Trois ans déjà que nous décortiquons sur BTW l’actualité des direct-to-video sous forme de critiques ou de sélections plus ou moins exhaustives. Mais jamais un mois n’aura ressemblé à celui de mars 2015 ! Tout comme dans notre dernière sélection, ces dernières semaines ont été pratiquement aussi chargées sur le front du DTV que peut l’être le calendrier des sorties cinéma. Oh bien sûr, il ne faut pas s’attendre à trouver cette fois-ci un large choix de comédies, de films d’auteur ou de drames expérimentaux : l’univers des inédits vidéo c’est un peu la nouvelle maison du film de genre, comme l’a en partie rappelé le récent line-up des sorties « e-cinema » du distributeur Wild Bunch.

[quote_center] »L’univers des inédits vidéo c’est un peu la nouvelle maison du film de genre. »[/quote_center]

Films de possession, films gores, trashs, polars très noirs ou séries B angoissantes à souhait, la sélection de mars est plus que jamais tournée vers le cinéma qui remue et tâche un peu, avec comme toujours quelques petites perles qui sortent du lot, et qui devraient rassasier ceux qui se lamentent de la pauvreté des sorties de ce style sur grand écran (à part The Lazarus Effect, il y a eu un film d’horreur au cinéma ces trois derniers mois ?). Faites-vous une raison : c’est dans votre canapé que ça se passe, désormais !

Comme vous avez l’habitude de le lire, la sélection inclut des DTV sortis à la vente et à la location, en format physique ou dématérialisé. Sans plus attendre, parce qu’il y a un paquet de films à vous présenter, bonne lecture. Et bonne chasse !


American Mary

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Jen et Sylvia Soska, avec Katherine Isabelle, Antonio Cupo

Sortie le 3 mars (Elephant Films)

Très remarqué au Bifff 2013, American Mary pourrait être défini comme une sorte de version féministe de Nip/Tuck. Ici, toutefois, pas de riches patients cintrés ou obsédés par la chirurgie esthétique, mais plutôt une galerie de freaks obsédée par les modifications corporelles, sur lesquels s’exerce la dite Mary (la vénéneuse Katherine Isabelle, qui depuis a montré sa frimousse dans Being Human ou Hannibal), étudiante en médecine tellement douée avec son bistouri qu’elle accepte des opérations clandestines pour arrondir ses fins de mois. La suite, c’est un drame horrifique plutôt décousu (sic), qui, devant la caméra de ses deux réalisatrices, les sœurs Soska (qui font un caméo d’anthologie) se transforme en plaidoyer maladroit, mais sincère sur le droit à la différence et l’émancipation féminine. Les hommes, tous présentés comme des obsédés sexuels ou des brutes en puissance, en prennent pour leur grade et passent un sale quart d’heure une fois sous l’emprise de Mary. Dommage que ce programme rentre-dedans soit handicapé par un traitement narratif qui vire parfois à l’invraisemblable, et une facture artistique quelque peu anonyme.

Lire la critique complète ici


Tusk

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Kevin Smith, avec Michael Parks, Justin Long, Genesis Rodriguez

Sortie le 11 mars (Sony)

Tiré d’une émission de radio elle-même inspirée par une fausse petite annonce digne d’un poisson d’avril, Tusk marque le retour de Kevin Smith, quelques années après Red State, au film d’horreur, sur la foi d’un pitch pour le moins absurde. Dans Tusk, un animateur radio incarné par l’exubérant Justin Long s’intéresse lors d’un reportage au Canada à un curieux vieil homme (Michael Parks et son regard torve), passionné de morses, à un point qu’il n’imagine même pas… L’entretien se transforme vite en cauchemar sanglant pour le héros, tandis que sa copine et son meilleur ami se lancent à sa recherche. Moitié pantalonnade, moitié huis-clos taré, Tusk est une bien curieuse proposition de la part de Smith, qui semble lui-même ne pas savoir s’il doit traiter ce mince argument sérieusement ou sur le ton de la blague. Le fait qu’il ne parvienne pas à choisir handicape le résultat, vraiment bancal et parfois même foireux (la faute à qui-vous-savez-peut-être), mais l’étrangeté persistante du projet fait que le film reste malgré tout en mémoire après coup.

Lire la critique complète ici


Why don’t you play in hell ?

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Sono Sion, avec Jun Kunimura, Hiroki Hasegawa

Sortie le 25 mars en DVD (Luminor)

Impossible de résumer ici en quelques lignes la folie créatrice qui imprègne Why don’t you play in hell ?. L’un des derniers bijoux en date de l’iconoclaste japonais Sono Sion, cette déclaration rageuse d’amour du cinéma profite de son pitch kamikaze (une bande de doux dingues décidés à tourner un film se retrouve au beau milieu d’une guerre entre yakuzas) pour cligner de l’œil à Truffaut, en donner pour son argent à Tarantino, et tirer plus généralement son chapeau à tout un pan de la culture cinéphile nippone. Sion, réalisateur hyperactif, mais toujours précis, se montre ici encore fin observateur de la société, bardant son film de fulgurances pop, gore, comiques ou totalement nihilistes, avec l’acharnement d’un débutant surdoué. Le vrai scandale dans cette sortie inespérée (en version director’s cut, plus court de 9 minutes et sans générique de fin), c’est qu’elle n’ait pas eu lieu en format haute définition. Dommage !

