Épisode hors-série : mi trailer es rico !

Une fois n’est pas coutume, My trailer is rich s’intéresse à la production d’un seul pays, en l’occurrence l’Espagne. Pourvoyeur reconnu de films de genre, le pays de Cervantès continue de nous étonner régulièrement avec des productions souvent très léchées techniquement, et qui ne résument pas uniquement à des succédanés de L’Orphelinat et des films de Guillermo del Toro et Alex de la Iglesia. Très apprécié à l’international, comme l’a encore prouvé Eva, drame SF distingué au dernier festival de Gérardmer, le cinéma en Espagne regorge toutefois de films passés entre les mailles de l’exportation. Pour un Cronocrimenes ou un Rey de la Montaña qui parvient avec succès chez nous, il faut compter deux Torrente (saga centrée sur un policier aussi odieux que corrompu, mais pourtant drolatique) et un Eskalofrio (un survival surnaturel prodigieux) stationnant de l’autre côté de la frontière. Les productions locales ont néanmoins toujours la côte chez nous, la profusion de manifestations dédiées, comme CinEspaña à Toulouse, ou la quinzaine espagnole de Nantes en mars, étant là pour nous le rappeler.

L’année 2012 ne dérogera à cette règle d’une vraie richesse cinématographique, avec une nette tendance dans cette sélection à une certaine légèreté de ton. Ça va vous changer des histoires de fantômes trimballant leurs mauvais souvenirs dans les couloirs de pensionnats pour petits garçons, hein ? Hmmm… N’essayez pas de comprendre : regardez.

Pas de pitié pour les moustaches

Enrique Urbizu, on l’aime beaucoup. Pas parce qu’il a signé l’adaptation de La neuvième porte, non merci, mais parce qu’en 2002, le cinéaste espagnol a dégoupillé une véritable petite bombe, nommée Caja 507. Un suspense à couper au couteau qui opposait un employé de banque revanchard et un tueur à gages pourri jusqu’à la moelle (mais moins que ses employeurs), autour d’un vaste complot immobilier qui en remontrait même à Chinatown. En 2011, Urbizu revient aux affaires avec No habra paz para los malvados, littéralement « Pas de paix pour les méchants ». Un polar badass, à l’image de la moustache de son héros, Santos Trinidad, flic ripou qui tente de réparer une bavure criminelle en éliminant des témoins gênants. Jose Coronado, vu dans les films sur l’ETA de Miguel Courtois (El lobo, GAL) et Caja 507, impose sa massive présence dans ce film noir tendance hard boiled, à découvrir… bientôt.

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Satané Graal

Un peu d’histoire maintenant : dans les années 50, l’écrivain Victor Mora donne naissance au plus populaire des héros de BD hispaniques. Le capitaine Trueno, ou Tonnerre en français, est un chevalier errant voyageant à travers le monde à l’époque de la troisième Croisade, accompagné de ses fidèles sidekicks, Goliath et Crispin, ainsi que de la belle Sigrid, reine de l’île de Thule. Modelé sur le célèbre Prince Valiant, ce héros très manichéen mais aussi très drôle, vivant mille aventures rocambolesques, n’avait jamais eu jusqu’à présent les honneurs d’une adaptation cinématographique. C’est désormais chose faite grâce aux coproducteurs (le co est important) d’Astérix aux Jeux Olympiques, qui ont embauché un bellâtre (Sergio Peris-Mencheta, vu dans le dernier Resident Evil) et une bombe (Natasha Yarovenko, vue sous toues ses formes dans le caliente Room in Rome) pour tenir les rôles du capitaine et de la reine. L’odyssée, assez mal reçue par les critiques espagnols, se nomme El capitan Trueno y el Santo Grial, et semble devoir autant à Indiana Jones qu’aux Monty Python et au Sam Raimi d’Evil Dead 3.

