Hell Fest : un slasher festif mais pas très métal

par | 30 janvier 2019

Malgré son titre évoquant un certain festival clissonnais, Hell Fest cause en fait fête foraine. Un « parc de l’enfer » plus convaincant que le tueur qui y sévit…

Les superbes affiches créées pour Hell Fest, production sortie avant Halloween aux USA dans l’espoir de surfer sur le succès… du Halloween de David Gordon Green, nous ont presque fait croire à un canular. Un film d’horreur qui porterait le même nom que le plus célèbre festival de métal français ? Ça ne pouvait être une coïncidence, sauf qu’il y avait une différence de taille (et d’espace) entre les deux titres. On découvre malgré tout le film avec un a priori bien différent des Américains, qui auront une autre idée à l’esprit quand les héros jubilent parce qu’ils ont pris des tickets pour aller… au Hell Fest !

Un tueur dans le parc

Dans le film de Gregory Plotkin (qui s’est fait la main sur une séquelle de Paranormal Activity que tout le monde a déjà oublié), le festival en question est en fait une fête foraine itinérante, un énorme train fantôme sur le thème d’Halloween et des films d’horreur que vont aller visiter Natalie (Amy Forsyth) et ses amies Brooke (Reign Edwards) et Taylor (Bex Taylor-Klaus). Accompagné de leurs petits copains bien trop surexcités pour ne pas être énervants, le trio pénètre dans ce parc d’attractions hautement conceptuel, rempli de labyrinthes macabres et de figurants payés pour les faire sursauter, sans savoir qu’à l’intérieur rôde un tueur en série pour qui l’horreur est tout sauf un jeu…

"Dans ce jeu entre frissons préfabriqués et terreur réelle, Hell Fest trouve du carburant pour être autre chose qu’un navet écrit avec les pieds."

La plus incroyable anecdote à propos de ce Hell Fest, qui serait passé bien plus inaperçu chez nous avec une autre appellation, concerne le nombre de scénaristes qui se sont employés à écrire la chose. Pas moins de six scribouillards, et on présume autant de cerveaux, se sont relayés pour pondre un slasher qu’on aurait qualifié de novateur s’il était sorti en 1979 – avant le Massacre dans le train fantôme de Tobe Hooper, tiens, qui explorait la même idée de départ. Les personnages de Hell Fest, si l’on peut employer ce terme, se définissent comme souvent dans le genre par un unique trait de personnalité (Natalie est la « final girl » en puissance, Brooke la chaudasse de service, Taylor la rebelle écervelée, etc.). Le croquemitaine (affublé d’un masque sans charme) est dénué de tout background et motivation, en dehors d’un épilogue paresseux qui avait peut-être pour but de suggérer une possible séquelle – c’est raté. Le nombre restreint de protagonistes fait que Hell Fest se révèle chiche en mises à mort, pourtant l’unique raison de vivre des slashers, et celles-ci sont de plus peu mémorables.

Prêts pour la visite ?

Pourtant, dans ce jeu permanent entre frissons préfabriqués et terreur réelle, qui pointe du doigt une génération tellement blasée qu’elle pourrait confondre un vrai meurtre avec un divertissement grandeur nature, Hell Fest trouve un peu de carburant pour être autre chose qu’un navet écrit avec les pieds. Pas très flippant, à part lors d’une stressante séance de décapitation avortée, le film brille finalement surtout par le réalisme de ses décors festifs. Et pour cause : Hell Fest a été tourné au cœur du « Fright Fest » de Six Flags Over Georgia, une chaîne de parcs d’attractions américaine qui organise chaque année des animations à l’approche de Halloween. Géants costumés, salles de torture et décors étranges s’entrechoquent donc tout au long du film, qui s’apparente parfois plus à une visite guidée qu’à un moment d’angoisse.

L’équipe de production design est d’ailleurs devenue la véritable vedette du long-métrage, à tel point que ses techniciens ont conçu leurs propres maisons hantées pour soutenir la promotion virale de Hell Fest. C’est ce qui s’appelle boucler la boucle…