Hideo Nakata a-t-il encore la flamme ? Il est permis, à la vision de Monster Z, de se poser définitivement la question, tant le réalisateur de Ring semble avoir perdu, depuis en gros Kaïdan, l’intelligence de mise en scène qui faisait le prix de ses films de fantômes. La vision du grotesque The Complex, puis en 2015 du très décevant Ghost Theater nous avait déjà laissé perplexe. Avec Monster Z, remake officiel du film coréen Haunters resté inédit chez nous depuis 2014, il enfonce le clou et nous rend encore plus désespéré.

Un mutant en chasse l’autre

Monster Z : l'Incassable du pauvre

Monster Z est avant tout un film de commande, ce qui peut excuser son côté impersonnel, mais cela n’excuse pas la réalisation indigente et le scénario anémique qui caractérisent le résultat. Les choses démarrent pourtant bien : le « monstre » du titre est un mutant (Tatsuya Fujirawa, que l’on a pas oublié depuis Battle Royale) rejeté par ses parents à cause de ses dons télépathiques. En gros, il peut commander la volonté des humains par la pensée, par la simple force de son regard. Seulement, ce pouvoir le consume petit à petit, au point de le rendre unijambiste. Fragile mais surpuissant, ce professeur Xavier sociopathe grandit seul, jusqu’à ce qu’un événement bouleverse sa vie : un homme, Tanaka (Takayuki Yamada, habitué des films de Takashi Miike comme 13 Assassins), résiste à son pouvoir, et a lui le pouvoir de guérir de toutes ses blessures. Pourquoi lui ? A cette question simple, Hideo Nakata tente d’apporter de très lourdingues réponses, Monster Z n’étant pas, contre toute attente, un film de super-héros exploitant les pouvoirs de deux personnages antinomiques (totalement pompés sur l’Incassable de Shyamalan), mais un drame vaguement spectaculaire au rythme de cloporte claudiquant, assorti de réflexions existentielles involontairement hilarantes – comme ce fabuleux proverbe « il faut vivre jusqu’à ce qu’on soit mort », répété comme un mantra.

Excepté un dénouement marquant où notre pas-si-méchant-monstre-mais-quand-même provoque la mort collective de spectateurs d’un opéra, rien ou presque ne vient sortir le public de sa torpeur. Les personnages secondaires sont irritants, les traumas surlignés au stabilo, le duo d’acteurs principaux prisonnier d’une mise en scène les laissant cabotiner dans le vide… À tout prendre, il aurait peut-être mieux fallu qu’un artisan plus concerné et énergique que Nakata prenne les manettes.