Iron Sky : la farce cachée de la Lune

par | 6 septembre 2012

Présenté à l’Étrange Festival, le longtemps attendu Iron Sky est une pochade SF pas toujours fine, mais propulsée par de surprenants effets spéciaux.

La science-fiction, par essence, est particulièrement friande de dystopie : après tout, toute bonne histoire ne germe-t-elle pas dans la tête de son auteur à partir d’un simple « Et si » ? Dans le genre film à concept, Iron Sky se pose donc là, avec son pitch résumable en deux phrases, et garanti aussi efficace que la blague qui tue des Monty Python : en 1945, les Nazis ont conquis la Lune ; en 2018, ils reviennent conquérir la Terre. Farfelu, stupide, l’idée est tout ce que vous voulez sauf sérieuse. Il s’agit pourtant d’un puissant concept narratif, brodant sur soixante ans de littérature plus dramatique explorant la possibilité d’un 3e Reich triomphant, et en conséquence une Histoire du monde alternative (Le maître du haut château de Philip K.Dick est sans doute l’exemple le plus marquant du genre).

Cosmos 2018

Le film de Timo Vuorensola explore donc cette idée d’une base lunaire en forme de svastika, à l’intérieur de laquelle des nazis préparent, sur la face cachée de la Lune, leur invasion. Leur chef se nomme Wolfgang Kortzfleisch (Udo Kier, of course) et a un peu de mal à se faire respecter, le jeune loup Klaus Adler (Gotz Otto, qui jouait déjà un malabar aryen dans Demain ne meurt jamais !) se verrait bien devenir le nouveau Führer, et épouserait bien aussi la blondissime Renate Richter (Julia Dietze) qui aime bien projeter aux enfants une version de 30 secondes du Dictateur de Chaplin. Suite à la découverte de la base secrète par des astronautes américains (dont l’un, Washington, possède un Smartphone très utile comme source d’énergie), l’armée lunaire décide de lancer son bataillon de Zeppelins interstellaires et de soucoupes volantes à l’assaut de la Terre, et plus particulièrement des USA.

En empruntant la seule voie possible pour raconter une histoire pareille, celle de la farce à grand spectacle, le Finlandais Timo Vuorensola, déjà auteur d’une parodie de Star Trek appelée Star Wreck (il est par ailleurs chanteur du groupe de métal indus Alymysto : respect !) s’assure déjà une large côte de sympathie. Le film joue clairement dès son ouverture sur un second degré salvateur mais appuyé, avec des gags dignes de South Park et des personnages caricaturaux qui tiennent du cartoon, comme celui du savant fou. Le film passe également beaucoup (trop) de temps sur Terre, jouant sur le décalage entre ces descendants de nazis restés hors du temps et le monde moderne. Un décalque de Sarah Palin, qui serait devenue Présidente, fait également office d’usine à gags, parfois réussis, souvent non, tandis que les Nations Unies sont le lieu de scènes comiques littéralement pillées sur Docteur Folamour, la meilleure blague étant réservée au pays d’origine du cinéaste.

De la dèche à la Lune

Indéniablement, le film pâtit de sa gestation longuement reportée faute de moyens. La pré-production d’Iron Sky s’est étalée sur plus de six ans, une demi décennie pendant laquelle Timo et son équipe ont démarché inlassablement des financeurs, particuliers et professionnels, pour réunir quelques « maigres » 7 millions d’euros. Une paille pour Michael Bay, le bout du monde pour Iron Sky, qui réussit malgré cela à impressionner sur grand écran, particulièrement durant les scènes de bataille spatiale du troisième acte, quand les satellites (bien évidemment armées) de toutes les nations se transforment en croiseurs de guerre, avec à leur tête le « USS George W.Bush » (sic), pour démolir ceux qui squattent depuis trop longtemps la Lune. C’est dans ces moments de pure SF qu’Iron Sky gagne sa légitimité, et compense ses faiblesses en terme d’interprétation, de scénario et de décors. Ce n’est pas un chef d’œuvre et telle n’était pas l’ambition du projet. C’est un délire inoffensif, bêta mais parfois drôle, qui aura eu le mérite d’explorer un « Et si… ? » de plus avec la ferveur d’un adolescent bouillonnant d’idées.