Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017

Suivre l’actualité cinéma dans les festivals, dans les salles, en DVD, en VOD, et maintenant sur Netflix et ses petits cousins turbulents comme Outbuster… Il n’a jamais été aussi motivant et exténuant d’être cinéphile ! C’est avec d’autant plus d’entrain, et souvent avec moins de temps disponible pour le faire, que nous débroussaillons encore et encore l’univers des direct-to-video en ce mois de mars 2017. Parce qu’entre deux séries B un peu moisies, entre deux films expédiés assez logiquement du grand écran au vu de leurs qualités limités, il n’est pas rare de dénicher la perle qui vaut le détour. Le film dont vous n’entendrez quasiment parler nulle part, sauf dans les pages de l’excellent CinémaTeaser… et sur le site de vos serviteurs !

Face à l’avalanche de titres répertoriés durant ce mois de mars, il nous a fallu faire des choix et concentrer nos chroniques sur une poignée de titres. Mais si nous avons oublié un titre en route, si nous sommes passés un peu vite sur l’un des films répertoriés en bas de page, par exemple, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires. Bonne lecture… et bonnes soirées vidéo !


I am not a serial killer

Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017Un film de Billy O’Brien, avec Laura Fraser, Christopher Lloyd, Max Records

Sortie le 7 mars en DVD (Factoris Films)

Incontournable

Sélectionné au dernier PIFFF, I am not a serial killer fait partie de ces petites productions qui se retrouvent souvent perdues dans la masse des films de genre américains. Derrière son titre cryptique, le film fait pourtant figure de très bonne surprise, pour ceux qui sauront savourer son rythme patient et son approche affectée du fantastique. L’histoire se déroule dans une cité ouvrière grisâtre et hivernale : un trou perdu façon Fargo, où s’ennuie John (Max Records), mélange entre Donnie Darko et Dexter, avec ses tendances sociopathes et son boulot d’assistant légiste à la morgue de sa maman. Le scénario, adapté d’un roman de Dan Wells, prend le temps d’instaurer une ambiance originale et glaçante autour de ce jeune homme paumé, sa famille déstructurée, son « pote réglementaire » et son psy relax. Mais le quotidien de John est bouleversé le jour où il découvre le secret effrayant de son vieux voisin, joué par Christopher Lloyd… Héros perturbé contre monstre mystérieux : ce duel singulier est orchestré en 16 mm avec un style terre-à-terre, évoquant les romans de Stephen King, par le réalisateur Billy O’Brien, qui avait appliqué la même recette à son Isolation, grand prix de Gérardmer 2006. Difficile d’en dire plus sans déflorer le suspense propre à cette production modeste mais aussi rigoureuse que le froid du Minnesota…

À voir… si vous aimez les films fantastiques et les héros adolescents qui sortent de l’ordinaire, si vous voulez revoir Christopher Lloyd dans un rôle inquiétant


Orgueil et préjugés et zombies

Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017Un film de Burr Steers, avec Lily James, Lena Headey, Sam Riley

Sortie le 29 mars en DVD et Blu-Ray (AB Vidéo)

Pas mal

L’adaptation de la BD culte de Seth Grahame-Smith Orgueil et préjugés et zombies s’est longtemps fait attendre sous nos latitudes. Il ne fait aucun doute que cette série B introduisant des hordes de morts-vivants dans l’Angleterre bourgeoise de Jane Austen a de l’ambition, à en juger par la variété et le luxe de ses décors et costumes, ou le soin apporté à son « emballage », à commencer par son générique animé d’ouverture. Un écrin adapté à un récit qui flirte avec la parodie sans jamais s’y adonner complètement : les aventures d’Elizabeth et Darcy sont en effet traitées avec un surprenant premier degré, considérant l’aspect surréaliste de ce détournement surnaturel. Tout le monde pratique en effet les arts martiaux, on y décapite des revenants entre deux manigances maritales, on y fait exploser des ponts pour endiguer une invasion à la World War Z, tout en déclarant sa flamme… Du pur comic book fantaisiste, mais qui à l’écran manque de panache. La faute à un montage qui flirte parfois avec l’amateurisme, des personnages sacrifiés quand d’autres sont surexploités, et un réalisateur, Burr Steers (17 ans encore, beau pédigrée…) manifestement dépassé par l’ampleur de l’univers qu’il doit créer : on ne compte plus le nombre de fois où une carte s’affiche à l’écran pour savoir d’où viennent et où vont les personnages. On se consolera avec les visions surréalistes de la famille Bennett scalpant du zombie en robe de soirée, et le couple cassant mais touchant formé par Lily James (Downton Abbey) et Sam Riley (Byzantium).