Lire la critique complète ici


Open Grave

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Gonzalo Lopez Gallego, avec Sharlto Copley, Thomas Krestchmann

Sortie le 3 mars (Factoris Films)

Au petit jeu des réveils pourris, John (un Sharlto Copley baraqué) a gagné la palme. Se réveillant avec forces craquements d’os sur un tas de cadavres, John, coincé dans un charnier à ciel ouvert (une « open grave » donc), ne doit son salut qu’à une énigmatique femme asiatique. John est amnésique et il n’est pas le seul : les personnages d’Open Grave sont, comme dans un épisode La quatrième dimension, tous en quête d’identité. Où sont-ils ? Qui sont-ils ? Et pourquoi ce charnier ? Des questions, le dernier film de l’espagnol Lopez-Gallego (Apollo 18, mais surtout Les Proies) en pose beaucoup, ce qui excite forcément l’amateur de mystères échevelés. Les réponses, le scénario mettra du temps à les apporter, au fil de nombreux allers-retours dans de désertiques décors hongrois, et de dialogues peu réalistes. La résolution de cette énigme conférera une certaine ambiguïté aux motivations des personnages, qui doivent affronter sans le savoir les conséquences de leurs actes et de leurs choix passés. Production modeste, visuellement terne et qui rechigne rarement à remplir du vide avec une pelletée de flash-backs fragmentés, Open Grave se rachète toutefois lors d’un épilogue assez cruellement ironique, et étonnamment impressionnant.


Inferno

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film des frères Pang, avec Lau Ching-Wan, Louis Koo

Sortie le 10 mars (Condor Entertainment)

Vous souvenez-vous de The Tower, dont nous avions parlé dans une précédente sélection ? Ce décalque creux, mais impressionnant de La Tour Infernale a trouvé son pendant hong-kongais avec Inferno, qui marque le retour en commun à la réalisation des frères Pang (The Eye), qui n’avaient pas tenu la caméra ensemble depuis Child’s eye en 2010. À eux les buildings en flamme et les explosions en cascade, dans ce film catastrophe qui oppose, un peu comme Backdraft, deux frères pompiers incarnés par les excellents Louis Koo et Lau Ching-Wan, au cœur d’un gigantesque incendie. Les clichés pleuvent autant que les poutres en béton dans ce divertissement aux effets spéciaux hésitants, qui gagne, une fois n’est pas coutume, à être vu dans son format 3D native. Logique, lorsqu’on sait qu’une bonne partie du brasier montré à l’écran est numérique…

Lire la critique complète ici


Grace : la possession

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Jeff Chan avec Alexia Fast, Joel David Moore

Sortie le 4 mars (Sony)

S’il y a bien un sous-genre encore plus épuisé stylistiquement que le found footage, c’est bien le film de possession. Peu de longs-métrages ont réussi à apporter quelque chose à cet univers balisé de A à Z par un seul film nommé L’Exorciste. Pour son premier essai, le réalisateur Jeff Chan s’est risqué à la fois à aborder ces rivages déjà très empruntés, avec une histoire plus que familière, et à adopter le principe visuel du found footage. Enfin presque : l’originalité de Grace : la possession (titre ô combien pragmatique) tient dans son concept, qui est de suivre la possession de la jeune fille, couvée par une grand-mère bigote et découvrant ingénument la vie à l’université, en vue subjective. Passé un prologue classique et un zoom sur sa nuque, le film se déroule ainsi entièrement à la première personne, alors que Grace (Alexia Fast, Captives), qui n’a pas conscience qu’une entité l’habite, hallucine devant sa glace ou en pleine soirée de débauche. L’effet est plutôt réussi, et permet de passer outre les énormes ficelles employées pour parvenir au climax du film, où un exorcisme improvisé prend soudain des allures de jeu vidéo démoniaque. Une petite série B pas renversante, donc, mais qui a le mérite d’avoir tenté quelque chose de complètement inédit (à part dans un sketch d’ABC of Death).


Les âmes silencieuses

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de John Pogue avec Jared Harris, Sam Claflin, Olivia Cooke

Sortie le 26 mars (Metropolitan)

La transition avec Grace est grâce aux Âmes silencieuses toute trouvée : cette nouvelle production Hammer, qui arrive après le succès de La dame en noir, montre à quel point il est difficile de surprendre le public dans le domaine des films de possession si on ne fait un tant soit peu d’efforts. L’argument choisi par John Pogue (En quarantaine 2, génial…) sur ce coup est l’habituel « basé sur des faits réels ». L’histoire, qui rappelle forcément La maison du diable, se passe en 1974, alors qu’un vieux professeur (Jared Harris, Sherlock Holmes 2) invite deux élèves à participer avec lui à une expérience scientifico-médicale pour soigner Jane (Olivia Cooke, The Signal), jeune fille qui se dit possédée par une entité malveillante. Les sessions sont filmées, ce qui fournit une fois de plus un prétexte au retour de la caméra portée parkinsonienne. Le film n’ira pas plus loin que son prévisible argument de départ : passée une mise en route soignée, Pogue se repose sur son mixage sonore, ses jump scares moisis et une opposition paresseuse entre mysticisme et foi scientifique pour emballer un film fantastique très oubliable, où même les séquences censément les plus terrifiantes se déroulent hors-champ ou derrière une porte, faute d’inspiration.


