Inédits vidéo : la sélection DTV d’octobre

Pensez ce que vous en voulez, mais lorsque vous vous attelez à la tâche de chroniquer régulièrement les sorties DTV, quel que soit le format, c’est une véritable jungle qu’il faut éclaircir à la machette. Même un œil avisé ne peut aujourd’hui débusquer en temps réel l’intégralité des films inédits en salles qui viennent garnir les linéaires et surtout les portails en ligne des éditeurs français. La vague(lette) Netflix incite chacun à héberger des titres exclusifs, et la VOD continue pendant ce temps d’abriter sans fanfare des films parfois plutôt attendus. Avec la difficulté supplémentaire de ne découvrir certains longs-métrages que sur certains hébergeurs, ce qui réduit d’autant leur exposition et leurs chances de se faire connaître. Vous suivez ?

Comme d’habitude, notre sélection comprend des productions sorties à la vente et/ou à la location, logiquement dématérialisée. Puisque le rythme de « parution » s’accélère, nous n’avons pour l’instant pas le loisir de nous attaquer également en détail à la SVOD (ça ne nous empêchera pas de chroniquer prochainement l’incontournable Beasts of no Nation). Tous les films sont disponibles pour quelques euros, en attendant de passer sur vos chaînes câblées. Trêve de bavardages : bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


Insurrection

oct15_insurrectionUn film de Jan Komasa, avec Jozef Pawlowski, Anna Prochniak, Filip Gurlacz

Sortie le 21 octobre en DVD et Blu-ray (Koba Films)

La Seconde Guerre Mondiale n’en finit pas d’inspirer des productions à vocation mémorielle et spectaculaire. La Pologne est un pourvoyeur inhabituel de films de ce genre, même si dans le cas présent, Insurrection (Miasto 44 en VO) est moins un récit héroïque qu’une plongée en apnée dans l’enfer du ghetto de Varsovie, qui se soulève durant l’été 1944, à l’approche des troupes russes. Réalisateur méconnu, Jan Komasa a manifestement hérité d’un gros budget pour reconstituer avec un insolent luxe de détails cette période infernale. Le traitement sans concession des horreurs nazies (aucun personnage n’est épargné, et certaines visions évoquent même des titres tels que Come and See) côtoie étrangement une histoire de triangle amoureux, entre un jeune « combattant » ambigu et deux filles engagées à ses côtés. Insurrection débute, avec un sens aigu de la manipulation, par des scènes dramatiques mais insouciantes, avant de s’enfoncer au fil des minutes dans la tragédie la plus sale. Le style de Komasa, entre plans-séquences grandioses, ralentis pompiers et extravagants, et sécheresse évocatrice prenant aux tripes, constitue la vraie surprise de ce film certes imparfait, mais aux images puissantes et inoubliables (le dernier plan, entre autres, est un petit monument en soi).

À voir… si vous avez encore besoin d’arguments pour comprendre les souffrances endurées par les Polonais pendant la Guerre.


Black Sea

oct15_blackUn film de Kevin McDonald, avec Jude Law, Scoot McNairy, Ben Mendelsohn

Sortie le 21 octobre en DVD et Blu-ray (TF1 Vidéo)

Réalisateur expérimenté et versatile, Kevin McDonald (Le dernier roi d’Écosse, Jeux de pouvoir) s’essaie comme d’autres avant lui à l’exercice du film de sous-marin, avec un twist. Plutôt qu’un énième suspense guerrier en eaux profondes, Black Sea est en fait une chasse aux trésors pleine d’amoralité et de défiance, dans un esprit proche du Trésor de la Sierra Madre. Jude Law, en capitaine de vaisseau mis sur la touche et prêt à tout pour prendre sa revanche sur ses anciens patrons, est aussi renfrogné que charismatique : il mène par la force un équipage anglo-russe qui, c’est inévitable, va se déchirer au fur et à mesure que l’appât du gain va se faire sentir. Tourné en partie dans un véritable submersible russe, Black Sea exalte moins un parfum d’aventure qu’une ambiance étouffante de film noir, le réalisateur ne quittant que rarement l’habitacle du sous-marin, et quand c’est le cas, il s’agit de plongées en apnée à la frontière du film d’horreur. Bien tenu et rythmé, Black Sea pêche surtout par le manque d’originalité de certains personnages secondaires, véritables clichés du genre, et par une fin un peu trop expédiée pour convaincre.

À voir… si vous adorez les films de sous-marins, le capitaine Jude Law avec un accent écossais, et les chasses au trésor !

