Inédits vidéo : la sélection DTV de janvier 2017

Nouvelle année pour notre rubrique Pas vu au ciné, et nouvel embouteillage en prévision du côté de la distribution vidéo et surtout de la VOD, qui a repris quelques couleurs l’an passé. Certaines initiatives marquantes, comme le e-Cinéma, tardent certes à prendre leur envol. Mais l’offre d’inédits est de plus en plus vaste et constante, ce qui fait, vous vous en doutez, notre bonheur, même si la diversité n’est pas forcément toujours synonyme de qualité !

Dans cette jungle permanente que nous tâchons de débroussailler de manière exhaustive, il nous faut comme d’habitude faire des choix et limiter nos chroniques à une poignée de titres. Mais si nous avons oublié un bijou sur le bas chemin, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires. Bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


Insiders

Un film de Daniel Calparsoro, avec Luis Tosar, Raul Arevalo, Rodrigo de la Serna

Sortie le 31 janvier en Blu-Ray et DVD (Condor)

Pas mal

Vous vous souvenez d’Inside Man, film futé et plein de surprises signé Spike Lee ? Vous ne serez pas dépaysé par Insiders, alias Cien anos de perdon, son habile équivalent espagnol réalisé par Daniel Calparsoro, réalisateur plutôt orienté divertissement commercial. Il dirige ici les habitués du polar que sont Luis Tosar et Jose Coronado, dans une histoire de braquage de banque à Valence, qui se transforme bien vite en prise d’otages cachant un complot anti-gouvernemental… Comme toujours dans ce style de scénario, l’intérêt naît d’abord des motivations secrètes des personnages, qui ont un plan bien huilé et préparé à l’avance, puis des obstacles mis sur leur route (ici une inondation diluvienne). Nous sommes en quelque sorte en terrain conquis, avec une intrigue familière, une réalisation tape-à-l’œil et un casting assez homogène pour convaincre (seul Rodrigo de la Serna, le leader de la bande, paraît assez transparent). Insiders marque aussi des points en distillant dans son suspense une charge anti-corruption assez agressive, mais Calparsoro n’est pas Costa-Gavras. Juste un habile artisan, qui sait tirer le meilleur des décors très photogéniques de Valence.

À voir… si vous aimez le film de genre espagnol et ses stars, si les plans sans accroc ne sont pas votre truc.

Lire la critique d’Insiders


Howl

Un film de Paul Hyett, avec Shauna MacDonald, Ed Speleers, Amit Shah
Sortie le 11 janvier en VOD (L’Atelier d’Images)

Pas mal

Un film de loup-garou, ça faisait longtemps ! Celui-ci vient d’Angleterre, et est réalisé, ça n’est pas un hasard, par Paul Hyett, chef maquilleur réputé (il a travaillé sur pratiquement tous les longs de Neil Marshall). Dans Howl, l’originalité vient du fait que les victimes en puissance sont les passagers d’une sorte de TER à l’anglaise, qui tombe en panne au mauvais endroit, au mauvais moment. Le scénario cauchemar de la SNCF commence alors : des lycanthropes, qui pullulent dans ce coin de campagne paumée, s’attaquent au train avec pour objectif de boulotter tout le monde sans discrimination, du timide contrôleur au resquilleur un peu voyou. Budget compressé oblige, les attaques des loups-garous, élancés et voraces, sont plutôt rares, mais pensées pour un maximum d’efficacité. Les SFX ne sont pas toujours à la hauteur, les dialogues plutôt pauvres et le dénouement pas vraiment satisfaisant, mais si vous êtes en manque d’horreur ferroviaire après Dernier train pour Busan, Howl devrait faire votre bonheur !

À voir… si vous êtes en manque de lycanthropes énervés, si rentrer chez vous à pied sur une voie ferrée constitue votre pire cauchemar.


Popstar

Un film de The Lonely Island, avec Andy Samberg, Jorma Taccone, Akiva Schaffer

Sortie le 3 janvier en DVD (Universal) 