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Salut les p’tits loups

Aussi malmenée que fascinante, la figure du loup-garou semble increvable : chaque année nous apporte son lot de variations sur le sujet, et si peu d’entre elles valent le détour, c’est souvent par manque 1/ de talent, 2/ de budget. Eh oui, fabriquer un lycanthrope crédible, ça coûte cher, surtout si vous avez le bon goût de ne pas le réaliser en images de synthèse (Van Helsing, c’est de toi que je parle). Là où la comédie poilue Lobos de Arga (prudemment retitrée Werewolf party pour l’international. Pourquoi pas) marque des points, c’est qu’elle n’en propose pas un, mais toute une armée. Ambiance Dog Soldiers et Underworld mais au troisième degré, donc, avec cette histoire de malédiction pesant sur un petit village de Galice, et où débarque un jeune écrivain dont le destin va être de débarrasser les siens d’une invasion de loups-garous.

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Green Matrix

Mélanger univers virtuel, street art, hip hop et désespoir adolescent, c’est le pari d’un jeune réalisateur intrépide, Eduardo Chapero-Jackson. Son Verbo ne date pas d’hier, puisqu’on a pu croiser ce premier long en compétition aux dernières Utopiales de Nantes. Loin d’être un simple film fantastique « hype » pour djeuns, avec sa jolie photo et ses apartés en japanime, c’est un drame introspectif et allégorique sur le suicide, puisque son héroïne, Sara, est en fait « aspirée » à l’intérieur d’un monde parallèle, où la culture urbaine est devenue une forme de résistance. Eh ouais, dans Verbo, l’avatar de Jean Moulin est un kid à capuche qui habite dans la rue et s’éclaire au néon phosphorescent. Dans ta face, Jean-Marie !

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Expérimentez la série Z

Alors là, on tient peut-être un winner, mais pas dans le sens généralement entendu. Sorti pour les fêtes en Espagne à grand renforts d’affiches reprenant sans honte le slogan de REC (« Expérimentez la peur »), Paranormal Xperience (oui, pensez bien à enlever le « e », sinon c’est pas drôle) est le premier film espagnol labellisé 3D. Et en plus c’est un slasher surnaturel, apparemment filmé avec les pieds et joué par des momies – le cheptel envoyé à l’abbatoir est composé de top models et de fils de people, vous voyez le genre –, qui voudrait bien jouer les gros durs alors que Saw est has-been depuis trois ans. Bref, XP3D (roh, c’est pas de l’abréviation, ça ?), pourtant soutenu par les producteurs de Yeux de Julia et de L’Orphelinat, sent le nanar à trois kilomètres. Mais bon, Meurtres à la Saint-Valentin aussi était nul, mais ça ne l’empêchait pas d’être drôle. Et en 3D.

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Les gars de la patrouille

Le film de guerre horrifique. Voilà un sous-genre bien étrange, et qui revient régulièrement sous toutes les latitudes possibles. À chaque fois, qu’on soit en Angleterre (La tranchée, Outpost), en France (Djinns), en Corée du Sud (R-Point) ou aux States (le très culte la forteresse noire de Michael Mann), le schéma est plus ou moins le même : une bande de troufions échoue dans un endroit reculé et isolé où règne une atmosphère étrange. Forcés de rester sur place, les soldats commencent à flipper sévère et agitent leurs fusils dans tous les sens en gueulant généralement « Mais enfin qu’est-ce qui se passe ici, bon Dieu de m**** ?!! ». Et souvent, il se passe qu’il y a des fantômes chelou ou des esprits de soldats morts qui les tuent petit à petit sans qu’ils puissent rien faire (bah oui, c’est pas des médiums, les gradés, on est pas XP3D ici). Résultat : c’est souvent chiant et interminable. On espère humblement que l’hispano-colombien The Squad, ou El Paramo dans sa langue natale, saura contourner ces passages obligés bien ronflants et passer outre sa très chouette esthétique brumeuse. L’action se déroule dans une base, hum, isolée dans les Andes, où arrive un commando bien décidé à comprendre où sont passés tous les occupants. Hmm, vous voulez vraiment pas qu’on vous aide, les gars ?

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