M. Night Shyamalan : « Ne dites rien sur la fin de Split » !

Entre Sixième Sens et The Visit, Night Shyamalan est passé du statut d’héritier légitime de Steven Spielberg à celui de paria, avant son retour en force par le biais du studio Blumhouse. Aujourd’hui, l’auteur et réalisateur revient avec Split, qui raconte le destin d’un homme souffrant d’un trouble de la personnalité qui le fait se transformer en 23 personnes différentes. En visite à Paris pour présenter son nouveau film, toujours produit  sous la bannière de Jason Blum, Shyamalan est revenu avec des blogueurs sur sa méthode de réalisation, qui consiste ni plus ni moins à se glisser dans la peau d’un « chasseur ». Lumière sur une personnalité à part dans le monde du 7e art.

Préambule de Night Shyamalan 

Paris est ma ville favorite : belle, romantique et obsédée par le cinéma.  J’ai changé un peu ma manière de faire des films ces derniers temps. Dans mon pays, les films  ne sont pas perçus comme de l’art, mais comme un produit commercial. Je cherche à réaliser de manière artistique, mais aussi de façon à toucher un grand nombre de personnes. Les instants les plus importants dans la vie d’un artiste se produisent quand l’expérience et l’inspiration se rencontrent. Or, lorsqu’on continue de créer, il faut garder l’inspiration. Avec ce film, je suis revenu à un thriller psychologique. Je retourne avec plaisir à des histoires tordues et méchantes ! Mes deux derniers films ont été faits avec peu de moyens de manière à avoir une grande liberté et faire des choix aventureux. L’expérience a semblé agréable et positive pour tout le monde. J’ai travaillé avec de nouvelles personnes qui ont moins d’expérience. Mike Gioulakis, le directeur de la photo est celui d’It Follows, West Dylan Thordson, le compositeur est celui d’un documentaire HBO Joy et Mara LePere-Schloop, la chef décoratrice, est celle de True Detective. La narration, je la vois à travers leurs yeux : danger, risques, apprentissage, sans m’alourdir et m’empêcher d’avancer.

Je suis content que vous puissiez voir le fin et en parler, mais s’il-vous-plaît : ne dites rien à propos de la fin !

D’où vous est venue l’idée du film ?

Au départ, je souhaitais réaliser un film aussi brutal que Saw, avec une dimension supplémentaire que seuls ceux qui ont vu le film connaissent… J’aime particulièrement les films qui cachent leur sujet. J’ai toujours voulu faire un film à propos des troubles dissociatifs de la personnalité. Je me suis d’abord renseigné sur les patients. Par exemple, une personne qui avait une personnalité voyante et une autre non voyante ou une personne dont une personnalité est atteinte de diabète et doit être traitée par insuline et l’autre non. Si une personnalité est allergique aux piqûres de guêpes et qu’elle est piquée par une guêpe pendant sa conscience, elle peut en mourir. La connexion entre l’esprit et le corps est incroyable. Split est le fruit de ces recherches.

Une scène dans le film explique l’origine de cette maladie. Lorsque vous ressentez du stress, votre pression artérielle monte. C’est comme ça pour tout le monde. Si je vous donne une pilule en vous disant qu’elle peut vous guérir, vous l’acceptez. Cette maladie est le stade ultime de la connexion entre l’esprit et le corps. Les patients croient à 100 % qu’ils sont ces personnes.

Ces troubles apparaissent uniquement chez des personnes qui ont été sexuellement et physiquement abusées à de multiples reprises entre l’âge de 1 et de 5 ans. Si les mêmes événements ont eu lieu plus tard dans la vie du patient, ces mêmes désordres psychiques ne surviennent pas. À cet âge charnière, le cerveau, en plein apprentissage, rejette le mal qu’on lui fait et se dit « non, ceci ne m’arrive pas à moi ». Pour se protéger, le cerveau développe des personnalités différentes. Le cerveau, qui a appris à développer des personnalités différentes, continue à le faire toute sa vie pour faire face à des situations difficiles. Mon constat va plus loin, mais vous le verrez en voyant le film.

Dans quelle mesure Alfred Hitchcock a-t-il influencé votre travail ?

Je me rappelle exactement le jour où j’ai vu Psychose. Il est resté gravé comme une influence indéniable, car j’étais absolument fasciné. À la même époque, j’ai appris que James Cameron projetait de faire un film sur ce sujet et j’ai adoré l’idée ! Le cerveau est un sujet qui m’a toujours attiré. J’ai été attiré aussi par l’idée de « traiter la bête ». Mais cette maladie laisse perplexe beaucoup de personnes. Il faut parfois aller à l’encontre de l’incrédulité des gens. Ensuite, il convient de se demander comment la soigner. Certains médecins tentent de ramener leurs sujets à une seule personnalité. Ce à quoi je réponds : pourquoi décider de les réduire à une seule personne ? Ils peuvent faire tellement de choses mieux que nous : apprendre 20 fois plus vite, jouer Beethoven, avec une hyper-concentration et une réactivité à l’art bien supérieure. Pourquoi les accidents de la vie ne nous apporteraient pas aussi la chance de nous aider à devenir meilleurs ?

