Les Sept Mercenaires : la chevauchée familière

Pour la deuxième fois en un mois, Hollywood dégaine un remake de remake, qui réactualise à grand renfort de dollars un titre iconique et une histoire connue de tous. Un pari sans risque à première vue, et là où Ben-Hur a mordu la poussière, Les Sept Mercenaires a mis toutes les chances de son côté pour braquer le box-office américain. Commercialement du moins, cette nouvelle version signée par le peu subtil Antoine Fuqua, qui restait sur un poignant La rage au ventre effaçant le triste souvenir des Equalizer, Shooter et autre Chute de la Maison Blanche, a rempli son contrat et permis une nouvelle fois au western, après True Grit et Django Unchained, de cavaler en tête des entrées.

Sept gâchettes contre une armée

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Mais il n’y avait pas vraiment de suspense dans cette équation-là. Jouant sur le star power de Denzel Washington, qui collabore pour la troisième fois avec lui, et Chris Pratt, Fuqua surfe aussi sur le souvenir des Sept Mercenaires version John Sturges. Sans être un film parfait, c’est un classique révéré par plusieurs générations de téléphages, avec une bande-originale inoubliable d’Elmer Bernstein et un casting uber-cool, et dont l’histoire relève d’un universalisme qui le rend adaptable à toutes les sauces (comme dans le 1001 pattes de Pixar). L’ombre du film original d’Akira Kurosawa, Les 7 Samouraïs, plane bien sûr sur toutes les tentatives d’imitation, mais le propos de ce nouveau blockbuster, classique dans ses intentions comme dans son exécution, le situe bien loin de ces considérations.

« Toute l’attention de Fuqua semble être passée dans les fusillades et autres batailles rangées. »

Les Sept Mercenaires nous plonge cette fois non pas dans un petit village mexicain persécuté par des bandidos désœuvrés, mais au cœur d’une vallée minière, dans une communauté persécutée par les hommes du maléfique Bogue (Peter Sarsgaard, en service commandé), qui veut raser leur petite ville pour y trouver de l’or. Après l’incendie de leur église et la mort de plusieurs habitants, la veuve Cullen (Haley Bennett, déjà dans Equalizer) va trouver le mercenaire Sam Chisolm (Denzel Washington) pour l’aider à les défendre. Bientôt, c’est un petit bataillon qui chevauche aux côtés de Chisolm, constitué de fines gâchettes et d’anciens ennemis. Ils ont peu de temps pour préparer la défense du patelin avant l’arrivée des hommes de Bogue. Ils sont 7 contre 100, et leurs talents combinés ne suffiront peut-être pas…

En pilotage automatique

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Que les points de suspension ne fassent pas naître de vains espoirs : s’il y a bien une chose que l’on peut reprocher aux Sept Mercenaires de 2016, c’est bien leur absence totale de surprise. S’il introduit plus de diversité ethnique dans le gang des mercenaires, et un propos, typique de notre époque, sur la nécessité pour les « gens simples » de se révolter contre une élite peu versée dans le partage des richesses, le script co-signé par Andrew Wenk (Equalizer) et Nic Pizolatto (True Detective) ne fera, pendant plus de deux heures, que rester à la surface des choses, préférant travailler par exemple lourdement une imagerie chrétienne encombrante. Comme dans la plupart des remakes récents, l’important est de ne surtout pas choquer le spectateur en déviant trop de la formule recopiée. Passée une introduction sous haute tension, qui installe en d’amples mouvements de grue l’opulence visuelle dans laquelle va baigner le film (et admettons-le, cela fait toujours quelque chose de voir de magnifiques décors de western sur grand écran), le scénario bascule en pilotage automatique avec le recrutement successif des six mercenaires. On soupçonnel’agent de Chris Pratt, jamais crédible, à la fois dans cette époque et dans son costume de tueur blagueur, d’avoir fortement contribué à augmenter le temps de présence de la star des Gardiens de la Galaxie au détriment de ses camarades.

Chacun aura droit à sa séquence réglementaire d’introduction, de l’ex-tireur d’élite sudiste (Ethan Hawke qui en fait des caisses) au proto-Davy Crockett illuminé (Vincent d’Onofrio… qui en fait des caisses aussi !), en passant par le mexicain de service (le plutôt classe Manuel Garcia-Rulfo), le Comanche (Martin Sensmeier) qui prend de manière plutôt cool le fait de bosser avec ceux qui ont contribué à exterminer son peuple, et enfin l’indispensable lanceur de couteaux, incarné avec un surplus évident de classe par Lee Byung-Hun (toujours en quête d’un rôle potable d’un Hollywood, visiblement). Aucun n’aura vraiment le droit d’exister et de marquer les esprits, sinon au cœur de l’action. Toute l’attention de Fuqua semble en effet être passée dans les fusillades et batailles rangées, qui constituent l’essentiel du métrage.

De l’action, de l’action !

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Tout tourne autour de la préparation en vue de l’assaut final, qui prend la forme d’une spectaculaire et très longue scène d’action, étrangement construite comme une version Far West du dernier acte d’Il faut sauver le soldat Ryan. Fuqua n’est pas étranger à ce type de scènes à la machinerie imposante : impossible de nier la pertinence du montage, et l’impact de ces images de mercenaires enquillant les tirs parfaits avec un maximum de style, de chevaux fracassant des vitrines de saloon, de Gatling réduisant une volée de maisons en morceaux… Mais la mécanique rutilante de ces morceaux de bravoure (notons aussi une arrivée en ville meurtrière, calée cette fois sur le modèle d’Open Range, mais bien moins convaincante en terme de gestion de l’espace) masque mal la vacuité générale du long-métrage.

Le cœur du film de Kurosawa, et dans une certaine mesure du film de Sturges, résidait dans les liens qui unissaient des mercenaires doués, mais décidés à mourir pour une cause désintéressée, entre eux, mais aussi avec les habitants du village. Il faut du temps et de l’attention pour rendre cette empathie et cette camaraderie crédibles, mais, signe des temps, c’est une qualité dont ces Sept Mercenaires sont dépourvus. Impossible de comprendre pourquoi chacun d’entre eux s’entend bien ou semble prêt à se sacrifier pour l’intérêt commun : seuls comptent les traits d’humour (forcés), la coolitude du geste, la pose iconique et la beauté obsédante d’une cavalerie au galop – sur fond de soleil couchant, ou pas. Cela peut suffire à beaucoup pour passer un bon moment, mais il y a peu de chances pour que le film de Fuqua fascine lui aussi plusieurs générations.


Note Born To Watch
Troissurcinq
Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven)
D’Antoine Fuqua
2016 / USA / 133 minutes
Avec Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke
Sortie le 28 septembre 2016

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