Inédits vidéo : la sélection DTV de novembre 2016

Plus que jamais répartie entre sorties dans les bacs et locations dématérialisées, notre sélection mensuelle continue d’ausculter tant bien que mal l’actualité des inédits vidéo, qui tombent par dizaines chaque mois. On y croise des stars en pagaille (Oscar Isaac, Anthony Hopkins et bien d’autres), des auteurs un peu trop en marge pour exister en salles (Hitoshi Matsumoto en premier lieu), des séries B plutôt estimables comme Vertiges, etc.

De quoi vous occuper en attendant la livraison de Noël, qui sera paradoxalement plus ténue. Il a fallu, comme c’est de plus en plus souvent le cas, faire des choix, drastiques et limiter notre choix à une poignée de titres. Mais si nous avons oublié un chef d’œuvre en route, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires : promis, on est gentils. Bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


Mojave

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Un film de William Monahan, avec Garrett Hedlund, Oscar Isaac, Louise Bourgoin

Sortie le 23 novembre en DVD et Blu-Ray (Metropolitan)
Pas mal

Première réalisation du scénariste chevronné William Monahan (Kingdom of Heaven, Les Infiltrés pour lequel il a remporté un Oscar), Mojave est un curieux exercice de style, agaçant et intrigant, grâce ou à cause de ses défauts. Le héros, Thomas (Garrett Hedlund, Tron l’héritage) est le prototype de la star hollywoodienne pourrie gâtée, aussi attirant que brillant intellectuellement. Thomas est fatigué de sa gloire et s’en va dans le désert de Mojave ruminer son existentialisme. Il tombe sur Jack (Oscar Isaac), un vagabond inquiétant. Leur conversation au coin du feu sur Shakespeare tourne court : à son retour à Hollywood, Thomas a une mort sur la conscience et un ennemi qui souhaite détruire sa vie. Le côté très Nerfs à Vif du script, d’une simplicité presque frustrante, est constamment désamorcé par l’approche référencée, maniérée, et disons-le, verbeuse, du script de Monahan. Mojave se veut néo-noir, réflexion désabusée sur les affres de la célébrité (que faire de sa vie quand sa place dans l’Histoire est assurée ? Hmmm…) et satire du showbiz – prétexte à un long caméo encombrant. Handicapé par ses ruptures de ton et une écriture des personnages presque incohérente, Mojave vaut surtout pour la prestation motivée, haute en couleurs et « deniresque » d’Isaac.

À voir… si vous êtes fan d’Oscar Isaac, si vous aimez les dissertations méta sur les mythes américains et les citations littéraires.


R100

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Un film de Hitoshi Matsumoto, avec Nao Omori, Shinobu Terajima

Sortie le 15 novembre en combo DVD / Blu-Ray (Blaq Out)

Pas mal

Cousin éloigné et surréaliste de Takeshi Kitano (il est lui aussi présentateur télé et réalisateur), Hitoshi Matsumoto a en quelques films bâti une œuvre qu’on pourrait considérer comme impénétrable pour le spectateur occidental. Dai Nipponjin, satire des films de kaiju, l’hilarant et indescriptible Symbol (toujours inédit), puis le déconcertant Zaya Samurai, film en costumes tragi-comique, sont autant de propositions singulières, où la clownerie visuelle le dispute à l’existentialisme inquiet. Surtout, les films de Matsumoto sont complètement frappadingues, ce que confirme ce R100 daté de 2013, et qui à son tour bénéficie d’une diffusion hexagonale inespérée. L’histoire est aussi frappée que prévu : un salaryman veillant sur sa femme dans le coma et élevant seul sa fille s’inscrit à un club SM, et accepte dès lors de se faire brimer et humilier n’importe où, n’importe quand. R100 (titre nous rappelant que le film est interdit… aux moins de 100 ans) pourrait s’arrêter là, mais on y croise aussi des ninjas, une « reine gloutonne », ou un comité de visionnage arrêtant régulièrement le récit comme dans un épisode des Monty Python. Dadaïste au possible, plongeant dans la farce la plus absurde pour mieux souligner la détresse de son héros-épongeoir, R100 vous laissera certainement interloqué, mais s’avère très bon pour la santé !

À voir… si vous aimez le surréalisme façon Nippon, les Ovnis impossibles à résumer.

