Extinction : les envahisseurs attaquent… encore !

par | 6 août 2018

Un twist inattendu ne suffit pas à transformer Extinction, routinière histoire d’invasion extraterrestre, en nouveau classique de la science-fiction.

Cela risque de devenir une habitude pour les exécutifs confrontés à un casse-tête marketing dépassant leurs capacités mentales. Puisque ces derniers n’arrivent plus à promouvoir en salles des films sans identité pré-installée (c’est-à-dire avec un titre déjà familier du public) ou stars bankable, c’est au géant Netflix de prendre le relais et de les débarrasser de ces titres qui encombrent leur planning ! Extinction, au départ une production Universal, ne bénéficie toutefois pas des mêmes largesses promotionnelles qu’un Annihilation ou que le futur Mowgli débarqué contre toute attente par la Warner. Les raisons sont simples : le casting est solide mais modeste, et le budget visiblement tout autant. Le film a été tourné intégralement en Serbie et les effets spéciaux sont loin d’être toujours convaincants. Cela aurait pu être un détail si le scénario, signé des débutants Spenser Cohen et Brad Kane, s’était montré plus audacieux. En l’état, Extinction n’est digne d’intérêt que grâce à un twist patiemment préparé et plutôt imprévisible.

Dans une société au look futuriste, Peter (Michael Peña, Ant-Man, End of Watch) est père de famille et ingénieur dans une grande entreprise. Il est confronté chaque nuit à des cauchemars récurrents où une atmosphère d’apocalypse se mêle à des scènes de guerre civile. Peter est persuadé que ces « visions » ont un sens, au grand dam de sa femme Alice (Lizzy Caplan, Masters of Sex, The Disaster Artist), et de ses deux filles qu’il délaisse de plus en plus. Le destin vient lui donner raison, sous la forme d’une nuée de lumières dans le ciel : la Terre est victime d’une invasion extraterrestre ! Et les agresseurs venus de l’espace sont plutôt impitoyables, détruisant chaque immeuble et ne laissant aucun survivant derrière leur chemin. Tentant de fuir leur appartement, Peter et sa famille doivent s’appuyer sur ses visions et leur chance pour espérer rester en vie…

Un mystère pour rester éveillé

Le premier quart d’heure d’Extinction laisse longtemps penser qu’Universal a eu raison de se débarrasser en catimini de ce long-métrage dû aux producteurs de Divergente. Entre les intérieurs dénudés et aussi imaginatifs qu’un catalogue Ikea, le jeu somnambulique des acteurs (malgré tout l’amour qu’on peut porter aux adorables Peña et Caplan, l’alchimie entre eux est pratiquement inexistante) et les va-et-vient redondants entre le quotidien de Peter et ses visions, le film exhale l’ennui et le déjà-vu. Étonnant, lorsqu’on sait qu’Extinction est piloté derrière la caméra par Ben Young, cinéaste australien qui nous avait bien secoué l’an passé avec le très poisseux Love Hunters. Il ne parvient pas non plus à nous extirper de notre torpeur une fois les aliens descendus du ciel. Une guerre des mondes, sans doute le plus vieux scénario SF qui soit, nécessite des moyens et des idées que le film ne possède visiblement pas, et le souvenir de purgeasses comme Skyline nous revient malheureusement vite en tête.

"Une guerre des mondes, sans doute le plus vieux scénario SF qui soit, nécessite des moyens et des idées que le film ne possède pas."

Extinction possède toutefois un atout dans sa manche, qui permet de garder un œil ouvert pendant que les figurants se vont vaporiser et que les acteurs miment l’effroi devant l’effondrement d’immeubles numériques pas bien réalistes. Les visions de Peter cachent en effet un secret, tout comme ces aliens à la technologie avancée mais familière. D’où viennent-ils, que veulent-ils, et quel rôle joue Peter dans cette invasion ? À force de vous triturer l’esprit, vous finirez peut-être par trouver la réponse avant que le film dévoile ses cartes, au bout tout de même d’une heure de métrage laborieuse. À partir de ce moment, le montage pédale pour raccrocher les wagons et livrer toutes ses explications, tout en accélérant le rythme jusqu’à une conclusion aussi risible (merci aux CGI de l’époque Playstation 1) que frustrante. Le souvenir d’une belle idée de SF, qui renvoie aux grands récits littéraires de Matheson et K. Dick, persiste. Mais un concept de scénariste ne suffit pas à faire un bon film, et Extinction en apporte tout du long la triste illustration.