L’Édito de Nico : la VOD, oui, mais à quel prix ?

Les médias débordent cette semaine d’articles consacrés aux services de Vidéo à la Demande, ou VOD, et à raison. Les services de locations dématérialisées fêtent en effet leur dix ans, et le Centre national de la Cinématographie (CNC) a rendu publics les chiffres de ce marché qui tarde, et c’est un euphémisme, à s’installer dans les salons des Français.

L’offre n’est plus vraiment en cause : il est toujours possible de râler sur le manque de diversité des films proposés (à 50 % ou presque, ce sont des productions américaines), mais sur les treize plateformes en activités aujourd’hui (des portails de TF1 ou Canal+ jusqu’à la branche vidéo… de Carrefour), la VOD représente aujourd’hui presque 15 000 titres, mis à disposition des téléspectateurs pour quelques euros. Croyez-en un cinéphage : il vous faudrait beaucoup de temps pour regarder ne serait-ce qu’1 % de ce catalogue.

« Les vidéoclubs vous permettaient de louer 4 films pour 10 € le week-end. Aujourd’hui, la moindre nouveauté disponible sur MyTF1 vous coûtera entre 5 et 6 € la séance. »

Par contre, il vous faudrait un sacré portefeuille : s’il y a bien un point sur lequel la VOD à la française peut, et doit s’améliorer, c’est l’accessibilité financière du service. Contrairement aux bouquets de chaînes spécialisées, aux fournisseurs de cinéma en illimité comme Netflix et CanalPlay (qui oeuvrent eux dans la SVOD, également concernée par le rapport du CNC), les boutiques en ligne de locations n’offrent que peu d’avantages aux accros du 7e art. Traitez-nous de nostalgiques, mais du temps des vidéoclubs physiques, le client fidèle était autant récompensé que le loueur occasionnel. Pensez-y : là où certains marchands vous permettaient de louer quatre films pour 10 € pendant le week-end, la moindre nouveauté disponible sur un MyTF1 vous coûtera entre 5 et 6 € la séance, et plus si vous souhaitez la découvrir en haute définition – c’est le prix à payer pour streamer un fichier plus volumineux.

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L’utilisateur lambda de VOD, qui fait donc partie des 34,4 % de possesseurs de Box télé recensés par l’étude, a donc logiquement tendance, au vu de ces prix assez raides – seuls les fonds de catalogue sont disponibles à moindre coût, en règle générale – à se reposer à outrance sur les valeurs sûres. En témoigne le « Top 15 » des films les plus loués, qui fait la part belle aux beauferies estampillées Qualité France et aux dystopies adolescentes. Faute de promotions, de tarifs avantageux ou d’abonnements spécifiques, la prime est donnée aux cartons du box-office, au détriment de films plus confidentiels ou inédits en salles.

Alors, comment faire pour « éduquer » la prochaine génération de spectateurs, à la VOD ? Le streaming, YouTube, le téléchargement illégal, le replay, et les nouvelles plate-formes de contenus en illimité, ont profité d’années d’hésitation et de mauvaise volonté de la part des acteurs du marché, pour envahir tout notre paysage numérique. Toute une frange du public consomme désormais le cinéma comme la musique, la BD, la presse d’actualité : gratuitement. Au gré de ses envies, de son impatience, de son instinct. Hier, la presse spécialisée, le revendeur du coin et le bouche-à-oreille servaient de repère pour à construire sa cinéphilie. Aujourd’hui, c’est à la VOD de reprendre en partie ce flambeau, et le constat est clair : chaque acteur de ce marché qui représente tout de même plus de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires a des efforts à faire.

La Fête de la VOD, qui a lieu du 6 au 9 octobre, est un premier pas vers le consommateur qui peut améliorer les choses. Le prix est pour une fois incitatif (2 € le film, 3 € pour la version HD), et une grosse campagne de communication soutient l’opération, pour inciter les moins curieux à tenter l’expérience. Mais pour fidéliser les spectateurs les plus perdus dans ce nouvel éden de consommation dématérialisée, il faudra être plus agressif et novateur : proposer des contenus exclusifs, généraliser la HD (qui veut honnêtement se contenter d’une version moins « performante » d’un film, à l’heure où les écrans 4K se généralisent dans chaque foyer ?), soutenir et promouvoir les films inédits en salles, éditorialiser les catalogues avec soin… Plus que jamais, il faut que la VOD rattrape son retard et se rachète une image, moderne, fun et accessible, si elle veut bousculer un peu les mentalités et les habitudes de son audience.

Crédits photo : simpson33/iStock

 

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