Inédits vidéo : la sélection DTV d’août

Depuis bientôt cinq ans, nous traquons dans cette prolifique rubrique « Pas vu au ciné » de l’actualité d’un médium sans cesse changeant. Entre format physique et dématérialisé, entre DVD et Blu-Ray, l’offre ne cesse de nous surprendre par son côté incertain, ses choix tantôt dictés par l’économie (la VOD coûte, quoiqu’on en dise, moins cher à distribuer qu’un disque), tantôt par le goût du risque (comme celui de sortir un film parfaitement inconnu dans une luxueuse édition HD). L’arrivée tranquille d’un mastodonte de la SVOD comme Netflix, avec ses brouettes d’inédits lancés sans fanfare, a continué cette année de bouleverser la donne. Contraints de sélectionner, toujours plus, nos titres, nous sommes parfois bien peu de choses face à cette jungle de DTV qui s’amoncelle ! Quoi faire ? Que voir ?

Comme chaque mois, nous nous en sommes tenus aux sorties officielles et accessibles à tous. Avec un mois d’août chargé en titres (mais pas en chef d’œuvre), il a fallu faire des choix. N’hésitez pas à réagir dans les commentaires (non, mais vraiment, vous avez le droit !), et faites-nous part de vos coups de cœur. Bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


Manipulations

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Un film de Shintaro Shimosawa, avec Anthony Hopkins, Al Pacino, Josh Duhamel

Sortie le 24 août en DVD et Blu-ray (Marco Polo)

Pas mal

Le coup du thriller affairiste mettant en vedette un jeune loup manipulé par deux vieux grigous incarnés par des mégastars, ça n’est pas Manipulations qui l’a inventé : Paranoïa, avec Harrison Ford et Gary Oldman, s’y était collé, et avait d’ailleurs aussi écopé du traitement DTV. Cette fois, ce sont Al Pacino et Anthony Hopkins, impliqués mais en pilotage automatique, qui jouent les parrains de luxe d’un petit divertissement du samedi soir, pas honteux, mais parasité par d’innombrables grosses ficelles. Le héros, Ben (Josh Duhamel, moyen comme toujours), est un avocat un poil antipathique qui veut s’en prendre à un groupe pharmaceutique dirigé par Hopkins. Il devient sans le vouloir le pigeon d’un énorme chantage mâtiné de meurtre. Un scénario alambiqué (alors que tout est finalement très simple) qui permet notamment d’apercevoir Lee Byung-Hun (I saw the devil) en tueur à gages émotionnellement brisé, mais qui déclenche sinon peu de moments d’insoutenable suspense. Manipulations a un petit côté amoral qui s’avère bien exploité, mais ce qu’on retient surtout, c’est la tendance au ronronnement tranquille (milieu bourgeois, violence « safe », manichéisme simpliste) typique des polars pantouflards.

À voir… si vous aimez les thrillers pas trop pressés et les cachetonnages de stars.


Pelé, naissance d’une légende

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Un film de Michael et Jeff Zimbalist, avec Kevin de Paula, Vincent d’Onofrio

Sortie le 3 août en DVD et Blu-ray (Wild Side)

Pas mal

Sans doute l’un des sportifs les plus célèbres et importants du XXe siècle avec Muhammad Ali, Pelé passe enfin par la case cinéma avec un film qui n’a, c’est clair, pas le calibre d’une œuvre de Michael Mann. Centré sur l’enfance de la star du foot brésilien, une graine de génie qui s’extirpe de son quartier pauvre par la seule force de son « style samba », Naissance d’une légende singe l’hyperactivité du Danny Boyle de Slumdog Millionnaire, bien aidé par la photo contrastée de Matthew Libatique. Les deux acteurs (ou plutôt les deux élus, vu l’épreuve de force que représentait le casting) incarnant Pelé sont crédibles et attachants, et les séquences de match s’avèrent tantôt réalistes, tantôt spectaculaires, malgré leur surdécoupage. Ce qui déçoit, c’est le manque de nuances et d’enjeux du scénario, qui se réduit à un affrontement entre le monde du ballon rond et le jeu brimé d’un prodige qui ne demande qu’à laisser parler son talent. Tout est simplifié pour faire de Pelé l’outsider ultime, de ses origines sociales à sa petite taille en passant par son jeune âge (il était le plus jeune joueur de la Coupe du Monde 1958), alors que l’Histoire s’est chargée de nous apprendre qu’il n’avait laissé aucune de ces barrières l’arrêter. Le résultat manque donc de surprises et de force, même s’il compense ces lacunes par une vraie énergie.

