De Backcountry à Frozen : dix survivals à découvrir

Si l’on devait retracer l’historique du survival, sous-genre au croisement du film d’horreur et du film d’aventure, il faudrait remonter jusqu’à la première adaptation des Chasses du comte Zaroff en 1932. Un récit atypique où l’homme redevient un loup pour l’homme, chassé par ses pairs comme une vulgaire bête sauvage. Le survival, souvent, se résume à cela : une histoire de survie à tout prix, face aux éléments, à la Nature, ou aux hommes.

Les survivals sont souvent des récits en temps réel, se déroulant dans des lieux sauvages : c’est encore le cas ce mois-ci en salles avec Instinct de survie, où la belle Blake Lively doit sortir victorieuse d’un duel pernicieux avec un requin affamé. Le film est le très lointain descendant de films comme Délivrance, de John Boorman, qui a posé les bases thématiques du genre et défini ses codes.

« Le survival engendre régulièrement des séries B plus ou moins regardables. »

Depuis, le survival a fait des petits, flirtant souvent avec d’autres genres (le post-apocalyptique, le film de guerre, le slasher, le film historique), ce qui rend d’autant plus difficile sa catégorisation, d’autant qu’est apparu au fil des années un autre sous-genre, le survival horror, qui faisait intervenir le surnaturel dans l’équation – la série des REC en est un bon exemple.

Toujours aussi populaire, notamment en vidéo, le survival engendre régulièrement des séries B plus ou moins regardables. Born to Watch a sélectionné pour vous dix longs-métrages, pratiquement tous inédits en salles et disponibles pour la majorité en France. Suivez le guide, chaussez vos rangers, et surtout, n’oubliez pas votre couteau de survie…


Backcountry (2014, Canada)

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C’est souvent le cas lorsqu’une histoire commence sur un gentil couple de citadins en train de partir pour une randonnée en amoureux dans un sentier fermé au public : nous savons, vous et moi, très bien que ça va mal finir. Dans Backcountry, production canadienne pilotée par l’acteur Adam McDonald (la série Rookie Blue), la tension naît de la manière dont le réalisateur retarde au maximum la révélation de la menace qui entoure Jenn (Missi Peregrym, Le diable et moi et aussi Rookie Blue) et Alex (Jeff Roop, Hollywoo). Alex est ici le mâle contrarié qui tente d’impressionner sa copine avec ses connaissances sur la forêt – ça ne l’empêche pas de se perdre -, et voit bientôt leur balade perturbée par l’arrivée d’un natif du coin (Eric Balfour, Haven), un vrai mâle alpha pour le coup, et séducteur avec ça. Que leur veut-il exactement ? Constitue-t-il un danger ? Ces questions, McDonald les laisse flotter dans l’air en instaurant un rythme indolent, jusqu’à ce que le film abatte ses cartes pour de bon. C’est dans cette dernière ligne droite, traumatisante et douloureuse, que Backcountry endosse pour de bon l’étiquette de survival extrême. Peut-être ce tournant brutal arrive-t-il trop tard. Il vous laissera malgré tout à bout de souffle, impressionné par l’exécution d’une idée finalement très simple.

Disponible en DVD et Blu-Ray zone 2 UK


Poursuite mortelle (2011, Royaume-Uni)

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Excepté une projection unique lors du premier PIFFF, Poursuite mortelle est une production anglaise qui n’a pas vraiment fait parler d’elle. Et pourtant, ce film britannique de Julian Gilbey (Rise of the footsoldier) a quelques atouts à faire valoir. Tourné dans les splendides paysages montagneux d’Écosse, Poursuite Mortelle (on lui préférera le titre original A lonely place to die) s’appuie sur une première heure d’une simplicité biblique et à l’efficacité redoutable : un groupe de randonneurs secoure en forêt une femme kidnappée, mais déclenche, logiquement, la colère de ses ravisseurs. S’ensuit une chasse à l’homme au bord de précipices vertigineux, dans des rivières et sentiers escarpés, où doivent survivre entre autres Ed Speelers (Eragon) et surtout la mimi Melissa George (Triangle), spécialiste aguerrie du film de genre. Gilbey s’emmêle un peu les pinceaux dans son dernier acte, qui quitte un peu trop brutalement les environnements sauvages qu’il filme par ailleurs si bien, mais pour l’essentiel, Poursuite mortelle est un spectacle haletant qui vaut le détour.

