Inédits vidéo : la sélection DTV de mars

Relativement compacte comparée à l’avalanche de titres qui se prépare en avril, notre nouvelle sélection consacrée aux inédits VOD, DVD et Blu-ray n’en est pas moins digne d’intérêt, et variée dans ses approches. Le cinéma américain domine les débats, et même si cela peut paraître réducteur, il est permis de se demander pourquoi certains titres n’ont pas eu les honneurs du grand écran, quand d’autres « œuvres » au potentiel commercial encore moins prouvé (Mise à l’épreuve 2 pour ne citer que le plus récent, alors qu’un The Night before) décrochent eux le précieux sésame. Mais nous ne sommes pas là pour nous plaindre : l’essentiel est ici de vous permettre de découvrir ces titres plus ou moins réputés pour vous guider dans vos choix de soirées cinéma.

Comme chaque mois, la sélection qui suit est par essence subjective. Elle est peut-être aussi incomplète (au vu du nombre de films atterrissant sans bruit dans les portails de Netflix ou CanalPlay, par exemple, c’est de plus en plus possible). N’hésitez pas à réagir dans les commentaires, pour nous faire part de vos découvertes, ou nous signaler des actus pas assez mises en avant. Bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


The Night Before

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Un film de Jonathan Levine, avec Seth Rogen, Joseph Gordon-Levitt, Anthony Mackie

Sortie le 1er mars 2016 en VOD (Sony Pictures)

Pur film de Noël expédié pour sa sortie française en VOD… en mars, The Night Before nous promet joyeusement une nouvelle comédie stoner imaginée par le duo derrière les foutraques C’est la fin et L’interview qui tue, Seth Rogen et Evan Goldberg. Un tandem qu’on ne présente plus, dont l’humour est si spécifique et attendu, que la perspective de le voir encore se reformer, quelques mois avant un dispensable Nos pires voisins 2, n’agite pas vraiment notre curiosité. Un élément distingue toutefois The Night Before de ses congénères : la présence au scénario et derrière la caméra de Jonathan Levine, le versatile réalisateur de Mandy Lane et Warm Bodies. Il retrouve ici ses acteurs de 50/50, Rogen et Joseph Gordon-Levitt, pour une comédie surchargée en personnages et en sous-intrigues, qui derrière les gags scatos et les caméos incontrôlables, cache une belle réflexion sur l’amitié. JGL, Rogen et l’impeccable Anthony Mackie (Captain America 2), potes inséparables, ont laissé la vie les éloigner. La nuit du Réveillon à New York, va leur permettre, avec l’aide de Dickens et d’un dealer joué (oh si) par Michael Shannon, de mettre à l’épreuve leurs liens, dans un esprit forcément très Noël. Avouons-le, Seth Rogen défoncé, Gordon-Levitt montrant son talent pour le karaoké, sont des valeurs sûres, mais guère originales. C’est le côté attachant de ces tendres pitres, leur façon de se retrouver autour des fétiches de leur adolescence commune (la Nintendo 64, la beuh, les pulls affreux) pour mieux surmonter leur peur de l’engagement, qui finalement fait mouche. Et transformera, peut-être, The Night Before en valeur sûre de vos futures soirées de fin d’année entre potes.

À voir… si vous aimez les comédies peuplées de personnages attachants, si vous carburez au karaoké et à la nostalgie de votre adolescence.


Diary of a teenage girl

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Un film de Marielle Heller, avec Kristen Wiig, Bel Powley, Alexander Skarsgard

Sortie le 21 mars 2016 en VOD (Sony)

Son label « Révélation de Sundance » n’y aura pas suffi : contrairement à Whiplash, Les bêtes du Sud sauvage ou This is not a love story, Diary of a teenage girl, a loupé le train de la reconnaissance mondiale, et donc de la sortie salles. Réalisé par l’actrice Marielle Heller, qui a adapté le roman graphique de Phoebe Gloeckner, Diary of a teenage girl tombe à première vue dans tous les clichés de ce genre en soi qu’est le film indépendant américain type. Musique folk, omniprésence des arts graphiques, famille sentimentalement amochée, amours contrariés… Pourtant, quelque chose passe, derrière ces balises habituelles. Déjà, l’histoire de de Minnie (Bel Powley, une révélation), 15 ans, se déroule dans le San Francisco de 1976. L’ambiance de libération sexuelle plane lourdement sur l’histoire de cette jeune ado, qui découvre les joies de la chair dans les bras du petit ami de sa mère, Monroe (Alexander Skasgard à contre-emploi), de sa meilleure amie, d’un camarade de classe… Son apprentissage sexuel et artistique (elle dessine déjà comme une pro, dans le style provocateur de Robert Crumb, dont elle rencontre d’ailleurs la future femme) s’effectue de manière erratique, impulsive, capricieuse. Le film, dispersé, mais incroyablement incarné, provocateur sans être putassier, tape juste dans sa description d’une fille compliquée qui apprend à s’aimer. Heller ne nous demande pas de l’admirer, mais de la comprendre, et c’est ce processus compliqué, insaisissable, qui donne toute sa force à ce film à la fois cru et poétique.

À voir… si vous voulez assister à la naissance d’une grande actrice, si vous aimez les récits initiatiques avec un brin de provocation.


