Avec son cinquième film en tant que réalisateur, George Clooney tente une fois de plus de se poser comme l’héritier d’un certain âge d’or d’Hollywood, d’une époque où le grand spectacle se conjuguait à l’éloge de grands idéaux et de thèmes graves, et faisait la part belle aux prestations d’acteurs hauts en couleur. Mais alors qu’il réussissait à tirer son épingle du jeu dans le film d’espionnage avec Confessions d’un homme dangereux ou dans l’hommage à la screwball comedy qu’était Jeux de Dupes (ah les traductions déchaînées des distributeurs français…), George Clooney semble s’être englué dans une aventure peut-être trop ambitieuse pour lui, dont il n’arrive à capter la dimension épique que dans de fugitifs moments, alors qu’il disposait de toutes les bonnes cartes en main.

Un casting qui sauve la mise

Monuments Men : les aventuriers de l'art perdu

À partir d’un fait historique méconnu à la richesse incroyable, à savoir l’odyssée d’une brigade d’historiens et de spécialistes de l’art tentant de récupérer les œuvres pillées par les nazis à travers l’Europe Occidentale dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, George Clooney et son partenaire Grant Heslov ont convié pour leur drame guerrier une belle brochette de comédiens. De Bill Murray à John Goodman en passant par le french guy Jean Dujardin, ils endossent avec plus ou moins de conviction l’uniforme du GI. Mais une fois passée l’étape bien troussée, quoique convenue, de la mise en place de cette équipe hors du commun, l’action tend à s’appesantir, avec une surabondance d’explications et de mises en perspective souvent redondantes, et le récit s’étiole au fur et à mesure des pérégrinations de ces universitaires-baroudeurs. Hésitant entre un ton comique qui rappellerait certains bons moments du classique De l’Or sur les Braves et une solennité à la Soldat Ryan, Clooney peine à trouver le souffle nécessaire à la réussite de tout film de guerre. Donnant l’impression de vouloir faire la part belle aux comédiens, il n’en résulte à l’écran qu’une impression de succession de sketchs, gérés sous forme de duos, loin de l’ensemble cohérent auquel on pouvait s’attendre. Pire, le réalisateur en arrive à reléguer au second plan le pauvre Matt Damon, qui fait le coup de la romance parisienne à Cate Blanchett, toujours impeccable, avant de le réintroduire in extremis dans l’acte final.

[quote_right] »George Clooney semble s’être englué dans une aventure peut-être trop ambitieuse pour lui. »[/quote_right]À l’aise dès qu’il s’agit d’arborer un look estampillé « Hollywood Classics » rappelant Clark Gable ou Robert Taylor, Georges Clooney s’avère pour sa part convaincant dans la peau du leader Frank Stokes, à la fois acharné dans sa quête, et plaidant souvent la nécessité de protéger les œuvres d’art dans un monde qui a d’autres chats à fouetter : le personnage, inévitablement, s’humanise au fil des rencontres et des pertes que son groupe a à souffrir. C’est au niveau de la mise en scène qu’il se révèle être moins efficient, arborant un style classique, mais bien lourd, et surtout de la gestion de sa narration, avec une mauvaise gestion des différentes actions en parallèle. Et ce n’est pas une dernière tentative de complexifier l’intrigue avec l’arrivée des Russes dans cette chasse au trésor continentale, qui permettra de dynamiser une histoire jusqu’alors curieusement vidée de tout suspens !

Sujet en or… pour film oubliable

Monuments Men : les aventuriers de l'art perdu

S’il devrait rester quelques motifs de contentement à trouver dans ce bien décevant Monuments Men, en dehors du fait de mettre en lumière un fait historique méconnu, il serait plus à chercher dans les quelques numéros d’acteurs bien ciselés comme l’association entre les vétérans Bill Murray et Bob Balaban, des touches d’humour au second degré (le running gag concernant Matt Damon et la langue française) qui viennent aérer un sujet grave, et une musique lyrique et classieuse signée Alexandre Desplat.

Mais en anémiant sa mise en scène, en lui ôtant tout tonus et en s’empêtrant dans des circonvolutions scénaristiques malheureuses, George Clooney ne se montre décidément pas à la hauteur de la fresque fastueuse attendue. Comme pétrifié par l’ampleur de la tâche (c’est son premier vrai film à gros budget), il gâche son sujet et un peu aussi son formidable casting. Peut-être aurait-il mieux fallu faire de cette histoire de héros malgré eux une mini-série à la manière d’un Band of Brothers, plutôt qu’un film bancal qui ne restera pas, comme le patrimoine qu’il défend, dans les mémoires.


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Deuxsurcinq
Monuments Men
De George Clooney
2014 / USA / 118 minutes
Avec George Clooney, Bill Murray, Matt Damon
Sortie le 7 février 2014
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