Incontournable

Si vous avez déjà chantonné le refrain atrocement catchy des tubes I’m on a boat, I just had sex ou encore l’exquis My dick in a box, vous êtes déjà familiers de l’humour potache et irrésistible du trio Lonely Island. Rejeton inévitable du Saturday Night Live, le vraix/faux groupe composé d’Andy Samberg, Jorma Taccone et Akiva Schaffer a contribué dès sa naissance à faire le succès de YouTube, grâce à ses clips et sketches parodiant le R’n’B américain. Le passage au long-métrage, avec le bien-nommé Popstar (sous-titré en anglais Never stop never stopping, grandiose approximation grammaticale), était inévitable, et s’opère sous le patronage de Judd Appatow, devenu étrangement le spécialiste des comédies interdites de salles en France. Lonely Island mettait en boîte le gratin de la pop commerciale à coup de chansons stupides : Popstar égratigne lui les reportages surdramatisés de VH1 ou les documentaires sur Justin Bieber. Samberg y incarne Conner4Real, chanteur dont l’ego a grandi aussi vite que les ventes de son premier album, lui faisant perdre l’amitié de ses deux anciens potes de scène. Comme dans Spinal Tap, la bêtise congénitale des personnages de Popstar permet d’enchaîner à un rythme soutenu les gags surréalistes, de la séance d’autographe sur pénis au casque façon Daft Punk qui rend aveugle, en passant bien sûr par la BO, qui déborde d’hymnes couillons typiques de Lonely Island. Appatow oblige, le film dévie un peu trop vers la fin vers la bromance rédemptrice et gentillette, mais la folie explicite et naïve de ses trois héros suffira à faire le bonheur des mélomanes avertis !

À voir… si vous connaissez Turtleneck & Chain par cœur, si vous aimez les caméos inattendus, les gags qui tapent sous la ceinture.


31

Un film de Rob Zombie, avec Sheri Moon Zombie, Meg Foster, Malcolm McDowell

Sortie le 2 janvier en Blu-Ray et DVD (Seven7)

Pas mal

Trop subversifs, trop sanglants ? Depuis Halloween, il n’y a en tout cas plus de place dans les multiplexes pour accueillir les films de Rob Zombie, cinéaste rentre-dedans, qui continue de labourer, pour le bonheur de ses fans, le même sillon horrifique, à rebours de toutes les modes. 31, cela se voit vite, est un film dégraissé à l’extrême narrativement : ça se passe dans le Sud, il y a des victimes innocentes mais pas trop, prises au piège par une bande de tueurs carnavalesques, dans un décor unique et rougeoyant aux allures de cirque des enfers. La chérie de Rob, Sheri Moon, truste toujours le haut de l’affiche, tout comme les gueules fidèles au cinéaste comme Malcolm McDowell. Derrière le soin apporté à la direction artistique, il y a aussi le talent manifeste de l’artiste pour imaginer des créatures maléfiques marquantes : la star de 31, c’est Doom-Head (Richard Brake), digne descendant psychotique des méchants de The Devil’s Rejects, et bobine inoubliable pour les amateurs de barbaque en manque de cauchemars.

À voir… si vous aimez les films qui secouent fort, les univers sans concession, l’imagerie Redneck sadique de Rob Zombie.

Lire la critique de 31


Turbo Kid

Un film d’Anouk et Yoan-Karl Whissell, François Simard, avec Munro Chambers, Michael Ironside

Sortie le 27 janvier en VOD

Pas mal

Conçu pour être dégusté idéalement lors d’une séance de festival chauffée à blanc (ce fut le cas au BIFFF belge, où il fut présenté en avant-première), Turbo Kid est une production canadienne qui ne paie pas de mine. Avec son univers post-apocalyptique réduit à quelques carrières désaffectées et usines éventrées, ses poursuites en BMX, son enfilade de personnages ubuesques et grotesques écopant de dialogues caricaturaux, Turbo Kid flirte même souvent avec la série Z. Le concept, c’est que l’hommage au bis rital, aux costumes fluo, au gore prosthétique et aux années 80 de manière générale est ici totalement assumé et revendiqué. Ce film collectif volontairement kitsch joue sur le décalage permanent entre action « épique » et imagerie rétro-plastique pour gagner, petit à petit, ses galons d’OVNI revigorant et potache. Le héros est un gamin découvrant la combinaison surpuissante (enfin, « combinaison » est un grand mot) qui va faire de lui le « turbo kid »… et lui permettre de faire exploser ses adversaires dans de grandes gerbes de sang. Car oui, aussi innocent qu’il puisse paraître avec ses héros ados, Turbo Kid est aussi joyeusement gore, creusant le sillon d’un cinéma alternatif bricolé et excessif à grands coups de corps sectionnés et d’amputations express au disque circulaire. Avis aux amateurs !

À voir… si vous aimez les séries B rétro et kitsch, les BO façon synth wave, si vous voulez revoir la trogne patibulaire de Michael Ironside.