99 Homes

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Un film de Ramin Bahrani, avec Michael Shannon, Andrew Garfield, Laura Dern

Sortie le 18 mars 2016 en e-Cinema, le 25 mai en vidéo (Wild Side)

Son Grand Prix récolté à Deauville n’a pas changé le destin, scellé d’avance, de l’excellent 99 Homes, véritable brûlot social signé Ramin Bahrani. Sorti en e-Cinema (avec une campagne marketing avouons-le plutôt solide), le film décrit le cauchemar vécu par une famille précaire, victime de la crise immobilière américaine. Ouvrier au chômage, Dennis (Andrew Garfield, magnétique) se voit expulsé, avec sa mère et son fils, de sa propre maison, alors que sur sa pelouse, un courtier missionné par les banques, Carver (Michael Shannon, impérial) observe impassible la scène. La suite consiste en un jeu d’influence faustien entre le déclassé enragé et le requin profiteur, qui s’est enrichi dans l’ombre des spéculateurs en accumulant les magouilles immobilières. Bahrani, qui utilise le cadre ensoleillé de la Floride comme un miroir aux alouettes terrifiant de l’American Way of life, signe une œuvre brûlant d’une juste colère, décrivant une société où il faut corrompre pour réussir, où les valeurs morales ne mènent nulle part si ce n’est dans un motel miteux. Le constat est terrible, la démonstration un peu synthétique et schématique, mais implacable. La vision du film, est elle, indispensable.

À voir… si vous êtes dingues, comme nous, de Michael Shannon, si vous avez saisi, mon pote, nos envies de révolte

 Lire la critique de 99 Homes


Extinction

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Un film de Miguel Angel Vivas, avec Matthew Fox, Jeffrey Donovan, Clara Lago

Sortie le 2 mars 2016 en DVD et Blu-ray (Condor)

Le réalisateur espagnol Miguel Angel Vivas nous avait passablement étonné au début des années 2010 avec son suffocant thriller en split-screen Kidnappés, qui carburait autant à l’épate qu’au malaise. Malgré un tournage en anglais, et la présence des stars américaines Matthew Fox (Lost) et Jeffrey Donovan (Burn Notice, Sicario), Extinction n’est pas pour autant synonyme d’un bond définitif vers Hollywood. Cette série B frigorifique, co-produite par le Jaume Collet-Serra (Esther, Non-Stop), navigue bien sous pavillon ibérique, comme le rappellent les bonus du DVD. Une fois de plus, il s’agit d’une histoire d’épidémie permettant au film de s’ouvrir sur une scène similaire à 28 semaines plus tard. En fait un simple prologue, qui débouche sur le véritable cœur de l’histoire, plus intimiste : Fox et Donovan y sont deux amis brouillés irrémédiablement (pour des raisons qu’on devine rapidement), retranchés dans leur maison, des années après l’arrivée d’une ère glaciaire (oui, il y a aussi une pincée du Jour d’après, sans qu’on sache trop pourquoi). Donovan a élevé la fille de Fox, qui est devenu à moitié fou et très barbu. Un jour, les « infectés » qu’ils croyaient disparus, resurgissent… Melting-pot d’influences connues, Extinction fonctionne donc surtout comme une fable étrange sur une fille élevée en vase clos et ses deux pères que tout oppose. Les décors, plus soignés que les nombreux fonds verts, fournissent une partie de l’ambiance pour tromper le timide ennui qui s’installe, avant un dénouement prévisible, mais satisfaisant. Dans le même genre, c’est tout de même mieux que l’idiot The Colony.

À voir… si vous aimez Jack avec une barbe, les ambiances à la 30 jours de nuit et les apocalypses en petit comité.


Frankenstein

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Un film de Bernard Rose, avec Xavier Samuel, Carrie-Ann Moss, Danny Huston

Sortie le 8 mars 2016 en DVD et Blu-ray (Metropolitan)

Après un passage plutôt remarqué dans plusieurs festivals spécialisés (Bruxelles, Gérardmer), Frankenstein, à ne pas confondre avec le Docteur Frankenstein fréquenté par James McAvoy, est arrivé dans les bacs DVD et nous permet de reprendre des nouvelles du trop rare Bernard Rose. Le réalisateur britannique, qui avait marqué de son empreinte le genre fantastique avec Candyman, est ici revenu aux sources du roman de Mary Shelley, en l’adaptant dans notre monde moderne avec une économie de moyens qui n’interdit pas les expérimentations. Ce Frankenstein nouvelle génération nous place ainsi dès ses premiers battements de paupières dans la peau de la créature (Xavier Samuel, The Loved Ones). Devenu dans cette version un clone synthétique né dans le labo du fameux docteur (Danny Huston), le pauvre hère s’enfuit bien vite, et découvre le monde impitoyable… de la Californie, dans une succession de scènes fortes et parfois remuantes. Tourné en numérique, Frankenstein paraît parfois cheap, mais la vision rigoureuse de Rose et les maquillages impressionnants aident à passer outre ces limitations, et rendent paradoxalement le résultat d’autant plus précieux et original.

À voir… si vous voulez découvrir une vision vraiment originale et respectueuse du mythe de Shelley.

 Lire la critique de Frankenstein


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1Articles commentés

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  1. JT° Le 30 mars 2016
    " si vous avez saisi, mon pote, nos envies de révolte" => Amen. Rien que pour ça, je vous promets de regarder 99 homes ;-)

Vous avez la parole.