Le Dernier chasseur de sorcières : un bien faible sortilège

Repoussé un temps à cause des problèmes de tournage rencontrés sur Furious 7 (en l’occurrence le décès de Paul Walker), Le Dernier chasseur de sorcières marque l’une des rares tentatives récentes de Vin Diesel de s’aventurer en dehors de sa bien-aimée franchise automobile, transformée en quelques épisodes en mastodonte commercial ne montrant aucun signe d’essoufflement. La dernière fois que le musculeux acteur avait tenté le coup, c’était avec Riddick. Et malgré tout l’amour que les fans portent au personnage, le résultat fut un échec sur pratiquement tous les plans (l’approche « faisons un remake de Pitch Black avec plus d’argent » n’a certainement pas aidé). Au vu des premiers retours du box-office américain, Le Dernier chasseur de sorcières ne semble pas être mieux parti pour rassurer l’ami Diesel. Est-il condamné à rester pour toujours le bourrin philosophe de la franchise la plus thunée du 7e art ?

Tout comme Riddick, Le Dernier chasseur de sorcières nous dévoile pourtant une facette sympathique de l’acteur, qui n’a jamais caché son amour pour la fantasy en général et l’univers des jeux de rôle en particulier. Comment expliquer sinon qu’un tel projet, budgété à 90 millions de dollars, basé sur aucune licence existante, se monte sur son seul nom ? Le titre a beau évoquer le récent Hansel et Gretel, il s’agit là d’un courageux exemple de scénario original, ce qui n’est toutefois pas systématiquement synonyme de succès. Surtout lorsqu’on s’aperçoit qu’au générique figurent les scénaristes de Dracula Untold (un énième revival pas bien original) et de l’affreux Priest. À l’écran, le résultat bénéficie certes de moyens luxueux, visibles dans le production design, mais le sortilège espéré est lui loin de faire son effet.

Du barbare poilu au gentil détective

Le film démarre au-dessus d’étendues enneigées et glaciales, dans une contrée indéfinie mais qui pourrait tout aussi bien se trouver à Westeros. Une horde de barbus emmenée par Kaulder (Vin Diesel, affublée d’attrayantes barbes et chevelures tressées) se rend, non pas au-delà du mur, mais vers un arbre millénaire, repère de la Reine des Sorcières. Pour un peu, l’ombre du 13e Guerrier planerait presque sur ce prologue, un souvenir qui se dissipe rapidement, lorsqu’éclate une bataille entre les succubes et les barbares. Aux manettes, Breck Eisner, catégorisé « artisan sympathique » grâce à son Sahara et son remake de The Crazies, saborde ses joutes à l’épée en filmant trop près, trop cut, trop vite. Tout juste a-t-on le temps de comprendre qu’un sort est jeté sur le valeureux Kaulder, condamné à l’immortalité et donc à une éternelle, et très littérale, chasse aux sorcières.

Le scénario ne perd ensuite pas son temps à nous décrire les années d’errance du « chasseur », qui réapparait, imberbe et adepte de voitures de sport (tiens donc) de nos jours, à New York. Kaulder, 800 ans, est loin d’être aussi traumatisé par son sort que la famille McLeod : Vin Diesel a beau tenter de jouer les grands sages ayant tout vécu, ses « subtilités » de jeu à l’écran sont inexistantes. Le comédien a certes le physique de l’emploi pour incarner un ancien guerrier maniant une épée enflammée, mais le faire jouer un immortel chasseur / détective protégé par un ordre ecclésiastique secret, a à peu près autant de sens que de confier le rôle d’un super-héros à Bill Murray. Malgré tout, au fil de l’intrigue, remplie de retournements de situation absurdes, les scénaristes tentent vaille que vaille de construire une mythologie cohérente, mais qui aurait plus de sens et d’intérêt si elle était développée dans une série télévisée. En l’état, le héros semble  découvrir par hasard les indices qui vont lui permettre de mener à bien sa quête (y compris en fouillant, sans rire, ses propres souvenirs de pluricentenaire), et établir des « règles » qui servent juste d’excuse pour entretenir le suspense. Un exemple ? Le traitement réservé au personnage de Michael Caine, un vieux prêtre / majordome (c’est uniquement comme cela que Hollywood le voit depuis les Batman), qui est d’abord annoncé mort, avant de ne plus tout à fait l’être… histoire peut-être de justifier son cachet, mais surtout de donner un peu de jus à un film qui est loin du grand spectacle annoncé et attendu.

Une aventure sous influence

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Passe encore que les créateurs du fameux arbre maléfique, qui, pardon de le rappeler, évoque sur bien des aspects un décor similaire de Game of Thrones, soient tellement amoureux de leur idée qu’ils la recasent dans au moins dix plans conçus de la même façon. Ou que le talent d’Elijah Wood soit gâché dans un rôle de sidekick affligeant et qui ne l’inspire guère – il reste toutefois plus amusant à regarder que le pathétique méchant de l’histoire, au charisme digne d’un roadie approchant de la retraite. Ce qui gêne le plus dans Le Dernier chasseur de sorcières, c’est cette nette impression que les gros moyens confiés à l’équipe du film ne leur ait pas donné envie d’être plus ambitieux, moins formulaïques. Il n’y a pas une seule séquence du film qui ne rappelle pas un long-métrage ou une série des quinze dernières années. Highlander est une référence évidente, mais impossible dans le même temps de ne pas penser aussi à Constantine, Blade ou même Buffy contre les vampires. Le film sent le réchauffé à plein nez, jusque dans son très mauvais dénouement, coincé dans des décors anonymes et dépouillés sentant le studio d’Europe de l’Est à plein nez. On passera également sous silence la qualité variable des effets spéciaux numériques, présents en surabondance – c’est un peu logique vu qu’on parle beaucoup de magie et de sortilèges -, mais le plus souvent au détriment de l’esthétique générale du film, pas si hideux par endroits.

L’un des seuls éléments de satisfaction de ce spectacle anonyme et sans panache demeure l’actrice Rose Leslie, que l’on connaît bien sûr grâce à Game of Thrones, et qui se sort plutôt bien de son rôle de gentille sorcière / barmaid, plongée dans une aventure qui lui prendre la mesure de ses pouvoirs. Considérant le faible niveau d’originalité du projet, qui contraste avec le niveau de l’égo de sa star, qu’elle parvienne à exister dans son ombre est une bonne nouvelle pour la suite de sa carrière américaine.


Note Born To Watch
Deuxsurcinq

Le dernier chasseur de sorcières (The Last Witch Hunter)
De Breck Eisner
2015 / USA / 106 minutes
Avec Vin Diesel, Rose Leslie, Elijah Wood
Sortie le 28 octobre

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