Lire la critique de R100


February

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Un film d’Osgood Perkins, avec Emma Roberts, Lauren Holly, James Remar

Sortie le 21 novembre en DVD et Blu-Ray (TF1 Vidéo)

Pas mal

Un pensionnat de jeunes filles, un décor hivernal qui facilite la désertion des lieux à l’approche de Noël, une menace mystérieuse et invisible… Les ingrédients utilisés par February (aussi connu sous le titre Blackcoat’s Daughter) sont pour le moins familiers, et la surprise en est d’autant plus grande lorsqu’on s’aperçoit que le premier film d’Osgood Perkins (le fils d’Anthony) s’aventure sur des terres plastiquement et narrativement plus expérimentales. Divisé en chapitres malmenant la continuité temporelle, February manie dès le départ l’ellipse pour mieux nous perdre dans une trame qui se révélera tristement évidente. Esthétisée jusqu’à risquer la préciosité, la mise en scène de Perkins retarde au maximum les révélations qui permettront de voir ses deux personnages principaux, Kat et Rose, sous un nouveau et tragique jour. Il y a forcément un peu de Nicolas Roeg dans cette approche déconcertante du fantastique, mais le réalisateur sait construire des séquences au rythme et au découpage hypnotisant parvient à tirer de belles performances de ses jeunes interprètes (dont la flippante Kiernan Shipka, révélée dans Mad Men). Une vraie curiosité.

À voir… si vous aimez les films fantastiques qui malmènent les codes habituels, l’horreur abordée comme un puzzle mental.


Viens avec moi

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Un film de Daniel Alfredson, avec Anthony Hopkins, Ray Liotta, Julia Stiles

Sortie le 7 novembre en DVD et Blu-Ray (Seven7)

Pas mal

Alors que son frère Tomas Alfredson (Morse) a décidé de poursuivre une carrière en Angleterre avec La Taupe, Daniel Alfredson, connu pour les deux suites de la trilogie suédoise Millenium, est lui parti aux États-Unis. Catapulté sur le remake de Kidnapping Freddy Heineken, le revoici cette fois avec une adaptation de roman noir, Viens avec moi nous emmène dans les contrées forestières du Vermont. Dans cette province rurale et pluvieuse, en mode The Killing, une jeune femme (la fade Julia Stiles) de retour dans la maison familiale doit se défaire de l’emprise d’un allumé local, joué ô surprise par Ray Liotta. Avec l’aide d’un vieillard mystérieux (Anthony Hopkins) et de son jeune collègue, ils vont le traquer sans relâche… Autant être prévenu, malgré son casting classieux et son pitch évocateur, Viens avec moi est avant tout un film d’ambiances et de personnages. L’origine littéraire du script infuse tout ce long-métrage guère pressé et avare en gros rebondissements. Un peu confuse, la réalisation laisse en suspens de larges pans d’histoire non résolus, mais cela ajouterait presque au charme évanescent de cette enquête au pays des bûcherons mal embouchés.

À voir… si vous aimez les enquêtes dans la forêt sous la pluie et le numéro de psychopathe rôdé de Ray Liotta.


Vertiges

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Un film d’Erik Van Looy, avec James Marsden, Karl Urban, Wentworth Miller

Sortie le 7 novembre en DVD et Blu-Ray (Metropolitan)

Pas mal

Vertiges, ou Loft en version originale, est un film qui revient de loin. Remake hollywoodien du long-métrage belge du même nom, assuré par le même Erik Van Looy, Vertiges a été tourné en 2011 puis mis au placard : les droits ont été revendus plusieurs fois avant qu’il ne sorte finalement en 2015 aux USA et une bonne année et demi plus tard chez nous. Le pitch est digne d’un bon Hollywood Night des familles, et le résultat est tout à fait à la hauteur de cette ambition : un crime est commis dans une garçonnière « fréquentée » par cinq machos et leurs conquêtes d’un soir. Il n’y avait que cinq clés, alors qui a tué la blonde découverte dans le lit ? Le suspense débute alors, à coups de flash-backs, de mensonges empilés sur d’autres fausses vérités. À la fin, on saura enfin qui est passé par la fenêtre du fameux loft et pourquoi… Autant dire que si vous aimez les whodunit un peu sulfureux, pas bêtes et emballés sans chichis, Vertiges devrait vous faire passer un bon moment. Karl Urban et Matthias Schoenaerts (qui jouait déjà dans l’original) y brillent plus particulièrement, notamment face à un Marsden transparent et un Wentworth Miller (Prison Break) au jeu toujours aussi peu subtil.

À voir… si vous aimez les suspenses du samedi soir, les faux coupables et les vraies crapules, les remakes vite fait bien faits.