Disconnect

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Henri Alex Rubin avec Alexander Skarsgard, Jason Bateman

Sortie le 3 mars (Universal)

Marotte régulière des DTV, le drame choral à l’américaine trouve ce mois-ci un nouveau représentant, plus soigné que la moyenne, avec Disconnect, première fiction de Henri Alex Rubin, auparavant réalisateur de l’excellent documentaire Murderball. Cette fois, c’est Internet qui est au centre de cette mosaïque éclatée en quatre intrigues aux intérêts forcément variables. Fraude en ligne, humiliation virale qui  tourne mal, et chat rooms illicites, autant de points de départ qui servent avant tout à pointer paradoxalement du doigt les extrémités vers lesquelles le manque de communication « réelle » peut nous pousser. Il s’agit moins d’une mise en accusation des nouvelles technologies que d’un appel urgent à nous « reconnecter », à briser cette illusion de vie en communauté que les réseaux sociaux construisent pour nous. Forcément, le propos est lourdement asséné au travers d’histoires un peu trop bardées de coïncidences et de facilités, mais l’excellence du casting et l’intelligence du montage permettent, et c’est le plus difficile, à chaque personnage d’imprimer sa marque.


Sacrifices of War

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Zhang Yimou avec Christian Bale, Zhang Xinyi

Sortie le 18 mars (TF1 Vidéo)

Vous êtes à la recherche d’une vraie curiosité ? Un coup d’œil s’impose alors sur Flowers of War, inexplicablement retitré Sacrifices of War, énorme production chinoise datant de 2011 qui ne trouve qu’aujourd’hui le chemin de la France. Pourtant, le film est signé Zhang Yimou, réalisateur de Hero, Vivre ou dernièrement Coming Home avec son ex-femme Gong Li. Et surtout, Sacrifices of War s’est payé comme tête d’affiche rien moins que Christian Bale. Le dernier Batman en date est ici un thanatopracteur américain projeté malgré lui au cœur du massacre de Nankin, tombé en 1937 aux mains des Japonais, lesquels tuèrent pratiquement toute la population de ce qui était alors la capitale. Bale se fait passer pour un prêtre afin de protéger les jeunes pensionnaires du couvent catholique, et un groupe de prostituées venu chercher refuge. Il y a vingt ans, Yimou aurait tiré de cette histoire en partie vraie un mélodrame beau, mais rude et tout en retenue. Mais Yimou a changé, et Sacrifices of War est un mélodrame traversé de belles fulgurances, mais pompier à souhait. La guerre, le désespoir, la perte de l’innocence, la rédemption accélérée d’un Bale très mal dirigé, tout y est traité avec emphase et sans nuances. Le film doté d’impressionnants décors de Nankin en ruines n’est malgré tout pas sans qualités, mais elles ne font pas le poids si on le compare au chef d’œuvre définitif sur le sujet, le City of Life and Death de Lu Chuan.


Tomie Unlimited

Inédits vidéo : la sélection de mars

Un film de Noboru Iguchi avec Moe Arai, Miu Nakamura

Sortie le 3 mars (Elephant Films)

Kamikaze initiative que celle d’Elephant Films, qui a poursuivi en mars sa politique d’édition des bandes nippones psychotroniques made in Sushi Typhoon. Des productions fauchées, dont le titre sert de note d’intention, et qui font le bonheur des séances de minuit dans les festivals spécialisés. Zombie Ass (sous-titré Toilet of the dead pour plus de subtilités), Dead Sushi, Samurai Princess, et donc Tomie Unlimited arrivent donc de manière inespérée sous nos latitudes. Tomie Unlimited, que l’on doit au spécialiste du genre Noboru Iguchi, est de loin le titre présentant le plus d’intérêt, puisqu’il s’agit de la neuvième itération de la populaire franchise Tomie, ayant pour à chaque fois pour méchante une jeune fille devenant un fantôme, et possédant pour particularité de pouvoir générer un nouveau corps à partir d’une seule de ses cellules. Chaque Tomie est interprétée par une actrice différente, et Iguchi tire le meilleur parti de ce postulat cinglé en brodant un film de fantômes grotesque et surréaliste, se déroulant pour l’essentiel dans la maison de Tsukiko, sœur de Tomie, confrontée à son spectre qui se plait à apparaître partout, sous des formes et dans des endroits inattendus… Le film tient du cauchemar hallucinogène, jusqu’à un perturbant dénouement où le cycle recommence de plus belle. Vous êtes prévenus : on ne se débarrasse pas de Tomie comme ça…


Et aussi


La sélection Pas vu au ciné de mars sur Amazon