Maggie : mes années zombie

C’est un virage qu’il aurait peut-être dû prendre dès le départ. Après ses années passées dans la politique, Arnold Schwarzenegger a tenté trop tôt de reprendre son trône de roi du film d’action hollywoodien, comme si rien n’avait changé en une décennie, comme si la place lui était encore acquise. Ses apparitions en tête d’affiche de séries B pas très inspirées (Le dernier rempart, Sabotage) ou en second couteau dans les Expendables, ont fait figure de coups d’épée dans l’eau à répétition. Même s’il n’a pas abandonné l’idée de capitaliser sur les franchises qui ont fait sa gloire (Terminator Genisys, et un nouveau Conan), Arnold, 68 ans, a choisi avec Maggie de s’aventurer temporairement sur des terrains pratiquement inconnus pour lui. Avec l’espoir, sans doute déraisonné, de gagner aussi des galons d’acteur « sérieux ».

Si l’univers abordé dans ce premier long-métrage de Henry Hobson est clairement celui des films de zombies (ou d’infectés, qu’importe), il ne s’agit pourtant nullement d’une nouvelle itération goresque à la Walking Dead. Contrairement à ce que la promotion du film laisserait sous-entendre, si Wade, incarné par notre Terminator favori doit bel et bien protéger sa fille, c’est plus d’elle-même que d’enragés à la peau en lambeaux.

L’impitoyable virus

Maggie : mes années zombie

Le postulat de Maggie est ô combien familier : un futur proche, mais indistinct, une pandémie mondiale qui précipite nos sociétés modernes dans le chaos, avec cette particularité dans le cas présent que l’origine du virus oblige à incendier les champs et les récoltes. C’est dans ce paysage sinistre à la Interstellar, au bord du précipice, qu’évolue Wade, un type bourru, honnête et taiseux, qui a survécu à la vague zombiesque en restant à l’écart des villes, dans sa ferme familiale. Malheureusement, sa fille Maggie (Abigail Breslin, Haunter) a fugué, et durant sa période passée à l’extérieur, elle a été mordue par un infecté. Comme le virus est du genre lent à l’allumage, avec une période d’un mois d’incubation, Maggie a encore quelques semaines à vivre avant sa « transformation ». Impuissant face à ce mal qui la ronge – littéralement -, Wade décide de la ramener à la maison, et de passer autant de temps que possible avec elle, loin des autorités et de leur procédure inhumaine de quarantaine…

« Arnold, 68 ans, a choisi avec Maggie de s’aventurer temporairement sur des terrains pratiquement inconnus pour lui. »

Vous avez donc bien lu : dans Maggie, Schwarzenegger est bien confronté à des zombies, mais il doit en rencontrer à peu près un durant tout le métrage, et n’a aucune punchline à délivrer une fois son compte réglé. Non, Maggie, sous ses oripeaux fantastiques, adopte avant tout le rythme, le ton, et quelque part les afféteries d’un drame intimiste et délicat. Wade, s’il peut se révéler être un homme d’action est avant tout un père brisé, incapable de faire face à la disparition programmée, progressive et implacable, de sa fille aînée. De fait, Maggie aurait tout aussi bien pu être atteinte d’un virus existant ou d’un cancer, le film n’aurait pas été tellement différent. Il aurait juste été beaucoup plus dur à financer ! Wade, donc, n’a pas de solution au fléau qui afflige sa fille, et, chose plus étonnante encore lorsqu’on voit l’importance de la star autrichienne dans le projet, il n’est pas non plus le personnage sur lequel Hobson s’attarde le plus. Le cœur de l’histoire, comme le souligne assez clairement le titre, appartient à cette adolescente forcée à une douloureuse introspection. Le film est assez beau quand il s’attarde sur les effets visibles du virus qui change, jour après jour, l’apparence et la personnalité de Maggie. À partir de quand, se demande Hobson, ne peut-on plus déceler chez une personne malade le souvenir de celui qu’on aimait plus que tout ? Quand renoncer ? Le thème est inhabituel dans le genre, mais Maggie se garde bien de donner une réponse miracle à ces questions.

Comme une longue lettre d’adieu…

Maggie : mes années zombie

S’il se démarque sur bien des points du tout-venant télévisuel et de la masse de DTV exploitant le filon juteux du zombie, Maggie n’en est pas pour autant une réussite immaculée. Hobson joue certes avec emphase la carte du lyrisme champêtre et crépusculaire, rythmant par des plans fixes de la nature le déroulement immuable de son histoire, ce manque de rebondissements intéressants et d’implication du spectateur finit par être contre-productif. Tout le film fonctionne comme une lettre d’adieu qui n’en finirait pas de rajouter des post-scriptum : Maggie doit successivement dire au revoir à ses proches, ses demi-frères, sa belle-mère (qui n’aime pas trop voir des doigts coupés dans le broyeur de l’évier), son petit copain… Le procédé a quelque chose de répétitif, d’appliqué, et anesthésie le film lui-même, volontairement confiné dans son ambiance mortifère, excepté une sous-intrigue opposant Wade aux flics du coin, jusqu’à une résolution évasive et bien commode pour son scénariste-réalisateur.

L’interprétation aussi n’est pas exempte de tout reproche. Si Abigail Breslin se montre un peu plus convaincante que par le passé (et heureusement vu que l’impact émotionnel du film repose sur elle), démontrant un éventail de jeu plus large et surprenant, Arnold pose lui plus de problèmes. L’acteur, beaucoup d’observateurs l’ont noté, ressemble de plus en plus avec les années à un Clint Eastwood nourri aux hormones de croissanc. Les yeux sont plissés, les rides crevassées, et il arbore de plus ici une coiffure crasseuse et parsemée qui parachève une transformation remarquée. Seulement, avec sa carrure massive, ses tics de jeu un peu grossiers, son bagage d’action-star bien plus limité qu’un Stallone par exemple, et surtout son inimitable accent autrichien jurant un peu avec son rôle de fermier du Kansas, Schwarzie détonne quelque peu dans le paysage. Il aurait été intéressant de voir ce que le film aurait donné avec le Britannique Paddy Considine, acteur intense et plus « frêle », dans la peau de Wade, comme cela avait été envisagé au départ. Peut-être, déjà, le film n’aurait-il pas eu la chance de sortir chez nous en salles ?


Note Born To Watch

Troissurcinq
Maggie
De Henry Hobson
2015 / USA / 95 minutes
Avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin
Sortie le 27 mai 2015

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