Disponible en DVD et Blu-Ray


Black Rock (2012, USA)

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Pure production indé US (la preuve, Mark Duplass officie en tant que scénariste et producteur), Black Rock peut se résumer comme une variation insulaire de Délivrance en mode « guerre des sexes ». C’est lors d’un week-end sur le rocher noir en question que trois amies (Lake Bell, Kate Bosworth et la réalisatrice Katie Aselton), qui se remettent d’une brouille sentimentale, rencontrent à leurs dépens trois soldats en permission, chasseurs du dimanche manifestement touchés par leurs séjours en Irak. Leur soirée feu de camp improvisée dégénère après une séance de drague malheureuse, et dès lors, les mâles revanchards n’ont qu’une idée en tête : liquider ces femmes imprudentes jusqu’à la dernière. Black Rock innove moins dans ses rebondissements, assez téléphonés et qui nous font parfois bondir sur place (« mais bon sang, j’aurais jamais fait comme ça, moi ! »), que dans son sous-texte éloquent sur le traitement du féminisme par une société patriarcale violente quand elle sent ses repères menacés. Sexué, dépouillé (parfois trop) et indéniablement revendicateur, Black Rock vaut en tout cas le coup d’œil.

Disponible en DVD et Blu-Ray zone 2 UK


Wolf Creek 2 (2013, Australie)

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De retour dans un sous-genre qu’il a contribué à faire naître, le torture porn, Greg McLean donne en 2013 une suite tardive au carton qui l’a révélé, Wolf Creek, en forme de baroud d’honneur sans pitié. Retour dans l’outback australien aux côtés du serial-killer Mick Taylor, donc, pour un Wolf Creek 2 qui ne peut plus compter sur l’effet de surprise pour faire sensation. McLean ne va pas perdre de temps à compter les kangourous, et ouvre son film sur une scène d’action aussi gore que brutale : la première d’une longue liste dans une série B paradoxalement soutenue par un Cinémascope splendide. Transformant son croquemitaine (John Jarratt, idéalement déplaisant à l’écran) en une sorte de légende urbaine indestructible, le film envoie sur la route un innocent touriste anglais, contraint de lutter pour sa survie à travers de vastes étendues grillées par le soleil. McLean cite autant Hitcher que les films de Tobe Hooper, et démontre un talent certain pour filmer les horizons cinégéniques de son pays natal, chose qu’il avait déjà réussie dans son Solitaire. Ce qu’il perd en originalité, Wolf Creek 2 le rattrape en efficacité brute, et c’est sans doute tout ce qu’on lui demandait !

Disponible en DVD et Blu-Ray

 Lire la critique de Wolf Creek 2


Les Proies (2007, Espagne)

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Dernier film réalisé dans son Espagne natale par Gonzalo Lopez-Gallego, avant qu’il ne parte aux USA diriger des séries B plus (Open Grave) ou moins (Apollo 18) inspirées, Les Proies n’a que peu de choses à voir avec le film homonyme de Don Siegel. Comme beaucoup d’autres, le cinéaste tire une partie de son inspiration de Délivrance, en propulsant son personnage principal, Quim, un type esseulé et pas très romantique (on le voit d’entrée sauter une jolie fille rencontrée sur sa route, dans les toilettes d’une station-service), dans une situation absurde et meurtrière. Alors qu’il suit sa belle inconnue sur les routes du nord de l’Espagne, Quim est pris pour cible par des tireurs qui immobilisent sa voiture et le blessent par balle. Obligé de fuir avec la jeune femme, Quim est devenu une proie et doit survivre, pour trouver qui sont les chasseurs qui veulent sa mort… De ce script rachitique en forme de longue chasse à l’homme, Lopez-Gallego tire un survival puissant et racé, qui ose un changement de point de vue à mi-parcours aussi casse-gueule que courageux. Ludique et effrayant à la fois, Les Proies évite autant qu’il peut les grands discours, même lorsque le thème s’y prête. Seule compte le plaisir de filmer l’incompréhension d’un homme confronté à un environnement où tout lui est hostile.

Disponible en DVD


Wilderness (2006, Royaume-Uni)

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L’un des quatre longs-métrages signés par le Britannique Michael J. Bassett avant qu’il ne trouve véritablement sa place à la télévision (vu le désastre Silent Hill : Revelation, c’était peut-être pour le mieux), Wilderness est sans aucun doute son meilleur effort. Incorrecte, punk et gore à souhait, cette série B aux effluves de slasher adolescent embarque une poignée de délinquants juvéniles tous aussi antipathiques les uns que les autres, sur une île au large de l’Écosse où ils doivent communier avec la nature, histoire de calmer leurs nerfs. Ce qui les attend est bien moins zen : un archer sans pitié et une meute de chiens féroces se chargent de les éliminer un par un, après avoir crucifié leur moniteur (Sean Pertwee, Gotham), bien sûr. Il y a bien un prétexte bien particulier derrière ce jeu de massacre forestier et insulaire, mais il importe moins que la manière dont Bassett orchestre les chamailleries entre ces petites frappes individualistes, qui ne sont nullement soudés dans l’adversité, et les mises à mort, toutes plus inventives et féroces les unes que les autres. Dix ans après sa sortie, ce survival canin et méchant n’a pas pris une ride !