 Lire la critique de Black Sea


Automata

oct15_automataUn film de Gabe Ibanez, avec Antonio Banderas, Dylan McDermott

Sortie le 5 octobre en DVD et Blu-ray (Seven Sept)

Nous avions évoqué Automata dans une lointaine preview, mettant en avant les promesses de cette production ibérique ambitieuse, portée par un Antonio Banderas impliqué. Depuis, le film de Gabe Ibanez (Hierro) a été présenté sans fracas en ouverture du festival de Sitges, et a été distribué sans bruit en vidéo à travers le monde… Un sort difficile pour ce film à la croisée de plusieurs influences, qu’il porte malheureusement trop en étendard. Ibanez dépeint pourtant un futur post-apocalyptique riche et détaillé, même si confus dans sa construction : des cités polluées sont protégées du désert par des grands murs et des ballons d’air (?), et à l’intérieur vivent humains et robots. Ce sont ces derniers qu’assure Jacques Vaucan (référence à Vaucanson, le créateur d’automates français), joué par Banderas, qui face à la révélation que les machines se dotent de consciences, part dans une quête de sens désespérée. Si vous pensez à Blade Runner, I Robot ou District 9 en regardant Automata, c’est normal : la direction artistique et le scénario y font explicitement référence, au point d’ôter au film une partie de sa personnalité. Alors, certes, le film est soigné, solidement interprété (Banderas est très bon) et propose d’intéressantes créations robotiques. Mais en l’état, difficile de garder un souvenir marquant de cette production bancale, qui nous plonge dans un ennui poli au lieu de fasciner.

À voir… si vous aimez les ambiances futuristes apocalyptiques, les robots jaunes, si vous voulez savoir à quoi ressemble maintenant Melanie Griffith.


Vampires en toute intimité

oct15_vampiresUn film de et avec Jemaine Clement et Taika Waititi, avec Ben Fransham

Sortie le 30 octobre en VOD (Wild Side)

Véritable bête de festival depuis deux ans, Vampires en toute intimité, ou What we do in the shadows en VO, a fini par enfin débarquer en France (d’abord en e-Cinema, puis en physique en janvier 2016), avec l’excuse marketing d’une version française « imaginée » par le duo Nicolas & Bruno. Il faut oublier cette tentative malheureuse, qui dénature totalement l’ambiance et le scénario du film, et déguster cette production néo-zélandaise absolument irrésistible dans sa version d’origine ! Car quand aurez-vous à nouveau l’occasion de rire aux mésaventures de vampires à la vie nocturne bien triste, dandys anachroniques forcés de vivre en colocation sans se faire remarquer ? Adoptant la forme d’un faux documentaire, le duo Jemaine Clement / Taika Waititi tire le meilleur d’un script favorisant l’improvisation et les gags géniaux (du simili-Nosferatu Petyr au « pote humain » Stu, tous les persos sont brillants et instantanément cultes), renouvelant par l’absurde un genre souvent dépourvu d’imagination. Cerise sur le gâteau, Vampires en toute intimité est loin d’être bâclé visuellement, la mise en scène se libérant souvent de la contrainte de la caméra portée pour instaurer une véritable ambiance poético-comique. Une réussite !

À voir… si vous voulez hurler de rire devant un film de vampires !

 Lire la critique de Vampire en toute intimité


The Green Inferno

oct15_infernoUn film d’Eli Roth, avec Lorenza Izzo, Ariel Levy, Aaron Burns

Sortie le 16 octobre en VOD (Wild Side)

Il aura fait parler de lui ce Green Inferno. Un buzz viral que peu de productions horrifiques parviennent à créer généralement, du en grande partie que le film d’Eli Roth (revenu doublement dans l’actualité avec son Knock Knock) est resté invisible pendant près de deux ans après son premier passage dans les festivals. À l’arrivée, moins un traumatisme qu’une confirmation : l’hommage au film de cannibales tourné en Amazonie par un Roth surmotivé remue moins les sens que prévu, malgré une poignée (enfin, surtout une) de scènes éprouvantes car tournées in situ avec des indigènes locaux – mais uniquement carnivores, on vous rassure – et des effets spéciaux prosthétiques criants de vérité. Avant d’en arriver aux morceaux de bravoure (ou de barbaque) promis par le titre, il faudra par contre réussir à supporter des personnages d’Américains dans la lignée des Hostel : des crétins d’adolescents attardés, bobos incultes qui veulent sauver la forêt pour leur propre gloire. Logiquement mise en valeur par son époux de réalisateur, Lorenza Izzo hérite d’un rôle plus complexe – tout est relatif -, qui offrira une morale bienvenue à une série B simpliste, gore et visuellement très basique malgré un tournage en lieux naturels. L’Holocaust ça n’est pas pour tout de suite, Eli !

À voir… si vous êtes vous aussi par l’odeur du gore attirés, si vous aimez l’idée d’un Hostel à la forêt, mais sans les scènes de fesse.

