Mr. Holmes : le détective a la mémoire qui flanche

Décidément, le héros de la déduction de Sir Arthur Conan Doyle n’a de cesse d’inspirer les scénaristes. Que Sherlock Holmes se présente sous les traits de Robert Downey Jr., dans les films peu inspirés de Guy Ritchie, ou au contraire dans une version 2.0 brillante sur la BBC signée Steven Moffat, l’élégant et infaillible détective se montre, près de 130 ans après sa création, toujours dans l’air du temps. Après être apparu dans les années 80 sous les traits d’un étudiant brillant et malicieux dans Le Secret de la Pyramide, voilà qu’il se retrouve nonagénaire dans le long-métrage de Bill Condon (Gods and Monsters, Twilight 4 et 5). Mais dans Mr. Holmes, l’aventure que ce personnage nous propose s’avère bien différente, plus universelle, beaucoup moins fantaisiste et surtout plus intime.

Une variation épurée, mais toujours riche de sens

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Car, oui, à son âge (très) avancé, Sherlock Holmes a gagné son patronyme de Mr., comme celui d’un homme respectable et rangé du crime. Pour l’interpréter, comme une évidence, le tout aussi respectable, Sir Ian McKellen, 76 ans, anobli par la Reine, figure incontournable du cinéma britannique, à la fois Magneto d’X-Men et Gandalf du Hobbit, se glisse dans la peau (et sous le maquillage) de cette figure culturelle incontournable à la perfection. Dans l’Angleterre victorienne de l’après-guerre, Mr. Holmes s’est retiré à la campagne dans le Sussex. Holmes existe ici dans une réalité où les romans de Watson ont dessiné une figure plutôt différente de l’homme qu’il est réellement. Mycroft, le bon docteur, Mme Hudson et l’inspecteur Lestrade ne sont plus qu’un lointain souvenir, disparus depuis plus ou moins longtemps. Il tue sa solitude dans l’apiculture, avec pour seule distraction, une gouvernante distante (Laura Linney) et son fils, un enfant bourré de curiosité pour la légende qu’il a été.

Dans ce paysage en apparence idyllique, un lourd passé refait surface. Une ancienne enquête inachevée lui revient par bribes, car sa mémoire lui fait défaut, même si sa capacité de déduction reste intacte. Comme Watson n’est plus à ses côtés pour retranscrire ses instants de gloire, Sherlock va devoir creuser au plus profond de son cerveau pour résoudre la dernière et peut-être plus cruelle enquête de sa carrière. Sa quête, qui le mène jusque dans un Japon traumatisé par la bombe atomique, alterne entre des scènes remontant vingt années en arrière et des instants de sa retraite. Holmes oscille entre son état de personne du quatrième âge, soumis à des problèmes de santé inévitables, et des moments de bouillonnement intellectuels qui ont fait sa réputation.

Est-il vraiment question de Sherlock Holmes ?

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C’était un pari osé et original que de montrer les dégâts de la dégénérescence mentale d’un personnage mythologique, au risque de le désacraliser. Mais c’est sans compter sur la maîtrise irréprochable d’Ian McKellen. L’acteur incarne un personnage romanesque et familier à la fois, un vieux grand-père caractériel et attachant, admirable mais en pleine décrépitude. Mr. Holmes prend le temps nécessaire pour retracer le parcours intérieur de son héros, qui fait lentement le deuil de son glorieux passé. Dans un élan positif et philosophique, le film parvient à apaiser les tourments intérieurs de Holmes en maintenant de bout en bout un ton juste et subtil.

« Sherlock va devoir creuser au plus profond de son cerveau pour résoudre la dernière et peut-être plus cruelle enquête de sa carrière. »

Le film brille également grâce à l’alchimie entre Ian McKellen et Milo Parker (Miss Peregrine et les enfants particuliers), qui incarne un jeune apprenti détective rêvant d’un avenir différent de celui de sa mère. Une sous-intrigue parallèle et mignonne donne l’occasion à l’enfant d’enquêter sur la disparition mystérieuse des abeilles du jardin, tout en offrant au vieux détective l’occasion de saillies verbales pétillantes. Pour la première fois de son existence, Sherlock se retrouve confronté à sa perte d’indépendance et doit remettre son avenir entre des mains étrangères, en la personne de sa gouvernante. Cette mère célibataire dévouée, mais pragmatique, lui rappelle cruellement sa mort prochaine, tandis que Sherlock s’adapte petit à petit à sa condition. Avec justesse et une bonne dose d’émotion, portée par une délicieuse bande-son, Mr. Holmes, finalement moins un « film d’enquête » en bonne et due forme qu’une réflexion subtile sur la vieillesse, nous renvoie petit à petit, une douce métaphore après l’autre, aux concessions que la vie nous demande.


Note Born To Watch
Quatresurcinq

Mr. Holmes
De Bill Condon
2016 /Royaume-Unis – États-Unis / 124 minutes
Avec Ian McKellen, Laura Linney, Milo Parker
Sortie le 4 mai 2016

Crédits photos : Copyright Alamode Film

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