Ça va couper : dix slashers à découvrir !

Cette semaine sort dans les salles une sorte de survivant d’un genre qu’on pensait disparu. Tout comme avec Get Out ou Split, succès surprise du début d’année, la maison Blumhouse a une nouvelle fois remporté plusieurs fois sa mise au box-office américain avec Happy Birthdead (alias Happy Death Day en VO), film-concept réutilisant le principe de la boucle temporelle pour l’appliquer au slasher à la Scream. Un vrai petit succès inattendu, considérant le manque certain de popularité du genre depuis plusieurs années.

Oh bien sûr, les producteurs continuent d’être attirés par la perspective de ressusciter les franchises increvables et emblématiques que sont Halloween (qui sera produit justement chez Blumhouse), Vendredi 13 ou Massacre à la tronçonneuse (la préquelle Leatherface sortira en vidéo prochainement chez nous). Là, c’est le porte-monnaie et pas l’amour du bis qui parle. Le dernier coup d’éclat de ce genre né dans les années 70 et ayant connu son âge d’or dans les années 80 et autour des années 2000, pourrait être Scream 4, du regretté Wes Craven. Pas un bide, pas un triomphe non plus. C’est en tout cas le dernier exemple « prestigieux » qui respecte à la lettre les principes érigés en bible dès la sortie du Halloween de John Carpenter il y a 40 ans : un (ou des) tueur masqué, des jeunes ados un peu bêtes et obsédés, des meurtres à n’en plus finir et des coups de théâtre dignes d’une Agatha Christie un peu trash.

Durant cette dernière décennie, l’étoile du slasher s’est un peu éteinte, ces univers par essence répétitifs ayant fini par épuiser, peut-être, leur quota de surprises. Le genre s’est réfugié chez nous sur le petit écran, et les sorties sont devenues plus confidentielles. Raison de plus pour donner un coup de projecteur aux dix films inédits présentés ci-dessous : certains sont déjà réputés, d’autres restent obscurs, mais tous sont de bons exemples de la vivacité du slasher, quand il est fréquenté par des réalisateurs imaginatifs. Alors regardez bien derrière vous, ne couchez pas le premier soir… et bonne lecture !


The Town That Dreaded Sundown (2014)

Genre ô combien artificiel dans sa construction, parce qu’il obéit à des règles implicites que tous les personnages suivent sans sourciller, le slasher se prête particulièrement bien à la mise en abyme. Dans The Town that dreaded sundown, le principe est poussé jusqu’au vertige, de manière subtile et jouissive. Le film est à la fois la séquelle et le remake d’une série B du même nom sortie en 1976, inspiré de faits réels s’étant déroulés dans une bourgade sudiste à cheval sur deux États. Dans la nouvelle version, les habitants, traumatisés par cette affaire de meurtres en série à la fois fictive et réelle, projettent le film chaque année, sans se douter que le tueur, 60 ans après, veut toujours semer la terreur…

Tordu ? Plutôt, oui, surtout pour nous, spectateurs français, confrontés à une mythologie qui nous est inconnue (le premier film est inédit en France, mais culte aux USA), et un jeu de chausse-trappes entre réalité et fiction sophistiqué – au point que la famille du réalisateur de 1976 joue aussi un rôle dans le long-métrage d’Alfonso Gomez-Rejon (This is not a love story). Produit chez Blumhouse, The town that dreaded sundown a connu quelques soucis de post-production, mais le film tel qu’il est reste tout de même sacrément soigné : la photo de Michael Goi (American Horror Story) est splendide, le tueur et son sac de toile à la Jason est d’une sauvagerie mémorable, et le côté narrativement ludique de l’ensemble rafraîchissant.

Detention (2011)

Dans le genre « exercice de style référencé », Detention est une bête curieuse qui ne fait jamais de prisonniers. On aime ou on déteste le film du sale garnement Joseph Kahn (Torque, certes, mais il est bien le premier à le regretter), mais impossible de nier l’énergie de ce rollercoaster post-moderne, pastichant plus qu’il ne les digère les codes du slasher dans un fourre-tout tout aussi intéressé par la science-fiction, les hommages à Patrick Swayze et Breakfast Club et l’exploration d’une culture milléniale blasée au point de bâiller devant sa possible annihilation.

Vu de loin avec un seul œil, Detention pourrait passer pour un avatar cocaïné de la saga Scream, mais le film est préoccupé par bien d’autre choses que son modèle. Joseph Kahn n’a pas réalisé ce méta-slasher pour plaire, mais pour expulser toutes les idées, tantôt fulgurantes, tantôt crétines, qui lui trottaient depuis trop longtemps dans la tête. Il est tout à fait possible de se sentir exclu du délire, comme d’y accorder un regard trop compréhensif et critique. Car oui, il y a à la fois un tueur masqué et des boucles temporelles dans Detention, un ours venu de l’espace et des geeks fragiles désespérément angoissés. Indéfinissable et exténuant, voilà en tout cas une œuvre à la limite du genre, qui ne vous laissera jamais indifférent.