Disponible en DVD


The Incident (2012, France / Belgique / USA)

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Au vu du talent démontré dans cette coproduction sortie de nulle part qu’est The Incident, il est dommage de ne pas avoir vu le célèbre clippeur Alexandre Courtès, passé récemment à la télévision avec Au service de la France, persévérer dans le film de genre. Pur huis-clos anxiogène, mais aussi pur survival à la frontière du fantastique, The Incident parvient à maquiller ses décors belges et français pour nous transporter dans un asile psychiatrique du sud des États-Unis. C’est là que travaillent trois amis membres d’un groupe de rock, qui gagnent de quoi manger en étant cuistots pour les patients de l’institut. À la faveur d’une tempête, le courant est coupé, et ce trio pas vraiment préparé se retrouve soudain coincé avec des illuminés pas vraiment inoffensifs dans tout le bâtiment… Moins bâti sur les frayeurs inutiles et des débordements de violence à la Rob Zombie, que sur l’accumulation de scènes de tension et de suspense, The Incident bénéficie d’une direction artistique assez bluffante pour une production de ce calibre. Tourné en Scope, rempli de mouvements de caméra ingénieux, le film génère une vraie atmosphère de trouille, jusqu’à une dernière séquence rebattant étrangement les cartes. Une vraie curiosité.

Disponible en DVD et Blu-Ray


Escapade Fatale (2009, USA)

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Lorsque Escapade Fatale sort à la fin des années 2010, il vient confirmer au box-office la perte de vitesse du jadis prometteur David Twohy. Le créateur de Pitch Black (et du tout aussi excellent Abîmes) a essuyé avec ses Chroniques de Riddick un échec cuisant, assez en tout cas pour lui donner envie de la jouer modeste. S’il ne remplit pas les salles, Escapade Fatale se déguste pourtant comme un solide thriller du samedi soir, et doit sa présence ici à son décor principal : la jungle hawaïenne. C’est dans ce paradis végétal que se croisent trois couples aux dynamiques très différentes : ils sont tous en vacances et gardent chacun une part de mystère, surtout après que la radio ait annoncé la mort d’un couple de touristes. Comme un vieux routard de Hollywood, David Twohy s’arrange pour laisser planer le doute sur les réelles intentions de chacun, mais se fait véritablement plaisir lors du dernier acte. Après un twist imprévisible, Hawaï devient un terrain de jeu sauvage pour Timothy Olyphant, Steve Zahn et Milla Jovovich, et enchaîne si efficacement ses péripéties qu’on lui pardonne ses lourdeurs et incohérences gratinées. Enfilez votre bermuda, prenez du popcorn : c’est la séance détente et frissons assurés.

Disponible en DVD et Blu-Ray


Frozen (2010, USA)

Dix survivals à découvrir

Déjà cité par les petits malins des Ingoruptibles dans notre sélection de Noël, Frozen constitue un bon argument en faveur de ceux qui détestent les sports d’hiver. Dans ce huis-clos en plein air signé Adam Green (Hatchet et ses suites), un trio mixte de skieurs fêtards et dragueurs (incarnés par Shawn « Iceman » Ashmore, Kevin Zegers et Emma Bell, vue dans Walking Dead), parti pour une dernière descente de ski nocturne à la fin d’un long week-end, se retrouve bloqué sur le télésiège à la fermeture de la station. Un concours de circonstances assez improbable, mais qui fait naître une vraie situation de cinéma : trois personnages, coincés à quinze mètres de hauteur, cernés par le froid glacial… et des loups inhabituellement affamés, qui les attendent de pied (ouch !) ferme en contrebas. Frozen, malgré une idée qui pourrait se résumer en une nouvelle de quelques pages, parvient au contraire à maintenir une vraie tension pendant 90 minutes, tirant le meilleur parti d’un tournage intégralement en décors réels, avec des acteurs n’ayant pas eu besoin de mimer leurs grelottements. Brrrr !

Disponible en DVD et Blu-Ray


Tower Block (2012, Royaume-Uni)

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Pas de jungle à l’horizon dans Tower Block, à part celle, urbaine et sans espoir, des cités HLM anglaises. C’est dans une barre vouée à la démolition, et progressivement vidée de ses habitants que se débattent les protagonistes de cette série B minérale, conçue comme un huis-clos asphyxiant et gris comme du béton. Survivre, c’est le but unique de ces locataires dégommés un par un par un sniper qui les abat un par un dans leur appartement. Pourquoi ? Comment ? Ce point de départ est en tout cas d’une simplicité biblique, et amène le film à créer une tension efficace autour d’une simple donnée spatiale (une fenêtre dégagée = une balle). Coincés pour de bon dans cette Tour 31, et surtout désarmés, les survivants doivent qui plus est faire taire leurs différences pour espérer s’en sortir. Film nerveux, sans fioritures, Tower Block est un inédit à débusquer fissa, d’autant qu’il permet de découvrir avant qu’il n’atteigne le haut de l’affiche, le toujours excellent Jack O’Connell (’71, Invincible, Money Monster), dans un rôle secondaire de petite frappe qu’il maîtrise à la perfection.

Disponible en DVD et Blu-Ray zone 2 UK

Lire la critique de Tower Block


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