Lire la critique de Turbo Kid


USS Indianapolis

Un film de Mario Van Peebles, avec Nicolas Cage, Tom Sizemore, Thomas Jane

Sortie le 4 janvier en Blu-Ray et DVD (Marco Polo)

Pas mal

Tout le monde a en mémoire le monologue culte de Robert Shaw dans Les dents de la mer, sur son périple à bord de l’USS Indianapolis, le fameux bateau qui avait « livré la bombe » (atomique) avant d’être coulé par les Japonais, condamnant une partie de l’équipage à être dévoré par les requins. Un monologue dont plusieurs scénaristes, dont John Milius, se disputent la paternité, mais passons. Tout le monde a également rêvé de voir ce récit épique reconstitué à l’écran. C’est désormais chose faite avec USS Indianapolis, production mi-friquée, mi-fauchée, réalisée par Mario Van Peebles (qui est donc toujours en activité), ayant embarqué à son bord un casting très bis : Tom Sizemore, Thomas Jane, et surtout Nicolas Cage, qui semble jouer bien quand ça lui chante (une scène sur trois, donc). Le résultat, au vu des moyens investis, n’est pas mauvais, mais pas grandiose non plus – dès que le film dégaine des plans larges de bateaux et d’avions, ça fait mal. À vrai dire, USS Indianapolis aurait mérité un traitement à la Titanic, tant le récit s’articule autour des mêmes séquences (départ, voyage, naufrage, survie, épilogue). Le fait qu’il s’agisse d’une histoire vraie – les survivants apparaissent dans le générique de fin – rajoute à sa dimension nécessaire, et prenante. Le film leur rend enfin justice, mais il est permis de penser qu’ils auraient mérité encore mieux.

À voir… si vous aimez les récits de survie, si vous n’aimez pas les requins, si vous voulez poursuivre votre étude du jeu hors-norme de Nicolas Cage.


Increvable (Kill Me Three Times)

Un film de Kriv Stenders, avec Simon Pegg, Teresa Palmer, Alice Braga

Sortie le 3 janvier en VOD et DVD (Universal)

Á éviter

Croyez-le ou non, mais plus de 20 ans après la sortie de Pulp Fiction, il sort encore dans le monde des longs-métrages que l’on peut qualifier sans risque de « tarantinade ». Des polars légers qui maltraitent la temporalité, se délectent de leur cynisme et de leur violence rigolarde, et s’imaginent toujours plus malins que leur voisin. Dans Increvable, production australienne financée, on l’imagine, par le ministère du tourisme (les paysages côtiers sont vraiment paradisiaques, et bien déserts), un Simon Pegg moustachu et habillé de noir joue un tueur à gages ballotté entre plusieurs couples adultères et un shérif véreux, tous pressés de s’entretuer pour l’argent. Divisé artificiellement en plusieurs actes explorant les motivations de chaque personnage, Increvable complique de fait inutilement une intrigue poussive et invraisemblable (notamment sur ce que cache le personnage de Pegg), qui réussit l’exploit de rendre l’intégralité de ses personnages antipathiques au dernier degré. Suivant le degré de sympathie que l’on éprouvera pour un thriller faussement cool et arrivant avec une bonne décennie de retard, Increvable pourra vaguement vous divertir ou vous ennuyer profondément. Vous aimez l’Australie, sinon ?

À voir… si vous êtes fan hardcore de Simon Pegg, des descendants illégitimes et tardifs de Tarantino, si vous avez un faible persistant pour Teresa Palmer.


Kill the king

Un film d’Eddie O’Keefe, avec Luke Grimes, Emily Browning, Ashley Greene

Sortie le 3 janvier en DVD (Universal)

Á éviter

C’est l’histoire d’un couple de jeunes tourtereaux des seventies, Jack Blueblood et Karen Bird, qui aurait pu, dans une réalité alternative, être l’équivalent déglingué de Bonnie & Clyde : des amants un peu fracassés, qui se rencontrent en hôpital psychiatrique, et partent en virée en tuant ceux qui les gênent, avant d’aller à Los Angeles pour assassiner Elvis Presley (c’est l’obsession de Jack). Le mieux dans cette histoire, racontée en mode ultra vintage par Eddie O’Keefe, ça aurait été qu’elle soit vraie. Confronter les rêves tarés d’un couple fragile à la descente aux enfers d’une icône alors en pleine dépression professionnelle est une bonne idée, même si elle est handicapée par la prestation d’un Ron Livingston pas très ressemblant en Elvis inquiet. Surtout, cela aurait permis à Kill the King de d’extraire de l’ombre des classiques comme La balade sauvage ou True Romance auxquels il tente en vain de ressembler. Hormis la prestation plutôt fringante de Luke Grimes (Les 7 mercenaires), il n’y a pas grand-chose à retenir de cet acte manqué…

À voir… si vous adorez tout ce qui tourne autour d’Elvis Presley, les expérimentations en super 8.


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