Scream Girl (2015)

Et si vous atterrissiez sans le vouloir, par la grâce d’un tour de magie digne de Last Action Hero, dans l’univers d’un slasher typique des années 80 ? Condamné à être plus intelligent et conscient des dangers qui rôdent dans cette colonie de vacances en pleine forêt que vos abrutis de camarades obsédés par le sexe ? N’en rêvez plus, Scream Girl l’a fait. Cette comédie horrifique attachante et maligne projette ainsi la jeune Max (Taissa Farmiga) et ses amis au cœur d’un navet devenu culte où brillait sa blonde maman (Makin Akerman) disparue depuis un accident de voiture. Coincés dans cette boucle temporelle définie par la durée du long-métrage – générique à l’écran compris ! -, nos héros doivent défier les rebondissements inscrits dans le scénario pour espérer survivre. C’est diablement excitant sur le papier, et très réussi à l’écran, Scream Girl s’autorisant qui plus est à être émouvant en rapprochant par le biais du 7e art une mère et sa fille, le temps d’un moment fictionnel figé dans le temps. Une vraie perle rare, repérée au PIFFF et disponible depuis uniquement en VOD.

Stage Fright (2014)

Si vous avez parfois fantasmé, en tombant par inadvertance sur un épisode de Glee, une soirée The Voice ou une comédie musicale de Pascal Obispo, d’être un maniaque omniscient capable de trucider ces foutus chanteurs nasillards, Stage Fright va ressembler à une grande récréation. Œuvre du québécois Jérôme Sable, ce slasher canadien mixe gros bouillons et vocalises niaiseuses, et suit Camilla, fille d’une star de Broadway, qui part dans un camp d’été (forcément) répéter avec un casting d’inadaptés sociaux et d’égocentriques en mal de reconnaissance. Mais sur place, les mélopées joyeuses de la troupe attisent la folie d’un tueur qui leur préfère plutôt les effluves du Hellfest… Malgré une série de morts saignantes plutôt timide – elles sont par contre souvent mémorables -, Stage Fright provoque souvent l’hilarité par son étrange concept, qui bien que difficile à renouveler tout au long de ses 90 minutes, est si osé et inédit qu’il force l’admiration. Bon, le fait d’avoir à bord un Meat Loaf déchaîné, notamment lors d’un générique de fin absolument mémorable, doit aussi aider… !

Dream Home (2010)

Une fois n’est pas coutume, Dream Home nous vient de Hong-Kong, et se pare qui plus est d’une dimension sociale traitée sur le mode du « rentre-moi bien dans le lard ». Spéculant sur la crise alarmante de l’immobilier qui a défini la fin des années 2000, le réalisateur Pang Ho-Cheung (Aberdeen, Men suddenly in black), signe un film d’horreur ultra-sophistiqué et assez inattendu. L’héroïne, Lai-Sheung, est une femme prête à tout pour obtenir l’appartement de ses rêves. Quand cette opportunité s’éloigne, quelque chose se casse en elle : pour faire baisser les prix dans l’immeuble, il va falloir faire le ménage chez les locataires…

Et c’est parti pour deux heures ou presque de meurtres à la chaîne, qui se distinguent par leur mise en scène et leur originalité, marchant sur un fil ténu entre comédie grasse et gore surréaliste. Des flashbacks réguliers et nostalgiques, qui fonctionnent à rebours de la narration, pour mieux éclairer les causes du massacre, expliquent les raisons qui ont amené le personnage joué par Josie Ho à devenir une telle furie. Ici, le tueur en série agit avant tout par pragmatisme financier ! Jouant sur l’inhumanité de l’environnement bétonné de la péninsule et les oppositions de classe, Dream Home épate à tous les niveau, si l’on accepte son mélange aiguisé d’ultra-violence, de mélodrame et d’humour noir.

Behind the Mask (2006)

Resté relativement obscur depuis sa sortie chez nous en DVD, Behind the Mask : the rise of Leslie Vernon c’est un peu le cousin trivial et faussement hollywoodien de C’est arrivé près de chez vous : un faux documentaire dans lequel le personnage principal s’avère être un aspirant tueur en série. Leslie Vernon, donc, et les étudiants qui le suivent pas à pas dans ses exactions, vivent dans une réalité alternative où Jason Voorhees et Michael Myers sont des meurtriers tout aussi réels que Charles Manson. Leslie décide de suivre leur exemple, et on le voit donc choisir son masque, sa maison délabrée idéale, ses armes de prédilection… avec un détachement qui crée un vrai décalage humoristique, même si le rire se teinte ici logiquement de malaise. Malin, le film s’appuie sur la connaissance préexistante des codes et grandes figures du slasher par le spectateur, qui appréciera alors d’autant plus les jeux de miroirs et références disséminées partout dans le film (on y croise notamment Robert Englund et Zelda Rubinstein). Moins convaincant dans sa dernière partie, quand il abandonne son dispositif pour jouer la carte du film d’angoisse premier degré, Behind the Mask reste une vraie curiosité et un exemple de ce que le genre peut produire lorsqu’on commence à le déconstruire avec précision.

