante avec Les Autres d’Alejandro Aménabar. Ambiance « victorienne », omniprésence de figures enfantines, suspense diffus amenant progressivement à une ultime révélation… les points communs sont nombreux, et encore, on ne note pas le fait que le personnage principal soit une femme un peu coincée (Rebecca Hall, propulsée depuis dans des blockbusters type Iron Man 3 et le futur Transcendence avec Johnny Depp), ici spécialisée dans la démystification du surnaturel. Une chasseuse d’arnaque, donc, qui se bute malgré tout au lendemain de la Grande Guerre à un cas inexplicable dans un pensionnat lugubre.

Bien que très référencé, La maison des ombres marque pourtant des points grâce à la réalisation classieuse et attentive de Nick Murphy (qui a enchaîné depuis avec le polar Blood), à ses personnages portant chacun en eux sa part de blessure – la plus littérale étant celle du vétéran abîmé interprété par Dominic West -, mais aussi grâce à son twist final, qui ne sacrifie pas la logique au profit de l’émotion. Une petite perle ténébreuse, pour les amoureux des couloirs explorés à la lueur des chandelles.

Ghosts of Georgia

Comme de nombreuses histoires surnaturelles, celle de Ghosts of Georgia s’inspire de « faits réels » qui se seraient déroulés en 1993, relatés dans un docu-fiction dix ans plus tard. Dans cette version cinématographique (présentée comme une séquelle de The haunting in Connecticut, ou Le dernier rite, ce qui n’a aucun sens vu que les histoires n’ont rien à voir entre elles), la famille Wyrick s’installe dans sa nouvelle maison en Géorgie, au cœur de la forêt. Lisa, sa fille Heidi et tante Joyce, venue s’installer avec eux, partagent un don de « sixième sens » qui va attirer chez eux les fantômes d’esclaves morts un siècle auparavant… ainsi qu’un spectre particulièrement revanchard, lié au lourd passé de l’endroit.

Monteur spécialisé dans le genre (il a également bossé sur The ApparitionLa voix des morts 2 et, tiens tiens, Le dernier rite), Tom Elkins fait ici ses débuts à la réalisation. Et si le résultat est plutôt flatteur visuellement – superbe photo mettant en valeur un évocateur et envoûtant coin de forêt -, la réussite n’est pas toujours au rendez-vous, la faute à une mise en scène cumulant mécaniquement et sans finesse des effets de style fatigués, culminant dans un final frénétique apte à vous briser la rétine. Reste le casting, un peu trop « glamourisant » certes (il suffit de regarder la photo de la vraie famille Wyrick, à la fin du générique) mais solide, et le scénario, qui révèle habilement une page d’Histoire peu connue du Sud esclavagiste.

Lake Mungo

Perdu dans la vague du found footage qui a inondé le marché du direct-to-video après le succès de Paranormal Activity, l’Australien Lake Mungo a, malgré ses années au compteur (le film date déjà de 2008), peu fait parler de lui en dehors de son pays d’origine. Et c’est bien dommage, tant ce « documenteur » se démarque de ses petits copains sans imagination, par son intensité et son côté férocement artisanal. L’histoire est d’une banalité a priori rebutante : elle emprunte une bonne part de ses artifices émotionnels et scénaristiques à Twin Peaks (on y parle tout de même d’une ado noyée à double vie s’appelant Palmer). Dès le départ, un dispositif de montage se met en place, qui consiste à alterner plans fixes de fausses interviews bizarrement dénuées d’émotions, lents zooms sur des clichés granuleux révélant la présence d’esprits, et vidéos de famille tremblotantes en 320×380. Ici et là s’intercalent des vues de paysage d’abord illustratives, puis révélatrices : le cœur du mystère derrière la mort de la fille Palmer se cache dans une impénétrable et écrasante Nature, symbolisée par le lac Mungo.

Le film évoque en filigrane le thème du deuil impossible, suggérant que l’intrusion du surnaturel, de l’inexplicable constitue à la fois l’origine et la catharsis du drame. Bien que le côté très manipulateur de son concept joue en sa défaveur, Lake Mungo fascine jusque dans son très roublard générique de fin, qui nous rappelle à quel point notre perception de la réalité peut être partielle et relative.