Fires on the plain

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Un film de et avec Shinya Tsukamoto, Lily Franky, Dean Newcombe

Sortie le 15 novembre en combo DVD / Blu-Ray (Blaq Out)

Pas mal

Passé notamment par le festival du film japonais Kinotayo, Fires on the plain est pour l’heure le dernier film réalisé par le cultissime Shinya Tsukamoto (qu’on reverra bientôt en tant qu’acteur dans Silence). Après un Tetsuo 3 vite oublié et l’affreux drame Kotoko, le réalisateur s’est repris en quelque sorte avec un remake de Fires on the plain, réalisé en 1959 et qui décrivait l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale côté japonais, via le calvaire d’un soldat perdu dans une île des Philippines. Plus baroque et morbide que le film original, Fires on the plain est moins un film anti-guerre qu’une description hallucinée de l’état second dans lequel l’absurdité meurtrière peut plonger un homme – joué par Tsukamoto lui-même. La faim qui tenaille, la mort qui rôde derrière chaque arbre… et ces ennemis, invisibles, mais qui transforment au détour de quelques scènes sanglantes ce décor paradisiaque en enfer terrestre. Desservi par une esthétique vidéo assez lisse, ainsi que par un budget qu’on devine réduit (la photo notamment varie beaucoup d’une scène à l’autre), Fires on the plain impressionne néanmoins par le jusquauboutisme de sa démarche, qui rend le visionnage du film aussi inconfortable que saisissant.

À voir… si vous n’avez pas peur d’expérimenter la guerre sous son jour le plus sombre et hideux.


Dans la brume du soir

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Un film de Reed Morano, avec Olivia Wilde, Luke Wilson, Juno Temple

Sortie le 9 novembre en VOD (Sony)

Pas mal

Ça n’est pas tous les jours que vous avez envie de vous asseoir devant un drame sur le deuil, la perte de l’être aimé et l’impossible reconstruction d’un couple. Le cinéma n’a jamais cessé de courir après la recherche d’une vérité brute sur ce sujet difficile : Dans la brume du soir (alias Meadowland) ne délivre pas la proposition qui surpassera toutes les précédentes. Mais il y a dans ce film tout en retenue, un tact et une sincérité qui font parfois mouche. Luke Wilson et Olivia Wilde, que l’on n’aurait pas associé par instinct, se révèlent parfaits pour incarner ce couple de New-yorkais bohème, dont la vie bascule le jour où leur petit garçon disparaît dans une station-service. On ne saura rien de leurs espoirs initiaux, de leur quête de vérité. Dans la brume du soir s’intéresse à l’après, quand il faut juste gérer le vide, la confusion, les envies d’en finir. Conçu avant tout comme une collection de moments épars, décrivant les dérives très différentes de Wilson et Wilde, le film touche parfois juste (la déchirante confession dans un groupe de soutien de Wilson), mais ne constitue en rien un visionnage facile. À éviter un soir de pluie !

À voir… si vous voulez voir le duo Wilson / Wilde en pleine performance d’acteur, les films pudiques et forts.


Synchronicity

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Un film de Jacob Gentry, avec Chad McKnight, AJ Bowen, Michael Ironside

Sortie le 21 novembre en DVD et Blu-Ray (Condor Entertainment)

Á éviter

Voici donc venir un nouveau représentant de l’école sans cesse plus fréquentée de la SF lo-fi ! Dans Synchronicity, le réalisateur Jacob Gentry (The Signal) s’aventure sur le terrain des paradoxes temporels, un thème qui s’accommode plutôt bien des limitations budgétaires (voir ARQ ou le récent Timelapse). Seulement, le cinéaste a opté ici pour une esthétique « tech noir » à base de filtres bleus et de lens-flare, traumatisée visuellement par Blade Runner. La comparaison ne force pas le respect, vu le côté un peu abscons et limité des décors, et le charisme lui aussi congelé dans les années 80 du lead Chad McKnight (ce nom !) n’aide pas à améliorer le bilan de la chose. Certes, n’importe quel amateur de science-fiction est toujours partant pour une histoire de machines à voyager dans le temps, et de doubles réécrivant au fur et à mesure leur histoire. Mais Synchronicity ploie sous le poids de ses charabias fumeux, de ses clins d’œil lourdauds au film noir, et plus généralement du manque de conviction de son casting – même Michael Ironside semble vouloir être ailleurs. Dommage, la chute était bonne…

À voir… si vous êtes accro fini aux voyages temporels, si le pillage répété et assumé de Blade Runner ne vous dérange pas.


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