Inédits vidéo : la sélection DTV de juin

Vous avez encore et toujours des soucis à faire vos choix dans la pluie d’inédits qui tombe chaque semaine sur vos portails VOD et dans les linéaires des magasins ? Pour occuper sereinement vos soirées ciné, vous pouvez encore et toujours vous reposer sur notre sélection de direct-to-video mensuelle. Toujours fidèles au poste, y compris pour chroniquer quelques navets inattendus (inattendus dans le sens « grosse déception » !) à éviter d’urgence.

Comme chaque mois, la sélection qui suit est par essence subjective, et partielle. Le nombre constant de sorties, surtout en VOD, confine à l’anarchie, et comme vous, nous devons faire des choix et passer sous silence des titres parfois prometteurs sur le papier (faute de temps, nous ne reviendrons par exemple pas ici sur le dernier film de Chen Kaige, retitré paresseusement pour son arrivée en VOD The Master of Kung-Fu). Si vous avez tiré le gros lot en dénichant un DTV non chroniqué, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires, et nous faire part de vos coups de cœur. Bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


The 33

juin16_the33

Un film de Patricia Riggen avec Antonio Banderas, Lou Diamond Philips, Juliette Binoche

Sortie le 21 juin en VOD (Warner Bros)

Incontournable

Cette histoire, vous la connaissez. En 2010, plus d’un milliard de spectateurs dans le monde assista au sauvetage des 33 mineurs chiliens coincés à 700 mètres sous terre après un éboulement. Ce véritable miracle était à la fois une aventure humaine avec un happy end et un tour de force technologique : ce sont ces deux dimensions que tente de combiner The 33, l’inévitable adaptation cinématographique des événements, la deuxième après un premier long-métrage chilien plus confidentiel. Coproduction chilo-américaine, The 33 enferme donc au bout d’une bobine Antonio Banderas (dans le rôle du célèbre leader des survivants, Mario Sepulveda), Lou Diamond Philips ou encore Mario Casas dans une caverne de fortune, après que plusieurs tunnels se soient écroulés en bouchant toute sortie. En surface, l’assistant du président (Rodrigo Santoro, loin de 300) et un géologue tenace (Gabriel Byrne) organisent les secours, sous l’œil d’une Juliette Binoche miscastée. Malgré son côté propre sur lui, sentimental et tape-à-l’œil (la séquence « catastrophe » est malgré tout très spectaculaire), The 33 parvient à passionner, même quand on connaît l’issue de ce calvaire qui dura 69 jours. Il est seulement dommage que la réalisatrice ne s’attarde pas plus sur les relations entre ces mineurs, qui restèrent prisonniers dans des conditions impensables, et privilégie des sous-intrigues extérieures qui diluent quelque peu le rythme du récit. Cela reste du bel ouvrage, teinté d’académisme et d’un inévitable optimisme.

À voir… si vous aimez les aventures qui se terminent bien, le Banderas des grands jours, si vous êtes ok pour accepter des Chiliens qui parlent anglais.


The Prison Experiment

juin16_prison

Un film de Kyle Patrick Alvarez avec Billy Crudup, Tye Sheridan, Ezra Miller

Sortie le 7 juin en DVD et Blu-ray (Universal)

Incontournable

Troisième adaptation cinématographique déjà pour cette fameuse expérience de Stanford. Presque aussi célèbre que celle de Milgram, cette simulation organisée en 1971 dans l’université du même nom, avait placé des volontaires lambda dans les conditions d’une prison, afin d’observer l’effet que l’enfermement (dans le cas de ceux qui « jouaient » les détenus) et la prise de pouvoir sur autrui (pour ceux qui jouaient les gardiens) allait avoir sur eux. Après Das Experiment et son remake américain The Experiment avec Adrien Brody, librement inspirés de cette tentative, The Prison Experiment adapte lui fidèlement les faits. Douloureusement réaliste, le film s’appuie sur un casting surprenant et homogène (outre Billy Crudup, qui incarne le professeur Zimbardo ayant eu l’idée de l’expérience, Michael Angarano, dans le rôle de « John Wayne », est le plus impressionnant du lot), une mise en scène carrée et étouffante, pour mieux laisser parler les faits. En quelques jours à peine, l’expérience avait en effet dérapé sérieusement, entre matons prenant leur rôle trop à cœur et détenus déstabilisés et humiliés plus que de raison. Sombre et sans chichis – excepté une dernière séquence qui dénote par son côté artificiel -, The Prison Experiment sert, dans notre époque post-Abu Ghraib, de triste démonstration de l’imprévisibilité de la nature humaine.