À voir… si vous aimez les cocktails de genres contre-nature, les marivaudages britanniques avec un soupçon de décapitations


Revenger

Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017Un film de Walter Hill, avec Michelle Rodriguez, Sigourney Weaver

Sortie le 23 mars en VOD (Okarina)

Á éviter

C’était écrit depuis Du plomb dans la tête, buddy-movie suranné et bide certifié avec Stallone, sorti piteusement en salles quelques années après son tournage. Walter Hill, à 75 ans, est sur le chemin de la retraite. Et Revenger est sans doute son post-scriptum, une dernière tentative douloureuse de livrer un film noir hard boiled avant de couler des jours heureux loin des studios qui l’ont tant malmené ces quinze dernières années. Le pitch est surréaliste : Michelle Rodriguez, avec une fausse barbe (et un faux nez) d’anthologie, tente de jouer un tueur à gages un peu macho, qui se fait doubler et passe sur la table d’opération d’un médecin cintré (Sigourney Weaver) désireuse de se venger de l’assassinat de son frère… en le transformant en femme. Un thriller trans, donc, qui adopte inexplicablement la forme d’un récit en flash-backs assorti de transitions colorées à la Hulk du pire effet. Très cru, mais aussi très con, très mou, traversé par des tunnels de dialogues atroces (les face-à-face sans but dans l’asile relèvent du calvaire pur et simple), Revenger gaspille vite son capital WTF pour s’échouer sur les rives du ratage dantesque. On aurait envie de défendre becs et ongles Walter Hill sur ce coup, mais rien ne fonctionne, à commencer par la performance courageuse mais inepte de Rodriguez, dans un rôle qui lui pendait au nez après vingt ans de carrière dans des films surchargés de testostérone. Quel gâchis…

À voir… si vous êtes un fan absolu de Walter Hill, si vous êtes curieux de voir des thématiques LGBT investir le genre du film noir


Viral

Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017Un film de Henri Joost et Ariel Schulman, avec Analeigh Tipton, Colson Baker

Sortie le 1er mars en DVD et Blu-Ray (Wild Side)

Pas mal

Ah ça faisait longtemps, une production Blumhouse qui vient peupler les étals des revendeurs ! Blague à part, Viral, qui porte très bien son nom puisqu’il s’agit d’une histoire de propagation de virus dans une bourgade californienne typique, tire plutôt bien son épingle du jeu dans un genre fatigué et tiré vers le bas par la prolifération des mises en scène type found footage. Dans ce film de Henri Joost et Ariel Schulman (Catfish, Nerve, mais aussi Paranormal Activity 3 et 4, tiens tiens), l’infection de la société américaine se limite à l’écran à l’entourage immédiat de deux sœurs amis / ennemies, Emma et Stacey. Avec une dynamique qui rappelle étrangement Grave, la cadette, plus coincée que son aînée rock’n’roll, va se découvrir de nouvelles qualités en période de crise. Intelligemment, l’action reste confinée dans un pâté de maison à la fois désertique et clôturé par l’armée : de quoi assurer un quota d’images cinégéniques tout en économisant sur les décors ! Si la liste des clichés (infectés exorbités, petits amis relous, militaires paranos) est docilement cochée, Viral conserve, grâce à ses personnages de jeunes ados résilients et loin d’être naïfs, une certaine fraîcheur. Dommage que la fin ouverte, un peu facile, donne l’impression d’avoir visionné un pilote de série à venir.

À voir… si vous aimez les films de contagion plutôt intimistes, les productions Blumhouse qui s’éloignent du found footage


L’homme qui défiait l’infini

Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017Un film de Matt Brown, avec Dev Patel, Jeremy Irons, Malcolm Sinclair

Sortie le 1er mars en DVD et Blu-Ray (M6 Vidéo)