Tous les garçons aiment Mandy Lane (2006)

Ah, Mandy Lane… Le premier film de Jonathan Levine (Warm Bodies, l’excellent The Night Before) fait partie de ces curiosités entrées un peu par défaut dans la grande Histoire du 7e art, à cause de circonstances incroyables qui les dépassent. Resté plusieurs années sur des étagères faute de distributeur, malmené par les frères Weinstein, qui ne facilitèrent pas sa distribution internationale (Levine aura eu le temps de tourner deux autres films avant de voir celui-ci sur grand écran), Tous les garçons aiment Mandy Lane signalait pourtant l’acte de naissance d’un réalisateur à suivre. Un coup d’essai remarqué, dont la réputation a eu tendance à grandir de manière un peu disproportionnée puisque le film était pratiquement invisible pendant plusieurs années.

Ce qui reste dix ans après, c’est le charme irradiant, éthéré, sofiacoppolesque, de la débutante Amber Heard, blonde virginale dans tous les sens du terme, et figure hypnotique qui précipite tous les personnages de jeunes/vieux ados qui l’entourent vers une mort certaine. On pense à la poésie rurale macabre d’un Tobe Hooper, aux slashers d’autrefois en somme, avec ce grain omniprésent, cette absence de véritables repères temporels et ses éclats de violence crasseuse. Le film n’est pas parfait, notamment au niveau des dialogues, mais son aura insaisissable continue de fasciner, loin des codes établis et des formules toutes faites.

Cold Prey / Cold Prey II (2006-2008)

Fiers représentants du slasher scandinave, Cold Prey et Cold Prey II (on passera volontairement sous silence le troisième opus, une préquelle qui tient plus du survival forestier, et surtout du navet carabiné) ont marqué à leur sortie au fer rouge le box-office norvégien, avant de se tailler une belle réputation internationale. Le premier opus, réalisé par Roar Uthaug (The Wave) ne brille certes pas par son originalité (cinq jeunes, un peu de fesse, un hôtel abandonné, un tueur pas commode), mais bien par son cadre et son sentiment palpable d’isolation et de danger. Ici, on est en haute montagne, avec le silence à perte d’horizon, une nature hostile qui s’ajoute à la menace d’un colosse resté un peu trop longtemps seul dans la cave d’un chalet en piteux état.

Métronomique, brutal et inspiré, Cold Prey sera suivi deux ans plus tard par un deuxième épisode encore plus réjouissant, qui enchaîne immédiatement sur les événements du premier opus. Jannicke, survivante traumatisée du premier carnage, y est emmenée à l’hôpital, où le scénario va rejouer en grande partie l’intrigue du Halloween 2 de Rick Rosenthal. Iconique dans ce rôle de jeune femme innocente poussée à se transcender pour survivre, façon Ripley du Grand Nord, Ingrid Bolsø Berdal (Westworld) y trouve son meilleur rôle. Rien que pour elle, pour la sèche inventivité avec laquelle les films enchaînent les scènes d’action et mises à mort dans des décors hautement cinégéniques, le double programme Cold Prey est un incontournable moderne.

Until Dawn (2015)

Ok, aventurons-nous pour finir en dehors des sentiers battus, avec non pas un film, ni une série d’ailleurs, même s’il s’en rapproche volontairement dans sa structure, mais un jeu vidéo, Until Dawn, sorti exclusivement sur PS4 après avoir connu un début de développement sur PS3. Hommage réjouissant au slasher, et plus généralement au film d’horreur sous toutes ses formes (coucou les mises à mort pompées sur Saw), Until Dawn enferme le joueur et huit personnages typiques du genre (dont la final girl blonde jouée par Hayden « Heroes » Panetierre, et un frère chelou traumatisé par la disparition de ses sœurs, incarné par Rami « Mr Robot » Malek) dans un hôtel de haute montagne, le temps d’une nuit sanglante en pleine tempête de neige.

Ambiance à la Souviens-toi l’été dernier (avec aussi des clins d’œil sympathiques adressés à Meurtres à la Saint-Valentin et Silent Hill), coucheries interdites, sous-sols lugubres et tueur mystique sont au rendez-vous d’un jeu qui jette des ponts séduisants entre la fiction et l’aventure ludique. Cette fois, c’est nous qui décidons de la marche à suivre lorsqu’un boogeyman brandit un couteau et que vous venez de sortir de la douche. Finies les soirées à râler devant son écran en scandant des « Mais non, pas par là ! » en guise d’aveu d’impuissance !

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