À voir… si vous n’avez pas peur des expériences psychologiques qui tournent mal.


Narcopolis

juin16_narco

Un film de Justin Trefgarne, avec Elliot Cowan, Jonathan Pryce, Elodie Yung

Sortie le 7 juin en DVD (Zylo)

Á éviter

Les voies de la distribution sont impénétrables. Production SF anglaise signée d’un complet inconnu, sans visage connu autre que la mimi Elodie Yung (Gods of Egypt) et une apparition de Jonathan Pryce et James Callis (Battlestar Galactica), Narcopolis a mis moins d’un an à parvenir chez nous, quand tant d’autres compatriotes restent encore coincés quelque part dans la Manche. Narcopolis se fait pourtant aguicheur, avec son pitch dystopien (« et si dans le futur toutes les drogues étaient légalisées ? »), et son affiche ensevelie sous des néons post-Blade Runner. Las, le résultat n’a rien de sexy à l’écran, et surtout, ce fameux pitch est littéralement exploité n’importe comment. Réalisateur et scénariste, Justin Trefgarne pense visiblement que son postulat se passe d’exposition classique. Résultat, on passe vingt bonnes minutes à tenter de comprendre qui fait quoi, et quel est exactement le boulot du héros, Frank, flic anti-dealer avec un charisme de moule et un air perpétuel de chien battu. Il s’avère que Narcopolis, plutôt que de décrire la société rêvée de Seth Rogen, est en fait un bien foutraque polar caviardé de paradoxes temporels, en mode « seul contre tous ces pourris ». Mou, confus et apathique, voilà un exemple d’importation dont on se serait bien passé – malgré l’apparition d’un chouette pistolet à aiguille, qui a la particularité de vous réduire en cendres directement par les yeux !

À voir… si vous aimez les productions SF lo-fi britanniques, si les voyages dans le temps sont votre plus grande passion.


Black

juin16_black

Un film de Adil El Arbi et Bilall Fallah, avec Aboubakr Bensaihi, Martha Canga Antonio

Sortie le 24 juin en e-Cinema

Incontournable

Nouvel exemple probant du dynamisme du cinéma belge, le duo Adil El Arbi / Bilal Fallah vient de marquer fortement les esprits avec Black. Nouvelle variation sur le thème de Roméo et Juliette, ce deuxième long-métrage, après un thriller, Image, en forme de galop d’essai, a pris une dimension brûlante d’actualité cette année. Black plonge en effet dans les recoins les plus glauques de la capitale bruxelloise, en particulier les rues de Molenbeek. C’est là que les « Black Bronx », un gang de dealers adepte des tournantes et des intimidations musclées, et que les « 1080 », bande de petites frappes sans avenir, s’affrontent, entre deux incarcérations et règlements de compte. Marwan, l’un des « 1080 », tombe amoureux de la belle Mavela, des « Black Bronx ». Leur romance est touchante, en grande partie grâce au charisme brut et naturel de ses deux comédiens, mais elle est aussi d’une grande violence. Black ne cherche pas à défendre un discours politique ou globalisé sur les banlieues. El Arbi et Fallah s’étendent plus, au risque d’être complaisant, sur les souffrances physiques et mentales endurées par la jeune femme, esclave sexuelle en puissance de son gang. Parfois trop clinquant et démonstratif pour son propre bien, Black parvient à revendiquer une identité marquée, grâce à utilisation judicieuse de ses décors, une bande-son explosive et des particularismes culturels forts (le jeu sur les langues parlées par les personnages contribue très bien à enrichir le contexte social). Suite à ce coup d’éclat, les réalisateurs viennent de signer pour réaliser un thriller aux USA, pour la chaîne Fox. Carrière à suivre…

À voir… si vous aimez le nouveau cinéma belge, les romances qui finissent mal, voir Bruxelles sous un jour inédit (et peu reluisant).


