S’il y a une chose que le public toujours plus exigeant du BIFFF a l’habitude de réclamer à corps et à (grands) cris, c’est du gore. Demandez aux spectateurs des fameuses séances de minuit du festival : bons ou mauvais, les films d’horreur y sont toujours ponctués d’encouragements, de lamentations (« Vivement le 2 ! » étant l’habituel cri d’exaspération de la salle) ou d’applaudissements lorsqu’une scène horrifique fait son effet. Chacun à leur manière, les trois films qui suivent ont suscité quelques belles salves spontanées, sans toujours que cela suffisent à masquer certains de leurs défauts…


Starry Eyes : Hollywood, ce grand Satan…

En direct du BIFFF : Starry Eyes, Late Phases, Charlie’s Farm

Déjà remarqué au PIFFF l’an dernier, Starry Eyes fait depuis quelques mois son petit effet partout où il passe. Produit entre autres par Dark Sky Films, la société du réalisateur Larry Fessenden, qui était à l’origine de films comme The Innkeepers et Plague Town, ce deuxième long-métrage de Kevin Kolsch et Dennis Widmyer marche avec motivation dans les traces de Mulholland Drive. Les « Yeux de stars » du titre appartiennent à Sarah, une aspirante actrice qui entre ses heures de boulot dans un horrible fast food, court les castings en espérant en vain décrocher le rôle qui fera d’elle une star. Les lumières lointaines de Hollywood, elle les pourchasse avec sa bande d’amis et colocataires, mais rien ne semble devoir arriver à ces doux rêveurs jusqu’à ce que Sarah auditionne pour un rôle dans le film fantastique The Silver Scream. Soudain, quelqu’un reconnait son talent, flatte son besoin de reconnaissance. Malgré des techniques de casting plutôt étranges, Sarah se laisse séduire, et passe bientôt un pacte faustien avec l’onctueux producteur du film pour avoir le premier rôle…

Il est possible de reprocher à Starry Eyes son traitement trop relâché d’une histoire dont la métaphore filée est transparente au possible (en gros, le monde du 7e art californien est un repère de parvenus vendant leur âme au diable pour un morceau de gloire pelliculée). Malgré le talent de Pat Healy (Compliance) en patron de restaurant ringard, toute la sous-intrigue concernant le boulot littéralement alimentaire de Sarah est par exemple superflue. Le manque de nuances général du film, qui n’hésite pas à partir de son dégoûtant troisième acte à piquer des scènes entières à La Mouche de David Cronenberg (oui, l’école du « body horror » cher au maître canadien continue de faire des petits), et à appuyer son propos en usant de dialogues surexplicatifs, est aussi regrettable.

Mais le côté très rentre-dedans de cette descente aux enfers d’une fille fragile, qui passe du drame psychologique doucement hallucinatoire au slasher pur et dur, dans une ambiance de sourde menace qui évoque fortement House of the Devil, marque l’esprit. Tout comme la performance de la jeune Alexandra Essoe, grande brune diaphane et anguleuse, dont le corps et l’esprit passent par tous les états possibles avant une conclusion rendant un définitif (et assez servile) hommage au classique de David Lynch.


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Troissurcinq
Starry Eyes
De Kevin Kolsch et Dennis Widmeyer
2014 / USA / 95 minutes
Avec Alex Essoe, Amanda Fuller, Noah Segan
Sortie le 15 septembre 2015 sur Netflix
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Late Phases : le film de loup-garou revigoré

En direct du BIFFF : Starry Eyes, Late Phases, Charlie’s Farm

S’il y a bien une créature du bestiaire fantastique qui souffre souvent au cinéma, c’est le loup-garou. Rien que cette année, la tentative westernienne Blood Moon a reçu un tiède accueil à Bruxelles. Production Dark Sky (comme Starry Eyes), Late Phases vient pour une fois relever le niveau, grâce à un script plus original que la moyenne, et des effets spéciaux soignés à défaut d’être parfaits. La mise en scène de l’ibère Adrian Garcia Bogliano (ABC of Death, Here comes the devil), qui fait ici ses débuts chez les anglo-saxons, colle dès les premiers plans aux basques de son inhabituel personnage principal, un vétéran du Vietnam aveugle emménageant dans un paisible quartier privatif rempli de retraités.

