Goal of the Dead : match à mort !

par | 25 avril 2014

Et si un match de foot se transformait en carnage zombiesque ? Deux réalisateurs arbitrent cette rencontre improbable dans une comédie horrifique française… réussie !

Indéniablement, les producteurs de Capture (The Flag) n’ont pas froid aux yeux. Avec le projet Goal of the Dead, qui est appelé à faire date au moins en matière de distribution, ils se sont confrontés d’un seul coup à trois écueils a priori insurmontables dans le cinéma français : réaliser un bon film ayant pour sujet principal le football (à part Coup de tête et dans une moindre mesure À mort l’arbitre !, le ballon rond a rarement été gâté côté fiction), réaliser un bon film de zombies (inutile de citer trop d’exemples, ça continue à faire mal), et surtout, réussir à faire parler du résultat final dans un pays où le cinéma de genre reste aussi bien accueilli par les distributeurs qu’un unijambiste ayant chopé le SRAS.

Goal of the Dead, c’est donc un film de zombies (pardon, d’infectés), réalisé à quatre mains, avec des moyens forcément limités – mais pas miséreux non plus -, un casting solide mais pas très bankable, et dont l’attrait commercial repose sur ce mariage contre-nature mais bien vu, entre deux cultures universelles : le footchebaulle, et la série B zombiesque. Histoire de coller un maximum à sa thématique sportive, la production a choisi de présenter le film scindé en deux « mi-temps », de 70 minutes chacune (ça fait long le match), au cours de séances exceptionnelles avec l’équipe du film, d’abord à Paris, puis en province, avant que le film ne sorte en vidéo et VOD début juin, pile pour le début de la Coupe du Monde. Une stratégie trans-médias audacieuse, novatrice, qui permet à cette petite production de bénéficier d’une longue exposition médiatique, plutôt que de sombrer dans l’oubli dès sa sortie (coucou La Horde). Et au vu du résultat, on peut dire que le film mérite cette attention particulière.

Une entame de match inspirée

S’inspirant de ces fameux face-à-face déséquilibrés qui font tout l’intérêt de la Coupe de France, le scénario de Goal of the Dead nous prépare pendant la « première mi-temps », réalisée par Benjamin Rocher (La Horde, justement), à la rencontre entre le petit poucet de Capelongue, bourgade dépeuplée et anonyme, et les pros de l’Olympique de Paris (sic), le club de la capitale porté par ses stars, comme le vétéran Samuel Lorit, originaire de Capelongue, et le jeune prodige Idriss Diago, caricature réussie de tête à claques atteinte d’un fort complexe de supériorité. À leur arrivée au stade, Lorit, sifflé comme un traître et un vendu, ainsi que ses camarades de jeu, savent que la rencontre ne sera pas si facile qu’elle en a l’air. Les « locaux » sont chauffés à bloc et… surtout, un virus foudroyant transformant ses victimes en enragés cannibales est en train de contaminer peu à peu tout le village, à coups de grands jets de bile. L’arbitre siffle l’entame de la partie, et c’est le début de l’apocalypse pour tout le stade…

"De comédie survitaminée, Goal of the Dead devient un survival urbain où les rares survivants doivent échapper à des hordes de contaminés avinés."