Two eyes staring

Petite sensation en Hollande en 2011, logique vu que le pays produit peu de films d’épouvante, Two Eyes Staring (alias Zwart Water en néerlandais, « eau noire » en français) démarre, vous l’aurez deviné, avec une petite famille venant s’installer dans une intimidante demeure inhabitée. En l’occurrence celle de la mère de Christine, conceptrice marketing en froid avec elle depuis de nombreuses années. Elle s’y installe malgré tout (c’est mieux pour les finances) avec son mari Paul et leur fille de 9 ans, Lisa, qui se pose des questions sur sa santé mentale. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « plancher qui craque », Lisa a des visions d’une jeune fille aux longs cheveux, un inquiétant fantôme qui serait la sœur jumelle de sa mère. Est-ce bien vrai ? Et quelles sont les raisons qui ont éloigné Christine de sa mère dès l’adolescence ?

Les questions abondent dans Zwart Water, qui malgré ses apparences très « téléfilmesques », sait ménager ses zones d’ombre tout au long de ce qui s’apparente plus à un thriller domestique qu’à un véritable film fantastique. Ce qui ne veut pas dire que le film n’est jamais effrayant. Plus que le fantôme, c’est Christine, joué par Hadewych Minis, dont la ressemblance avec Noomi Rapace est effarante, qui est au centre des séquences les plus efficaces du film : louvoyant entre colère rentrée, folie et désespoir, l’actrice fait forte impression, contribuant à solidifier l’inattendu twist de fin. Un genre de révélation qu’on a déjà vu ailleurs, mais qui fait son petit effet, pour peu qu’on passe outre les longueurs et le rythme un peu lâche du métrage. À signaler que le DVD comporte un court-métrage du réalisateur, Elbert Van Strien, abordant ce même thème du trouble de l’identité vu par le prisme de l’enfance.

When the lights went out

Si les exemples de ghost stories ne manquent pas dans la littérature britannique (c’est même un euphémisme), peu d’entre elles peuvent se vanter de se dérouler dans le Yorkshire des années 70. La province ouvrière sert de décor à la Ken Loach pour une traditionnelle histoire de maison hantée, agrémentée de cols pelle à tarte et de tapisseries impossibles : un fantôme se manifeste dans la chambre d’une ado pour lui révéler la présence d’un esprit beaucoup plus maléfique, dont « l’identité » est bien sûr un secret caché depuis des décennies. Le scénario tente même un bref détour vers le film de possession (avec un exorciste défroqué, why not), pour ratisser large.

L’originalité de When the lights went out se situe dans son traitement d’une intrigue balisée, à mi-chemin entre le fantastique inquiétant et la comédie décalée. La première réaction des époux Maynard (Steven Waddington, vu dans The Sweeney, et Kate Ashfield, inoubliable Liz dans Shaun of the Dead) face à la présence avérée d’un poltergeist est ainsi d’appeler la presse et de faire visiter leur maison pour une petite livre, histoire de mettre quelques sous de côté ! À part une scène dans les toilettes assez tendue, le film génère moins de frissons que prévu (l’utilisation de CGI perfectibles n’aide pas), mais se rattrape par son mélange des genres inhabituel, et une évocation des seventiesparticulièrement soignée.

Réincarnation

Depuis la sortie de Ring, véritable phénomène ayant entraîné la production de films d’horreurs asiatiques caractérisés par l’abondance de filles perdues aux cheveux gras, on sait que les Japonais abordent leurs histoires de fantômes de manière très différente des Occidentaux. Le monde des esprits est moins une supposition qu’un fait établi, et la réincarnation y occupe une place prépondérante. Le film de Takashi Shimizu, Réincarnation, en est un parfait exemple. Le réalisateur des The Grudge y déploie différents niveaux de réalité, prenant pour prétexte le tournage d’un film récréant un massacre s’étant déroulé 30 ans plus tôt dans un hôtel. Les onze victimes profitent de l’occasion pour se réincarner dans le corps de onze innocents, tourmentant l’actrice principale et une étudiante assaillie de visions du passé. Pour compliquer les choses, le tournage se déroule sur les lieux du drame, filmé en son temps par le tueur lui-même… Vous suivez toujours ?