L’étrange cas Déborah Logan

juin16_deborah

Un film d’Adam Robitel avec Jill Larson, Anne Ramsay, Michelle Ang

Sortie le 24 juin en DVD et Blu-ray (Metropolitan)

Á éviter

Aaah… Encore un found footage, étrangement vendu sur sa jaquette comme conçu « par les producteurs de X-Men ». Quel peut bien être le rapport ? Il n’y a pourtant pas de super-pouvoirs dans L’étrange cas Deborah Logan, tout au plus quelques manifestations surnaturelles inquiétantes comme il faut. Le film d’Adam Robitel (futur réalisateur d’Insidious 4) commence comme un documentaire vidéo en forme de thèse réalisé par une étudiante, Mia. Pour illustrer son travail sur la maladie d’Alzheimer, elle suit le quotidien d’une personne âgée, Mme Logan, assisté par sa fille Sarah. Son comportement se révèle bientôt très anormal : est-ce véritablement la conséquence de sa maladie, ou un cas de possession démoniaque ? La réponse, vous la connaissez déjà, mais ce mélange ambigu entre drame psychologique et série B fantastique, du moins pendant le premier acte, fait oublier le style très passe-partout du film et ses ingrédients vite frelatés. Jill Larson, actrice de soap-opera célèbre aux USA, est impressionnante dans un rôle-titre physiquement exigeant, et une bonne partie de l’efficacité étrange du film repose sur elle. Dommage donc que la dernière ligne droite de cet Étrange cas soit si balisée et dénuée d’imagination. Tombant dans les travers habituels du genre (caméra hystérique, incohérences en pagaille, jump scares moisis), le film abandonne alors toute ambition pour avoir de quoi remplir sa bande-annonce. Oubliable.

À voir… si vous êtes toujours partants pour du found footage démoniaque, si vous n’avez jamais vu Le dernier exorcisme.


Life on the line

juin16_life

Un film de David Hacki avec John Travolta, Kate Bosworth, Sharon Stone

Sortie le 3 juin en DVD et Blu-ray (AB Vidéo)

Á éviter

Cravachant énergiquement pour ravir à Nicolas Cage le titre de nouveau roi du DTV honteux, John Travolta n’en finit pas de nous épater par ses choix récents de carrière. Entre l’embarrassant L’affaire Monet, le sous-Taken The Revenge, son accent croate dans Face à Face, ou le polar bis Criminal Activities, la filmo du vieux beau buriné est devenue difficile à défendre pour ses plus grands fans. Dans Life on the line, John en joue d’ailleurs un, de Beau : un brave biker du Midwest qui a raccroché les guidons pour devenir électricien en lignes haute tension. Devenu le protecteur de sa nièce, John et sa moumoute de compétition vont faire face, après une bonne heure de métrage, à une tempête digne d’un film catastrophe (mais sans le budget de Roland Emmerich). Va-t-il pouvoir rétablir le courant et sauver la ville… hum, de l’obscurité ? Suspense incroyable, mais pas vraiment insoutenable dans ce pathétique et hilarant soap 100 % pur beauf, dédié à la gloire d’un métier qui, selon les principaux concernés, est décrit ici avec un maximum d’approximations ! Passée la surprise de voir Sharon Stone (!) cachetonner comme elle jouait encore chez Scorsese, Life on the line rappelle surtout les téléfilms catastroph(iqu)es qui peuplent vos après-midi sur la TNT, avec un surplus de sentimentalisme qui achève d’enlever au film… toute tension. Ah ah !

À voir… si vous raffolez des films catastrophe avares en catastrophes, si vous suivez avec passion l’enterrement artistique progressif de celui qui fut Tony Manero ET Vincent Vega.


Et aussi


La sélection Pas vu au ciné de juin sur Amazon

Pas encore de commentaire.

Vous avez la parole.