Hostiles : le western à l’ère Donald Trump

par | 16 mars 2018

Le western a-t-il encore quelque chose à nous offrir ? Réponse avec Hostiles, une plongée au cœur du Far ouest étonnante de maîtrise et qui ressemble beaucoup à l’Amérique d’aujourd’hui.

Qu’il est beau le western contemporain ! Enfermé dans une image poussiéreuse et désuète, enterré trop vite par Hollywood, il a su renaître. Car si tant de réalisateurs et d’acteurs confient volontiers qu’ils caressent le doux rêve de travailler au service de ce genre, ce n’est pourtant pas par simple nostalgie. Il s’agit surtout d’apporter leur pierre à cet imaginaire collectif, de contribuer à des œuvres d’une incroyable exigence et d’une complexité émotionnelle sans limite. Véritable miroir de l’Amérique des années 2010, le western moderne, dont Hostiles est un nouvel et fier représentant, fait écho à un pays malade, va-t-en-guerre et obsédé par la violence, mais également pétri d’exigence et d’espoir d’un avenir meilleur.

Une fiction classique mais pertinente

De Quentin Tarantino avec son excellent Django Unchained et son plus contesté Les 8 salopards aux frères Coen avec True Grit en passant par le petit écran (HBO avec son inoubliable Deadwood, Netflix avec son récent Godless), les créateurs de westerns ont compris l’importance de dépeindre des personnages complexes, bons ou méchants ou les deux à la fois. Chacun d’entre eux confronte le spectateur à ses propres démons et évoque les contradictions d’une société en perpétuelle évolution.

"Le western fait écho à un pays malade et obsédé par la violence, mais également pétri d’exigence et d’espoir d’un avenir meilleur."

Il a fallu à Scott Cooper une implication totale de ses acteurs pour appuyer la finesse de son scénario. Christian Bale, tout en force et en fragilité, fait évoluer son personnage de soldat jusqu’à des degrés d’émotion inattendus. Contre-pied classique de la virilité masculine, la frêle mais déterminée Rosamund Pike fait, quant à elle, la démonstration d’une force féminine remarquable pour combattre avec dignité ses traumatismes et prendre part à la bataille collective. Les hommes du capitaine, présentent quant à eux des facettes intéressantes : Jesse Plemons, toujours dans les bons coups, en soldat apeuré, le toujours intense Ben Foster, en pendant aliéné de la figure du héros de guerre, marquent particulièrement les esprits.

L’histoire, vécue du point de vue des soldats et de Rosalee, ne s’intéresse pas autant au point de vue Cheyenne, si taciturne que l’on devine pourtant à travers les regards intenses de Wes Studi (Into the WestPenny Dreadful et pour toujours Danse avec les loups), d’Adam Beach (Windtalkers) de Q’Orianka Kilcher (Le Nouveau Monde). Au bout de la route, les cadavres s’empilent, mais malgré le déchaînement de violence, le déchirement des âmes, l’incapacité des hommes à éviter l’affrontement, les armes pour un temps se taisent. Dans sa dernière seconde magnifique, Hostiles ose poser doucement, sans faire de vagues, presque timidement, un pas vers un nouveau chemin. Le voyage continue.

Le soldat, la veuve et le Cheyenne

Hostiles raconte un long voyage à l’aube du XXe siècle entre le Nouveau-Mexique et Montana, dans les terres arides du Far West qui s’éteint progressivement pour laisser la place à la Révolution industrielle. La lumière de Masanobu Takayanagi (Strictly criminal) donne une véritable intensité aux paysages désolés américains. Dans ce pays naissant, les combats entre les tribus aborigènes et les colons s’achèvent progressivement, même si les deux camps entretiennent une profonde haine mutuelle. Joseph Blocker (Christian Bale), un capitaine usé par les massacres et les traumatismes de la guerre est contraint d’escorter son plus rude adversaire Yellow Hawk (Wes Studi), chef Cheyenne mourant sur la terre de ses ancêtres afin d’y finir ses jours. En chemin, ils viennent à la rescousse de Rosalee Quaid (Rosamund Pike), après que les Comanches aient violemment abattu sa famille. Ce voyage confronte trois visages et trois visions d’une même nation contrainte, malgré leur profonde hostilité à s’unir pour survivre.

Il a fallu à Scott Cooper une implication totale de ses acteurs pour appuyer la finesse de son scénario. Christian Bale, tout en force et en fragilité, fait évoluer son personnage de soldat jusqu’à des degrés d’émotion inattendus. Contre-pied classique de la virilité masculine, la frêle mais déterminée Rosamund Pike fait, quant à elle, la démonstration d’une force féminine remarquable pour combattre avec dignité ses traumatismes et prendre part à la bataille collective. Les hommes du capitaine, présentent quant à eux des facettes intéressantes : Jesse Plemons, toujours dans les bons coups, en soldat apeuré, le toujours intense Ben Foster, en pendant aliéné de la figure du héros de guerre, marquent particulièrement les esprits.

L’histoire, vécue du point de vue des soldats et de Rosalee, ne s’intéresse pas autant au point de vue Cheyenne, si taciturne que l’on devine pourtant à travers les regards intenses de Wes Studi (Into the WestPenny Dreadful et pour toujours Danse avec les loups), d’Adam Beach (Windtalkers) de Q’Orianka Kilcher (Le Nouveau Monde). Au bout de la route, les cadavres s’empilent, mais malgré le déchaînement de violence, le déchirement des âmes, l’incapacité des hommes à éviter l’affrontement, les armes pour un temps se taisent. Dans sa dernière seconde magnifique, Hostiles ose poser doucement, sans faire de vagues, presque timidement, un pas vers un nouveau chemin. Le voyage continue.