On sent derrière l’empilage de montage parallèles et la perte programmée de repères la jubilation d’un Shimizu commençant, dès 2005, à travailler le motif narratif de la spirale et de la mise en abyme, système qu’il poussera jusqu’à l’absurde avec Shock Labyrinth etTormented 3D (les trois films contenant littéralement des images de boucles infinies à la Vertigo). Baignant dans une ambiance de froid désespoir – le plan final est à glacer le sang – Réincarnation ne fait pas de cadeaux à ses personnages comme à ses spectateurs, et montre que Shimizu n’est pas l’homme d’une seule franchise. À noter que le film fait partie d’une série de six productions fantomatiques baptisée « J-Horror Theater », dont cinq (RetributionPrémonitionInfectionKaidan et donc Réincarnation) sont sortis chez HK Vidéo.

Instinct de survie

Surtout connu pour être le co-scénariste des REC (et dernièrement d’Insensibles), Luis Berdejo a tenté l’aventure à Hollywood en 2009, le temps de réaliser cet Instinct de survie, solide série B qui lorgne souvent du côté du film de possession, comme le sous-entend son titre original The new daughter, avant de bifurquer radicalement vers un autre sous-genre en fin de parcours. On est d’abord surpris de voir en tête d’affiche Kevin Costner, pas une star qu’on a l’habitude d’associer au genre, dans le rôle de John, un écrivain divorcé un peu indolent qui s’installe (oui, encore) dans une nouvelle maison en Caroline du Sud avec son jeune fils et son ado de fille, qui déteste immédiatement l’endroit. Très vite, le chat disparaît, des bruits étranges viennent de la forêt, et la turbulente Louisa développe une fascination pour un étrange monticule amérindien. John nie l’évidence et pourtant, c’est clair : sa fille n’est plus la même. Et non, elle n’est pas en train de devenir une adulte.

Ce qui suit est, dans les grandes lignes, une récitation appliquée de tous les passages obligés du film de fantômes, avec différents personnages-clés levant chacun un coin du voile sur l’origine du mal, une incrédulité invraisemblable du héros et quelques victimes collatérales pour faire monter la tension. Là où Instinct de survie marque des points, c’est dans son dernier acte, où malgré son habileté légendaire à manier le fusil, Costner se retrouve désemparé devant l’ampleur de la menace. Dire que la conclusion du film, audacieuse et brutale, en surprendra plus d’un est un euphémisme. Elle fait pourtant partie de ces gestes artistiques trop rares mais précieux, qui préfèrent jouer sur la frustration pour susciter les questionnements, que de céder à la facilité. Au moins, vous êtes prévenus.

Ghost Graduation

Terminons cette sélection sur un ton plus léger. Malheureusement encore inédite en France (les Parisiens pourront eux découvrir le film, en salles, à l’occasion de l’Étrange Festival), la comédie fantastique espagnole Ghost Graduation envisage elle les esprits frappeurs sous un angle drolatique qui rappelle à la fois Ghostbusterset Drôles de fantômes. Les classiques des années 80, au premier rang desquels Breakfast Club, constituent d’ailleurs un véritable héritage cultivé avec amour par le réalisateur Javier Ruiz Caldera et ses scénaristes, au sein d’une histoire rassemblant un timide professeur qui voit des morts et une bande de teenagers fantômes coincés sur Terre… par manque de diplôme !

Hilarant comme rarement, rythmé par une BO d’exception et des personnages loufoques juste ce qu’il faut, Ghost Graduation ne réinvente pas l’ectoplasme mais file une sacrée banane, tant et si bien qu’un remake américain est déjà en préparation. Soyez malins, préférez l’original, et retrouvez notre critique complète du film, ainsi que l’interview de son réalisateur.