Enlevée, très drôle, la première partie de Goal of the Dead fait office d’échauffement général réussi, Rocher se montrant très à l’aise pour présenter en peu de scènes les multiples personnages qui composent cette histoire ridiculement fun de stéroïdes illégaux et de microcosme sportif décérébré. La cause du chaos qui s’abat sur le petit village de Capelongue n’est ainsi pas militaire ou bêtement scientifique, mais familiale : l’arrogance d’un médecin de campagne, qui dope son footballeur de fils comme un cheval de course pour qu’il rétame sur le terrain son ami d’enfance, Samuel Lorit. Le film est ainsi constellé de piques satiriques et de clins d’œil appuyés au monde du foot et à ses constantes : l’entraîneur de Paris vient de l’ancienne école, mais est dépassé par l’arrogance de la jeune génération et la perfidie des agents ; les supporters de Capelongue sont de gentils losers obsédés par leurs chants de tribunes (la meilleure version, à l’unanimité, reste « Paris, Paris ! On t’enc… ! ») ; le club parisien est tellement riche qu’il se paie trois Coréens ne parlant pas un mot de français – ou même d’anglais, etc… Multipliant les montages parallèles, ainsi que les gags visuels (gardez l’œil ouvert pour ce nom d’enseigne aussi con que rigolo), la mi-temps de Rocher atteint logiquement son point culminant dans ses dernières minutes, lorsque le match vire au massacre et que Goal of the Dead bascule dans la comédie horrifique pure à la Shaun of The Dead.

Une finition un peu hésitante

Malgré un générique distinct et des choix de montage qui leur sont propres, les différences entre les mi-temps de Rocher et Thierry Poiraud (l’OVNI Atomik Circus, le retour de James Bataille) ne sautent pas véritablement aux yeux. Là où Poiraud se distingue, c’est avant tout dans le type de récit qu’il doit conduire : de comédie survitaminée, Goal of the Dead devient mécaniquement un survival en milieu urbain où les rares survivants doivent échapper à des hordes de contaminés avinés. L’occasion pour Poiraud d’emballer une heure de cache-cache nocturne (un peu trop nocturne, d’ailleurs, certaines scènes baignant dans une obscurité quasi totale), avec un commissariat qui évoque beaucoup l’Assaut de Carpenter (presque littéralement cité), et une ambiance qui rappelle le classique britannique d’Edgar Wright : est-ce un hasard si le décor qui sert de jonction entre les deux parties est un « pub » où notre héros, réfractaire à toute prise de responsabilité, se voit soudain confier un véritable rôle d’adulte ?

Si elle apporte son lot de moments gore (mais pas trop) et de bravoure en slow-motion, cette deuxième partie ne constitue malgré tout en rien un feu d’artifice caoutchouteux et sanglant à la Peter Jackson. Intelligemment, les réalisateurs se sont reposés sur un casting pour une fois très solide, à l’alchimie visible (Alban Lenoir, vu dans Hero Corp et Kaamelott, et Ahmed Sylla, grand échalas exorbité aux mimiques tordantes), pour tirer le meilleur d’un script certes rythmé et équilibré, mais à l’intérêt variable, et tournant parfois à vide – le retour final sur le terrain de sport s’imposait peut-être sur le papier, mais demeure aussi décevant qu’incohérent. Goal of the Dead était au départ conçu comme une mini-série en six épisodes à la Dead Set (show britannique qui mélangeait pour sa part zombies et télé-réalité), et la compression au format cinématographique se ressent fortement par endroits. Paradoxalement, le film apparaît, à 2h20, comme trop long pour son propre bien, les producteurs ayant visiblement choisi de singer le modèle Grindhouse en incluant dans la projection quelques fausses bandes-annonces. Seulement, Grindhouse se composait de deux mini-films indépendants, et non d’une même histoire qui tire trop à la ligne pour justifier sa longueur.

La modestie apparente du film, conçu avant tout pour être dégusté dans une ambiance de stade (c’est-à-dire dans une salle pleine et chauffée comme il se doit, ou à défaut dans un salon croulant sous les canettes de bière), joue malgré tout en sa faveur. Sans propos social déplacé, ni prétention auteuriste rance, et avec plus de bagoût et de flair narratif qu’une série B du style Cockneys vs Zombies, par exemple, Goal of the Dead parvient à divertir sans fatiguer pendant deux bonnes heures, en compagnie d’une bande de pieds nickelés attachante et crédible. Jusqu’à présent, c’était demander beaucoup d’un film de genre français. Goal of the Dead remplit ce but (ah ah) et devrait continuer à « buzzer », au moins jusqu’aux premiers directs brésiliens… Gooooaaaaal !