La séance de rattrapage : Fury

C’est un événement désormais assez rare dans les salles : en octobre dernier est arrivé sur les écrans Fury, un film de guerre héritier d’une tradition pratiquement disparue dans le cinéma mainstream hollywoodien. Avec son budget de 70 millions de dollars, l’utilisation de véritables tanks de la Seconde Guerre mondiale, le star power incontestable de Brad Pitt, le film de David Ayer (Sabotage, End of Watch) a fait oublier son image, visible, de projet quasi-anachronique et éminemment risqué. Difficile en effet de se souvenir d’un film de soldats aussi classique ayant triomphé ces dernières années au cinéma. Et pourtant, malgré le piratage historique de Sony et des critiques mitigées, Fury a remporté son pari au box-office, ce qui justifie maintenant la sortie en Blu-ray d’une bien belle édition steelbox, garnie de plusieurs heures de suppléments. L’occasion de s’offrir une séance de rattrapage à un solide représentant d’un genre délaissé par les gros studios.

Côté film : l’odyssée de cinq bêtes de guerre

La séance de rattrapage : Fury

Tout comme le film de Kevin Reynolds sur la guerre en Afghanistan, La bête de guerre, ou l’Israélien Lebanon, Fury a pour personnage principal omniprésent un tank, plus précisément un HVSS Sherman, qui au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale a déjà vu plus de combats qu’il n’en faut pour l’envoyer à la casse. L’équipage du tank, mené par le vétéran Don « Wardaddy » Collier (Pitt et sa coupe de cheveux pas très réglementaire), est tout aussi marqué et hanté par des années de batailles accumulées, mais doit malgré tout continuer d’avancer en territoire allemand. Suite à une perte douloureuse, la bleusaille Norman Ellison (Logan Lerman, Noé) est affectée au « Fury », et suit depuis son poste de mitrailleur un apprentissage express et sanglant de la guerre telle qu’elle est : pleine de boue, de folie, de courage, de morts atroces et expéditives.

« Autant de parti-pris, convaincants ou non, qui donnent à Fury une véritable identité. »

Très influencé par les classiques les plus viscéraux du genre comme Au-delà de la gloire, Croix de fer et Requiem pour un massacre, David Ayer s’est emparé de ce matériau encore une fois très classique pour proposer une vision encore plus déshumanisée et crasseuse du genre que le « canon spielbergien » représenté par Le Soldat Ryan et les mini-séries Band of Brothers. Logiquement parcouru par un sentiment de claustrophobie prégnant, baignant dans une grisaille inconfortable, Fury se repose principalement sur l’alchimie entre ses cinq personnages principaux, clichés sur patte exubérants, pour insuffler de l’énergie à un scénario qui traîne parfois bien en longueur, notamment lorsqu’il s’agit de ressasser lourdement les éternels dommages psychologiques que la guerre entraîne chez les soldats. Là où le film brille, c’est dans son aspect visuel, parfois marquant par son audace, d’une ouverture en plan-séquence hallucinée et sauvage à la Peckinpah à un dénouement nocturne barbare illuminé par des brasiers rougeoyants. Et il serait intéressant de savoir ce qui a poussé Ayer à figurer les trajectoires des tirs alliés et nazis à l’aide de lasers colorés de Star Wars. Autant de parti-pris, convaincants ou non, qui donnent à Fury une véritable identité, et permettent de faire fi de l’aspect pontifiant d’un script qui s’auto-sacralise un peu vainement ou de dialogues pas très naturels.


Note Born To Watch

Quatresurcinq
Fury

De David Ayer
2014 / USA – Angleterre – Chine / 134 minutes
Avec Brad Pitt, Logan Lerman, Shia La Beouf
Sortie en Blu-ray et DVD le 23 février 2015 (Sony)

Côté suppléments : un bourbier bien viril

La séance de rattrapage : Fury

Sony Pictures a tenu à soigner la sortie en vidéo de Fury, et cela se ressent dès la vision de son boîtier chromé, renfermant une édition combo DVD+BD+Ultraviolet avec des bonus exclusifs propres au disque HD. Au programme, plus de 50 minutes inédites, qui se composent en vérité pour la plupart de montages alternatifs des scènes existantes : le spectateur attentif apprendra certes quelques bribes d’infos supplémentaires sur le passé ou les motivations de Wardaddy et ses hommes (notamment Boyd, joué par Shia La Beouf), mais dans l’ensemble, il s’agit ici plus de chutes laissées sur le bord de la route pour le bien d’un film déjà bien long dans sa version finale.

Plus motivant, l’ensemble des featurettes revenant sur le tournage mouvementé du film, s’il ne lève pas le voile sur ses aspects les plus polémiques (notamment le comportement jugé « hors limites » de La Beouf, qui se serait auto-mutilé pour « rester dans le personnage »), donne à voir quelques images de coulisses intéressantes. Entre l’incontournable boot camp ayant contribuer à consolider l’amitié virile entre les acteurs principaux et l’interview des vétérans américains ayant servi de consultants sur le film (et sans doute de modèles pour certains personnages), les anecdotes ne manquent pas. Ayer, ancien sous-marinier pour sa part, aurait d’ailleurs poussé son casting dans ses derniers retranchements pour obtenir l’état d’esprit voulu à l’écran. Le clou du spectacle réside dans la démonstration de pilotage (et de trucage) des tanks d’époque utilisés pour LE morceau de bravoure de Fury, qui les oppose dans une bataille rangée à suspense : empruntés au musée anglais de Bovington, le tank Sherman et son homologue allemand le Tigre 131 – seul exemplaire de ce « mythique » engin de guerre encore en état de marche -, ont manifestement été les stars les plus bichonnées d’un tournage ayant « bénéficié » des conditions climatiques assez épouvantables de la campagne anglaise. C’est à ce prix que l’on accouche de scènes de guerre aussi réalistes…


Contenu additionnel de Fury

Troissurcinq  50 minutes de scènes inédites
 Journal de combat du réalisateur
 « Soldats blindés » : les vrais hommes dans les Sherman
 « Mater la Bête » : comment conduire, tirer et bombarder dans un blindé de 30 tonnes
 « Frères de sang » : l’équipe parle du tournage

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