À voir… si vous aimez le football brésilien « à l’ancienne », les biopics sportifs qui finissent bien, si vous êtes nostalgiques d’À nous la victoire.


Le Casse

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Un film d’Alex et Benjamin Brewer, avec Nicolas Cage, Elijah Wood

Sortie le 3 août en DVD et Blu-ray (Metropolitan)

Pas mal

C’est le lot désormais de tous les direct-to-video qui échouent entre nos mains et figurent Nicolas Cage en tête d’affiche. Malgré tout l’amour que l’on porte à l’acteur oscarisé de Leaving Las Vegas (jetez donc un coup d’œil à notre Top 10 pour le prouver), ses choix de carrière l’ont confiné dans une ornière peu reluisante, celle de la série B – voire Z – fauchée à la limite du regardable. Le Casse, premier long des frères Brewer, arrive donc d’autant plus comme une petite surprise. Cage retourne pour les besoins de ce polar à Vegas, en compagnie d’un excellent Elijah Wood : les deux comédiens y incarnent deux flics rongés par l’ennui et l’apathie, mais qui retrouvent un semblant d’énergie en planifiant le casse d’un coffre-fort découvert au détour d’une enquête. Le scénario met patiemment en place les détails de cette opération, avec les ingrédients attendus qui grippent vite la machine. Pour des débutants, les Brewer savent insuffler du style dans ce sous-genre si fréquenté, grâce à une BO entêtante et un montage limpide et dynamique. Mais c’est sans doute Cage qui fascine le plus dans cette mécanique carrée. Qu’il déguste du citron au tabasco, se tartine le nez de crème solaire en plein dialogue ou renifle étrangement, l’acteur, habitué aux apartés excentriques, transforme chaque scène en exercice d’improvisation. Ces dérapages contrôlés servent l’ambiguïté de son personnage, qui passe de bizarre à dangereusement bizarre, face à un Wood impassible et inquiet. De quoi donner du cachet à ce petit polar sec et sans bavures, qui détonne juste par l’apparition fugace de Jerry Lewis, le temps d’un caméo difficilement compréhensible.

À voir… si vous aimez le Nicolas Cage des grands jours, les films de braquage sans chichis, l’ambiance poisseuse et désertique de Las Vegas.


600 Miles

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Un film de Gabriel Ripstein, avec Tim Roth, Harrison Thomas, Kristyan Ferrer

Sortie le 19 août en DVD et Blu-ray (Seven7)

Á éviter

Sélectionné l’an passé au Festival de Beaune, dans la catégorie « Sang Neuf », 600 Miles est effectivement un premier film, signé du réalisateur mexicain Gabriel Ripstein. Alors que Sicario a cette même année rappelé que la guerre anti-drogue entre les USA et les cartels mexicains fournissait toujours un bon carburant dramatique au cinéma, 600 Miles choisit lui la voie de l’inertie, avec une sorte de road movie centré sur une jeune « mule » transportant des armes à travers la frontière, et un agent de l’ATF, Hank Harris, joué par Tim Roth. Le premier kidnappe le second quand celui-ci tente de l’arrêter, et doit sortir vivant du Mexique sans que les deux se fassent tuer. Influencé apparemment par les frères Dardenne (il a été chercher leur directeur photo), Ripstein compose un thriller fait de longues prises, sans raison ni fin, d’où tout rythme et énergie est absent. Certes, 600 Miles a un côté ultra-réaliste qui colle à l’ambition de son sujet, mais l’échappée étrange des deux héros s’enlise vite dans les partis-pris prétentieux de son auteur, qui filme des visages en espérant y déceler du drame, sans réussite. Le générique de fin, dans cette même veine détachée, tient presque de l’auto-parodie, si toutefois vous parvenez à rester éveillé jusque-là.

À voir… si vous aimez les thrillers sans tension, Tim Roth sous Lexomil, les plongées au cœur d’un cartel filmées comme un drame social dardennois.