 Lire la critique de Green Inferno


Dealer

oct15_dealerUn film de Jean-Luc Herbulot, avec Dan Bronchinson, Elsa Madeleine

Sortie le 1er octobre en VOD

Micro-production, tournée complètement à l’arrache dans les rues de Paris, Dealer fait partie d’une espèce rare : c’est un film français qui ne sortira pas dans les salles de son pays, et se retrouve même disponible en vidéo d’abord à l’étranger (en Blu-ray allemand, plus précisément). C’est dire si le film de Jean-Luc Herbulot, parti depuis développer un projet américain avec Joel Kinnaman, se veut underground. C’est d’ailleurs la première fois que nous parlons d’un DTV français ! Que vaut dans les faits ce Dealer ? Pour résumer, il s’agit d’une sorte de Pusher version titi parisien, porté par une vraie gueule de série B, Dan Bronchinson. Habillé de rouge, son (déplaisant) personnage de dealer plonge l’espace de 24 heures dans un océan d’embrouilles qui rappelleront bien des souvenirs aux amateurs de la trilogie de Winding Refn. Si la forme de Dealer est raccord avec le fond (le film respire l’urgence, n’offre aucune circonstance atténuante aux personnages, et plus généralement fonce tête baissée dans l’univers crasseux du banditisme de banlieue parisienne), le résultat ne dépasse malheureusement le stade de la copie appliquée, qui compenserait par ses côtés rentre-dedans son manque d’innovations.

À voir… si vous aimez le cinéma de genre alternatif et made in France, si vous n’avez jamais vu Pusher.

 Lire la critique de Dealer


Stung

oct15_stungUn film de Benni Diez, avec Matt O’Leary, Jessica Cook, Lance Henriksen

Sortie le 7 octobre en DVD et Blu-ray (Wild Side)

Sélectionné, sans que l’on sache trop pourquoi, à l’Étrange Festival, Stung est le dernier rejeton d’un sous-genre éminemment Z, le film d’insectes mutants géants. Après les araignées, les fourmis, les cafards, voici venir les abeilles tueuses, dont les dards proéminents et gluants forment de parfaits appendices pour un divertissement horrifique. Premier long d’un responsable d’effets spéciaux, Stung n’a toutefois pas ce qu’il faut pour assurer une bonne poilade entre amis : affreusement lent, dénué de budget au point de manquer de figurants (l’action se déroule pendant une « grande réception » où une quinzaine d’invité max se battent en duel), Stung a tout misé sur le design de ses créatures, qui mixent animatroniques et – mauvaises – images de synthèse. Bien entendu, le pitch ridicule impose un ton rigolard, mais les bonnes blagues sont rares, l’alchimie entre les acteurs inexistante, et même Lance Henriksen a l’air d’être en pleine crise de somnambulisme. Excepté quelques séquences d’attaque bien ragoûtantes, Stung entre dans cette catégorie gênante des nanars volontaires où l’on s’ennuie plus qu’autre chose.

À voir… si vous êtes un fan hardcore de l’infatigable Henriksen et un complétiste de séries Z insectoïdes.


Hector à la recherche du bonheur

oct15_hectorUn film de Peter Chelsom, avec Simon Pegg, Rosamund Pike, Jean Réno

Sortie le 14 octobre en DVD et Blu-ray (Koba Films)

Devenu star grâce à ses multiples apparitions dans des franchises à succès (de Mission : Impossible à Star Trek), Simon Pegg alterne depuis plusieurs années entre plateaux hollywoodiens et productions anglaises plus modestes, mais où il tient la tête d’affiche. Et dans ce domaine, autant l’inédit Fantastic fear of everything vaut le coup d’œil, autant ce Hector à la recherche du bonheur fait figure de pudding à la bonne volonté déplacée. Proche de Walter Mitty à tous les niveaux, ce feel good movie bien trop long suit donc dans un style à la Michel Gondry les aventures d’un psychiatre londonien décidant de prendre un voyage sabbatique pour aller chercher (roulements de tambours) bonheur ! Direction la Chine, donc, puis l’Afrique (non, pas un pays d’Afrique, donc, juste le continent), puis l’Amérique. Pegg y trouve l’occasion de tromper sa femme – ou presque – avec une call girl, de frôler la mort ou d’insulter son ex… Mais hey, ça fera de bons souvenirs pour quand il reviendra vivre sa vie d’Occidental bourgeois ! D’une naïveté confondante, Hector énerve plus qu’il n’émeut, surtout lorsque le film met 2 heures à nous expliquer que son héros tête à claques a déjà trouvé le bonheur : il vit avec Rosamund Pike, bon sang !

À voir… si vous aimez les voyages interminables avec plein d’escales, Jean Réno dans des rôles improbables, et Rosamund Pike en Gone Girl gentille.


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