Á éviter

Le problème avec les histoires de mathématiciens célèbres au cinéma, c’est qu’il faut trouver matière à remplir le scénario d’événements dramatiques assez captivants pour faire oublier que l’on entrave pas grand-chose à ce que le personnage principal raconte. L’homme qui défiait l’infini fait donc partie de ces films, comme Une merveilleuse histoire du temps ou Imitation Game, qui tentent de vous faire verser une larme sur un héros que l’on sait génial principalement parce que les autres le disent. Srinivasa Ramanujan (incarné par un Dev Patel à l’air sévère) est donc un mathématicien surdoué du début du XXe siècle, qui quitte les colonies indiennes pour travailler à Oxford, où, ô surprise, il est accueilli avec méfiance. En même temps, le jeune homme s’avère péremptoire et impatient, et teste rapidement la patience de ses mentors (Jeremy Irons et Toby Jones, à la cool). Pour contrebalancer cette personnalité peu sympathique, le film jouera la carte du mélo historique, avec l’arrivée de la guerre ou encore de la tuberculose. Tout cela placé sous le signe de « l’histoire vraie ». Soit. Ces recettes éprouvées peinent pourtant à faire oublier une réalisation catastrophique, faite de cadrages hésitants, de raccords gênants, de surdécoupage éhonté et d’ellipses abusives. Un vrai désastre qui rend encore plus forcé et dispensable ce biopic pourtant pas plus complexe que la moyenne.

À voir… si vous adorez les biopics scientifiques, les ambiances d’universités british


666 Road

Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017Un film « collectif », avec Natalie Love, Fabianne Therese, Chad Villela

Sortie le 14 mars en DVD (L’atelier d’images)

Á éviter

S’il vous est arrivé de lire nos chroniques de V/H/S ou The ABC of Death, vous aurez compris que nous approchons le genre de l’anthologie horrifique avec de grosses pincettes. Même s’il peut déboucher sur quelques fulgurances bien senties, le genre est aujourd’hui trop souvent une excuse pour broder sur des thèmes porteurs des mini-sketches égocentriques, fumeux ou outrageusement choquants. 666 Road (ex-Southbound) échappe en partie à cet écueil, en traçant un fil rouge géographique pour ses différentes histoires : le désert américain, propice à tous les fantasmes cinéphiles, et terreau fertile pour des ambiances surréalistes et inquiétantes. Personne ne semble pouvoir ici s’échapper de ce décor fait de poussière et de bitume se perdant dans l’obscurité. Qu’il s’agisse de filles en virée coincées dans une maison un peu spéciale, d’un home invasion tournant au carnage infernal, ou d’un conducteur perdu avec sa victime dans un hôpital à la Silent Hill, tous resteront jusqu’au bout le jouet d’un film qui ne leur fait pas de cadeaux. De l’horreur, il y en a, beaucoup, et 666 Road peut être considéré comme un film à sensations correctement emballé. Ce qui domine pourtant, c’est la frustration d’une narration tellement ouverte qu’aucune histoire n’est totalement satisfaisante, et la désagréable sensation de misogynie qui émane d’un long-métrage où les femmes sont soit des victimes impuissantes, soit des démons chassant les mâles sur le bord de la route…

À voir… si vous aimez les films à sketches et le cinégénique désert américain


Yoga Hosers

Inédits vidéo : la sélection DTV de mars 2017Un film de Kevin Smith, avec Lily-Rose Depp, Harley Quinn Smith, Johnny Depp

Sortie le 13 mars en VOD (Sony Pictures)

Á éviter

Soyons honnêtes : à la rédaction, on est plutôt conciliants avec Tusk, la pochade goresque et ultra-bis de Kevin Smith sur un DJ condescendant transformé en morse par un ermite taré. Le réalisateur de Clerks a décidé de lancer une trilogie « canadienne » en offrant à deux personnages secondaires de caissières pimbêches leur propre film : Yoga Hosers. Le truc, c’est que les deux ados agaçantes en question sont jouées par sa propre fille, Harley Quinn, et celle de Johnny Depp et Vanessa Paradis, Lily-Rose. Le résultat est à la hauteur de ce casting abusivement consanguin (les parents sont aussi au générique) : pire qu’anecdotique. Le calvaire commence dès les premières minutes, où les deux filles de rappent comme des sagouins dans l’arrière-cuisine de leur supérette. Kevin Smith tente de reproduire le ton geeko-méta-cynique de ses grands succès, mais ne réussit qu’à nous énerver : le scénario n’est qu’une immense private joke complaisante torchée avec un soin minimal (mention spéciale aux incrustations façon jeux vidéo et aux SFX fluo à la Troma), où les méchants sont des saucissons sur pattes avec un fort accent néo-nazi. Le fait que nos deux héroïnes soient aussi attachantes qu’un boa en peluche ajoute un peu plus à la frustration ressentie devant ce Yoga Hosers aux allures de vaste et interminable plaisanterie égocentrée.

À voir… si vous êtes fan en devenir de la minaudeuse Lily-Rose, si vous avez de suivre Kevin Smith dans son entreprise d’autodestruction et d’autosatisfaction


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