 Cœur de bronze

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Un film de Bryan Buckley avec Melissa Rauch, Gary Cole, Haley Lu Richardson

Sortie le 1er août en VOD (Sony Pictures)

Pas mal

Dans la catégorie des films sportifs improbables, voici venir Cœur de bronze, une addition toute personnelle au genre, emmenée par l’une des stars de The Big Bang Theory, Melissa Rauch. Dans le rôle de Hope Annabelle Gregory, star médaillée de la gymnastique qui vit de sa gloire passée dans son patelin natal, elle est le cœur et l’âme d’une comédie estampillée Sundance (c’est produit par les frères Duplass) et dans l’air du temps. Derrière un côté gentiment trash – Hope est une moissonneuse à jurons, et démontre son agilité dans une scène de sexe surréaliste et vulgos -, il s’agit finalement de la même recette des films du genre, appliquée à un sport rarement illustré au cinéma. Soit un personnage impossible à aimer (imaginez Bad Santa avec un jogging aux couleurs des USA), qui entame une rédemption tardive et trouve l’amour et le respect de soi, après avoir appris de ses – multiples – erreurs. Niveau rires, Cœur de Bronze tient la distance, même s’il use et abuse de gags faciles (des cookies à la beuh, des injures imagées et sexuées, l’ex-petit ami à l’ego surdimensionné), et fait vraiment tout pour rendre sa championne ronchonne antipathique. Un bon petit 6/10 pour nous, messieurs les juges.

À voir… si vous aimez les films de sports malpolis et obsédés par le sexe, si vous voulez voir la gentille Bernadette sous un autre jour.


Iceman

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Un film de Law Win-Cheong, avec Donnie Yen, Simon Yam, Yu Kang

Sortie le 17 août en DVD et Blu-ray (M6 Vidéo)

Á éviter

Pour le meilleur, et aussi pour le pire, Donnie Yen fait partie de ces stars asiatiques dont la filmographie est suivie de près par les distributeurs francophones. Contrairement à un Andy Lau, il est rare qu’un de ses films reste longtemps inédit chez nous, mais dans le cas d’Iceman, disons-le tout net, on aurait pu attendre encore un peu plus longtemps. Remake plus ou moins avoué des Guerriers du temps, où deux combattants ennemis voyageaient dans le temps jusqu’à notre époque, Iceman est pourtant l’œuvre d’un artisan compétent, Law Win-Cheong, protégé de Johnnie To qui s’était fait la main avec un spin-off de PTU. Las, cette production conçue pour la 3D (ce qui veut dire abus d’objets projetés vers l’écran et de gros plans en grand angle) nous fait replonger dans les pires heures de l’exploitation HK : la comédie y est hystérique, les combats et cascades over the top (et optimisés à l’aide d’effets numériques atroces), le script à pleurer de bêtise – l’artefact au centre de l’intrigue est le pénis d’une statue divine… -, et Donnie Yen, quand il n’est pas ridiculisé par son surjeu, doit être utilisé à peine à 10 % de son potentiel. Bon, Iceman 2 arrivant en 2017, ça a du bien marcher en Chine, mais ne vous pressez pas pour nous le faire parvenir, celui-là…

À voir… si vous êtes un fan inconditionnel de Donnie Yen, si les voyages dans le temps en 3D, c’est votre dada.


James White

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Un film de Josh Mond avec Christopher Abbott, Cynthia Nixon, Kid Cudi
Sortie le 30 août en VOD (Diaphana Films)

Incontournable

Dans ce premier film très personnel, primé à Deauville l’année dernière, Josh Mond pose une question délicate et universelle : comment réagir face à la disparition imminente d’un proche, qui nous renvoie à notre propre vision de l’existence ? Le réalisateur agrippe le spectateur et l’entraîne dans la tête meurtrie de James White, qui après le décès de son père doit affronter la maladie incurable de sa mère. Face à ces épreuves impossibles à surmonter, il se noie dans l’alcool et mène une vie sans lendemain. Mais il va devoir se dépasser pour venir en aide à sa mère, qui n’a que lui. James White repose totalement sur un duo d’acteurs tragiques, émouvants et authentiques : Christopher Abbott (Whiskey Tango Foxtrot, Girls) incarne le fils en déshérence et une surprenante Cynthia Nixon (l’une des filles de Sex in the City) sa maman atteinte d’un cancer. Ensemble, ils donnent une leçon de vie autour des doutes et des questionnements inévitables qui surviennent, lorsque la mort arrive trop tôt. Un film bouleversant en forme de thérapie pour son réalisateur, dans lequel certains se retrouveront peut-être.

À voir… si vous êtes sensibles à la question de la fin de vie et si vous voulez voir Cynthia Nixon offrir la performance de sa carrière.


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