Going to Brazil : les femmes de Rio

Ici à la rédaction, nous décrions souvent les films français, en particulier les comédies qui trustent tristement une grande part de nos salles et forment l’essentiel des succès annuels du box-office. Partant (parfois) d’une bonne intention, ces productions engloutissent souvent l’intégralité de leur budget dans un acteur « bankable » et se complaisent dans un humour crade, des accents caricaturés ou bien encore de (fausses) allusions racistes ambiguës (ne citons pas de nom). Non, la patrie de Louis de Funès, Jean Gabin ou de Jean-Paul Belmondo (que des hommes certes), se montre souvent incapable proposer des « divertissements » (ce n’est pas un gros mot) à la fois populaires et sensibles, contemporains et efficaces. Alors que les comédies cartonnent dans les salles obscures, n’avons-nous pas le droit de rêver de sortir enfin de cette spirale nanardeuse ? Patrick Mille le prouve avec une surprenante maîtrise !

Les filles… et Patrick Mille

Going To Brazil : les femmes de Rio

Sa tête vous dira surement quelque chose : Patrick Mille est un second rôle récurrent. Cette année par exemple, il joue dans RAID Dingue (aie). Mais c’est surtout un jeune réalisateur à suivre. Son premier film, Mauvaise Fille avait révélé Izia Higelin – déjà pour cela, merci Patrick. Cette année, il passe du drame au road-movie au féminin, sans transition. Going to Brazil raconte l’aventure survoltée de trois amies invitées au mariage d’une copine au Brésil. Ce trio se compose d’Agathe (Alison Wheeler, indispensable chroniqueuse à France Inter), sa petite sœur Lily (Philippine Stindel) et de Chloé (Margot Bancilhon, Nous trois ou rien). La future mariée, elle, s’appelle Katia (Vanessa Guide, Papa ou Maman). Le soir de leur arrivée, la situation vire au cauchemar, qui ne fait qu’empirer tel un Procès de Kafka sous amphétamines.

« Le scénario tisse une toile, d’abord décousue, puis solide comme un roc d’amitié et de complicité. »

Sans ménagement, l’action fait osciller le spectateur entre la compassion pour le cauchemar vécu par ses héroïnes dans les instants de gravité, et le rire face à des blagues particulièrement bien placées. Les quatre personnalités bénéficient d’une écriture soignée, qui, malgré ses ressorts comiques, ne vire jamais à la caricature. Entre la grande sœur coincée et protectrice, l’adolescente fragile et violente, la fiancée naïve et la célibataire en colère, le scénario tisse une toile, d’abord décousue, puis solide comme un roc d’amitié et complicité. Malgré leurs travers, leur mécontentement constant, à aucun moment une réplique ou un geste ne vient entacher le capital sympathie de ces personnages. Patrick Mille se fait plaisir en s’attribuant un rôle de consul décomplexé et aussi les scènes les plus hallucinées du film.

Fiesta visuelle

Going to Brazil (les origines portugaises de son réalisateur ne sont pas anodines) mélange avec générosité les genres, de la comédie efficace au film d’action girly. Si la référence à Very Bad Trip s’impose, ainsi qu’au girl power tarantinesque, c’est finalement aux comédies des années 60 et 80, comme La Chèvre et L’Homme de Rio, que le film fait penser, avec un peu de nostalgie, même si l’action se conjugue ici au féminin. Difficile de caractériser Going to Brazil, qui tutoie un instant l’émotion, sans que cette pause remarquable ne vienne perturber son rythme de plus en plus effréné.

Entre samba, électro et burlesque, le film ne se prive pas varier ses ambiances, mais toujours à bon escient. Véritable carte postale du Brésil, il montre des favelas à l’ambiance aussi folle que dangereuse, des plages somptueuses, des clubs un peu trop détendus, des expat’ fantasques et des parrains de la mafia déguisés en honnêtes magnats de l’industrie. Going to Brazil déroule cet éventail multicolore à une allure survitaminée avec un regard partagé entre la révolte et l’admiration. Dans la grisaille de mars, offrez-vous un aller-retour pour le Brésil, sans hésiter : une fois encore, merci et bravo Patrick !


Note Born To Watch
Quatresurcinq
Going to Brazil
De Patrick Mille
2016 / France / 94 minutes
Avec Vanessa Guide, Alison Wheeler, Margot Bancilhon
Sortie le 22 mars 2017

Copyright Océan Films

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