L’Édito de Nico : vivre dans un film, ce vieux rêve

N’importe quel parisien vous le dira : dès qu’une exposition consacrée à un univers de cinéma connu du grand public ouvre ses portes, la ruée est inévitable. Star Wars, Marvel, Harry Potter, ou encore depuis peu, la saga James Bond… Quel que soit l’endroit, quel que soit l’angle choisi ou le nombre d’objets exposés en vitrine, la perspective de s’immerger physiquement dans la fabrication de films que l’on vénère suffit à faire vendre des tickets. Ce n’est pas de merchandising passif dont on parle ici, mais de possibilités d’interactions avec un décor, des personnages, des accessoires. Tel Danny Madigan dans Last Action Hero de John McTiernan, tout le monde a fantasmé un jour sur le fait de passer de l’autre côté de l’écran, de vivre ne serait-ce que quelques minutes aux côtés de ses héros de fiction préférés.

L’Édito de Nico : vivre dans un film, ce vieux rêve

Cette idée n’est pas exactement nouvelle. Les studios ont compris depuis longtemps que les spectateurs déjà captifs d’une franchise étaient prêts à débourser quelques euros pour se plonger à nouveau dans une atmosphère qu’ils connaissent. Demandez à Disney / Pixar, ou Universal, qui avec son parc à Hollywood réalise une bonne partie de son chiffre d’affaires annuel. Le modèle du parc d’attractions est encore aujourd’hui le meilleur moyen de décliner en espèces sonnantes et trébuchantes un modèle cinématographique forcément limité en termes d’exploitation (à moins de vous faire acheter encore et encore le même film, ce que les majors d’Hollywood ont également bien capté). Le principe semblait jusqu’à présent réservé aux films d’animation ou aux mastodontes culturels comme Star Wars ou Terminator.

L’Édito de Nico : vivre dans un film, ce vieux rêve

Mais le succès de franchises plus « jeunes » comme Harry Potter (qui a son propre parc à Londres) et l’ouverture de nouveaux marchés en Asie et au Moyen-Orient donnent des envies aux producteurs. Que l’on porte James Cameron et Avatar en haute estime ou non, le plus grand succès du box-office mondial peut tout à fait se décliner en parc d’amusement « en immersion », avec ses créatures, sa faune luxuriante, ses balades à dos de dragon… Le « Pandora Land » pourrait ouvrir ses portes en 2017 en Floride, et d’ici là, on entendra aussi parler du projet imaginé par le studio Lionsgate, qui veut transformer Hunger Games en parc interactif façon « survival ». Dans ce domaine, le contre-pied est assuré par Hayao Miyazaki : avec un univers aussi populaire que celui du Studio Ghibli au Japon, la tentation est forte de passer par la case « parc d’amusement ». Allant à rebours des projets de fans (voir ci-contre), le maître a au contraire laissé entendre qu’un parc Ghibli serait bientôt créé… mais qu’il ne comporterait aucune attraction et serait avant tout une invitation à la balade en famille et à la découverte de la nature !

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L’arme secrète de ces parcs, et plus généralement des studios, résidera quoiqu’il arrive dans la réalité virtuelle. Depuis plusieurs mois, comme le rappelle un récent article du magazine Cinéma Teaser, les congrès des exploitants regorgent de ces « expériences » en casque VR, des mini-films conçus pour être regardés à 360°, dans des environnements tirés des grands succès récents. Seul sur Mars, Mission Impossible : Rogue Nation, Jurassic World, ou encore… The Walk, ont tous en commun, excepté le film de Tom Cruise, d’être sortis en 3D. Et ils passent un cap supplémentaire d’immersion par le biais de ces casques dernière génération. L’arrivée de séances de cinéma VR en France (nous y reviendrons bientôt) signifie que cette idée-là fera bientôt partie de nos vies, et de nos envies. Tout comme la fusion entre jeu vidéo et cinéma, dans des films comme Hardcore Henry, pose question sur la narration vue comme un esclave des sensations à procurer au spectateur, cette généralisation du ludique dans notre rapport à la fiction a quelque chose d’étrange. Doit-on attendre seulement d’un film qu’il nous donne envie de prendre la place du héros, pour vivre son aventure par procuration ? Ou le cinéma doit-il garder une part d’inaccessible, d’irréalisable, pour que la magie reste intacte ? Tout comme McTiernan le démontrait en 1993, la réponse à cette dernière question ne fait pour moi aucun doute.

 

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