Legend : Tom côté pile, Hardy côté face

Le scénariste de L. A. Confidential et de Mystic River, Brian Helgeland renouvelle avec Legend le genre du film de gangsters de belle manière. Pour ce faire, il se base sur une histoire mythique, celle des jumeaux Reggie et Ronnie Kray, dont le gang surnommé « La Firme », régnait sur Londres, dans les années 60. Pour accomplir sa tâche, il a mené l’enquête, recoupé des témoignages rares autour de la « légende » que se sont construite les deux frères, qui avaient déjà fait l’objet d’un premier film, Les Frères Kray, au début de années 90. Son directeur photo, Dick Pope (Mr Turner) s’est chargé de retranscrire, de façon classique mais ambitieuse, l’atmosphère des bas-fonds londoniens des sixties. Des ruelles tranquilles de jour devenant des coupe-gorges la nuit, des appartements enfumés et bondés, des pubs crasseux où la Guinness coule à flot et surtout des clubs très privés que fréquentaient les célébrités de l’époque et sur lesquels les Kray, tous les deux incarnés par le seul et unique Tom Hardy, avaient jeté leur dévolu.

Gangs, bangs et tasses de thé

Legend : gang, bang et tasse de thé

Derrière les façades luxueuses de leurs casinos, les deux frères, originaires de l’East End, ont élargi leur territoire à l’ensemble de la ville. Un policier, Nipper « les Tenailles » Read (Christopher Eccleston), a juré d’avoir leur peau ne les lâche pas d’une semelle. Pourtant, les deux frères lui échapperont durant des années. Une série d’événements les conduiront malgré tout vers la case prison. Ces événements impliquent directement celle que Brian Helgeland a, de manière habile et originale, choisi comme narratrice de cette histoire : Frances Shea, la compagne de Reggie.

La douce et frêle jeune femme, interprétée par Emily Browning (Sucker Punch) va donner un souffle intime au récit avec une sensibilité plus délicate que celui dont ce genre, particulièrement macho, est habituellement coutumier. Avec une grande tristesse et une amertume palpable, mais également une tendresse subtile, elle va décrire l’homme qu’elle a aimé ainsi que son frère Ronnie, avec des dialogues signifiants et rétablir une certaine vérité là où les apparences sont parfois trompeuses. Tom Hardy, décidément l’un des acteurs les plus talentueux de son temps, se métamorphose et passe des voitures en furie de Mad Max Fury Road aux costumes et aux mocassins italiens dignes d’un gangster old school. Sa performance réside dans le fait d’incarner les deux jumeaux, qui ne se ressemblent ni physiquement, ni mentalement, mais qui restèrent unis par les liens du sang, comme les deux doigts d’une seule main.

Reggie le séducteur, Ronnie le fou

Legend : gang, bang et tasse de thé

Reggie est le playboy de la famille, très soucieux de son apparence, qui fréquente assidûment la bonne société dans ses propres clubs et s’efforce de garder l’image de la fratrie propre et élégante. Comme son frère, Ronnie est un ancien boxeur, venu d’un milieu modeste, reconverti dans le banditisme avec goût. Pour l’incarner, Tom Hardy se présente mâchoire anormalement développée et grosses loupes sur les yeux. Son regard menaçant se fige parfois à mesure que la rage monte chez ce schizophrène paranoïaque hautement médicamenté. Ouvertement gay, il se plaisait souvent à provoquer, voire même à choquer avec ses manières et ses mœurs atypiques pour l’époque. Aux yeux de Frances, si Reggie savait séduire et rassurer, Ronnie, derrière ses traits repoussants, détenait davantage de clairvoyance que son frère. Mais les deux vivaient constamment sur le fil du rasoir.

« Tom Hardy incarne ces jumeaux, qui ne se ressemblent ni physiquement, ni mentalement, mais qui restèrent unis comme les deux doigts d’une seule main. »

Avec une technique presque parfaite qui tromperait les spectateurs non avertis (sauf peut-être lors d’une scène de bagarre entre les deux frères, où la doublure de Tom Hardy se devine), Brian Helgeland livre un film impressionnant, jouissif et rondement mené, dans les limites de ce qu’impose ce type de films mafieux alternant entre moments glamour et explosions de violence incontrôlées. Si finalement l’histoire de l’ascension et de la chute des deux gangsters semble presque banale, la relation brûlante, fusionnelle et conflictuelle entre deux êtres qui forment en réalité les deux visages d’un même moule, propulse ce Legend au rang d’expérience visuelle et intellectuelle surprenante et magnétique.

Bonus

L’interview des véritables frères Kray pour la BBC.


Note Born To Watch
Quatre sur cinq
Legend
De Brian Helgeland
2015 / Royaume-Uni – France / 131 minutes
Avec Tom Hardy, Emily Browning, Paul Anderson
Sortie le 20 janvier 2016

Crédits photos : Studio Canal

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