Vous continuez sur un film à petit budget ?

Les limitations de budget m’enrichissent. Si j’avais eu 10 millions de dollars supplémentaires pour faire Sixième Sens, il n’aurait pas été un meilleur film. J’ai besoin de travailler dans l’urgence. Je ne touche aucune avance si le film ne me plaît pas. C’est comme un restaurateur qui ouvre son propre établissement : il fait la vaisselle et lave le sol pour que tout soit nickel. J’aime retrouver cet esprit en faisant des films. Dans le processus, Jason m’a conseillé, mais le principe vient de moi. Il existe deux types de réalisateurs : les rassembleurs, la plupart qui vont mettre tous les éléments qui leur semblent intéressants dans leur film. Et puis, il y a les chasseurs. Ils sont à la recherche du point de vue de leur personnage. Je pars à la chasse dans chaque scène, je la pense et la repense. C’est un travail plus particulier, plus intime où j’ai besoin d’être dans une plus petite production, car si jamais je ne trouve pas, je veux avoir le luxe de pouvoir recommencer ma chasse. Par exemple, j’ai retourné un tiers du film. Nous avions déjà trois semaines de tournage et nous faisions une pause. J’ai regardé les rushs et j’ai fait revenir tout le monde sur le plateau pour une semaine supplémentaire. Avec un budget plus conséquent, je ne pourrais pas faire ça.

Jusqu’où pouvez-vous repousser les limites du corps ?

C’est difficile à dire parce qu’à l’aveugle qui a retrouvé la vue, vous pourriez dire qu’il pouvait voir dès le départ, même sans dilatation de la pupille à la lumière. Est-ce que le corps se régénère ? C’est possible. Chez les sujets atteints de diabète, une régénérescence des cellules s’observe. Comment expliquer qu’une personne persuadée d’être un agent secret russe puisse soulever des centaines de kilos ? La limite est une limite de croyance. Certaines personnes croient dans le shi, que des aiguilles dans le corps peuvent guérir sans pouvoir l’expliquer. C’est fascinant !

Que cherchiez-vous à exprimer à travers Casey ?

C’est quelqu’un de traumatisée. Elle a donc une connexion unique avec Kevin. Ce qui a fait la différence avec les autres filles. Je souhaitais la définir par son traumatisme. Il la voit comme quelqu’un de très beau qui a un don. Dans une plus grosse production, ce rapport serait délicat à installer. Je plongerais très vite dans un climat plus sombre. Ce budget plus léger me permet d‘aborder cette question sous un angle plus vertueux.

Comment avez-vous travaillé avec James McAvoy ?

Je suis un control freak ! Ok ? Au début, il discutait avec moi depuis Londres via Skype. J’aime engager des acteurs qui ont une expérience au théâtre, car ils savent que le texte est important et qu’il faut chercher par les mots précis du scénario comment explorer au mieux son personnage, sans se laisser tenter par le changement. Nous avons également utilisé le large panel de voix et d’accents dont dispose James. Le réalisateur cherche à se mettre à la place du personnage. Ici, chacun des personnages est là pour faire ressortir une émotion à un certain moment dans la tête du héros. Nous parlions beaucoup de David Lynch. Chez ce réalisateur, le spectateur n’a pas toutes les clefs de la scène avant qu’elle soit terminée, sans troquer le réalisme en tentant d’expliquer l’action en cours de route. Cette conversation avec son acteur se voit à l’écran.

Quand Eadwick fait sa danse, il se croit dans un club. Cela ressemble à un zombie. Lorsqu’il se penche sur Casey, le spectateur se demande s’il sait qui il est vraiment. Lorsque je n’aime pas un film, c’est parce qu’il a un acteur qui court d’un point A à un point B sans autre motivation.

Est-ce le début d’une saga ?

Oui, je considère cette histoire comme une trilogie. Le récit reviendra au centre des choses.

Est-ce que c’est difficile de faire un caméo dans son propre film ?

Aujourd’hui, oui, car je suis connu et cela fait sortir les gens de l’histoire. En plus, je suis difficile à caster comme comédien, je ne peux pas jouer le fils d’Anthony Hopkins par exemple ! Si je m’attribue un rôle important, je le place vers le début du film, pour m’en débarrasser. Si le rôle vient plus tard, j’insère une dose de comédie pour le faire fonctionner.

Merci à l’équipe d’Universal pour cette rencontre.

Crédits photos : Copyright Universal Pictures International France

 

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