Paisible ? Non, car dans les bois entourant ce domaine situé en périphérie de ville, rôde une créature qui a pris l’habitude de s’attaquer aux personnes âgées sans défense. L’irascible Ambrose (impeccable et magnétique Nick Damici, surtout connu chez nous pour Stake Land) a tôt fait de comprendre l’origine de la menace. Après que son chien guide d’aveugle ait été attaqué par la bête, il apprend que de pareilles attaques ont lieu… une fois par mois, les soirs de pleine lune. Late Phases, passée sa féroce séquence d’ouverture, se transforme alors en un jouissif whodunit tandis qu’Ambrose s’intéresse aux membres de la « paroisse » dirigée par le père Roger (Tom Noonan) et tente de savoir en qui se cache la bête. Fonctionnant comme un compte à rebours plein de suspense, débouchant sur un climax tout aussi efficace, le film se présente aussi comme un beau et simple portrait d’un homme obtus, vétéran brisé par la vie qui refuse de baisser la garde malgré son handicap. Série B pur jus, Late Phases ne prétend pas être révolutionnaire, mais exploite pleinement le potentiel étrange de son pitch, et se paie pour ne rien gâcher une très belle séquence de transformation lycanthropique, digne d’être comparée aux indétrônables classiques du genre (et non, bien sûr, on ne parle pas des Twilight. Brrr…)


[styled_box title= »Note Born To Watch » class= » »]
Quatresurcinq
Late Phases
D’Adrian Garcia Bogliano
2014 / USA / 95 minutes
Avec Nick Damici, Tom Noonan, Ethan Embry
Sortie le 20 mai 2015 sur Netflix
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Charlie’s Farm : la série Z bouge encore

En direct du BIFFF : Starry Eyes, Late Phases, Charlie’s Farm

Incroyable de penser que trente ans après Vendredi 13, presque vingt ans après Scream, et quelques temps après La cabane dans les bois, il y a encore des réalisateurs prêts à faire un slasher sans recul sur les codes crétins du genre qu’ils réutilisent. Charlie’s Farm c’est ça : une pure série Z venue d’Australie qui semble téléportée depuis une autre décennie, dans laquelle il serait parfaitement normal de voir quatre adultes abrutis au QI d’un ado de 11 ans aller, de leur plein gré, dans une ferme où s’est déroulé un massacre. On a droit aux provinciaux du coin qui les préviennent de ne pas aller dans cet « Enfer sur Terre », à la blonde idiote pas foutue d’ouvrir des portes correctement (Tara Reid, tellement liftée qu’elle paraît 10 ans de plus que son personnage), au mec lourd qui raconte en flash-backs des histoires horribles autour d’un feu de camp…

Pendant une heure, il ne se passe strictement rien dans Charlie’s Farm, sauf si vous aimez les blagues sur les kikis démesurés. Et quand le film se réveille enfin, après que les randonneurs du dimanche se soient opportunément séparés en petits groupes (sic), le réalisateur Chris Sun dévoile un croquemitaine aussi intimidant qu’invraisemblable. Le colosse Nathan Jones (Conan, Le maître d’armes et bientôt Fury Road), enseveli sous un saisissant maquillage (c’est le bon point du film) a beau être particulièrement inquiétant, il est impensable de croire qu’il s’agit d’un petit garçon attardé qui a grandi seul dans la pampa australienne après le lynchage de ses psychopathes de parents. Sans surprise, ni originalité, il ne lui faut guère plus de 20 minutes pour équarrir l’intégralité du casting, dans de gros bouillons de sang et sous les applaudissements d’un public du BIFFF en passe de s’endormir. Après tout, passer un slasher beauf et bête à minuit qui ne commence à « slasher » qu’au bout d’une heure, ça peut attendrir les plus forcenés des cinéphages…


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Unsurcinq
Charlie’s Farm
De Chris Sun
2014 / Australie / 93 minute
Avec Tara Reid, Nathan Jones, Bill Moseley
Sortie prochainement (sans doute jamais !)
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